mardi 18 septembre 2012

Cégep : Leçon de vie

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Ce texte de mon collègue Guy Ferland a été publié dans La Presse.  Ceux qui côtoient nos jeunes le savent, mais ceux qui n'ont pas notre privilège mérite qu'on leur rappelle ce que font nos jeunes au Cégep en 2012.



Il est 7h45, un samedi matin de septembre. Des milliers de jeunes, de 17 à 21 ans, se pressent aux portes du cégep, un sac sur le dos ou des livres à la main. Ils sont beaux, pleins d'entrain et résignés à assister à des cours par une belle matinée de week-end.

Quel courage! La plupart d'entre eux n'ont pas pris part aux manifestations. Ils ont appuyé la grève ou non. Mais ils sont solidaires, sans réelle rancune, les uns envers les autres. Pas d'affrontements entre les verts et les rouges. Encore une fois, les jeunes nous donnent une leçon de vie et de démocratie.

Plusieurs commentateurs auraient aimé qu'il y ait de la bisbille, des escarmouches et peut-être même de la violence à la reprise des cours dans les cégeps et les universités. Il y a bien eu des heurts et l'antiémeute est encore une fois intervenue à quelques endroits. Mais la reprise des cours du trimestre d'hiver s'est généralement bien déroulée.

Les élèves de toutes les allégeances sont retournés en classe et ils travaillent plus fort afin de terminer leur trimestre compromis. En fait, ils travaillent davantage que tous les autres élèves qui les ont précédés depuis que les cégeps existent.

On ne le dira jamais assez, mais la charge de travail augmente constamment depuis les années 70, dans les cégeps et les universités. Les exigences se sont resserrées avec la réforme Robillard, et l'approche programme a augmenté les difficultés des cours et le nombre de contrôles.

Elle est loin l'époque où un élève de cégep pouvait ne rien faire pendant un trimestre et bâcler ses travaux à la dernière minute en espérant que la secrétaire qui dactylographiait ses textes les corrigerait et les améliorerait par la même occasion. Elle est loin l'époque où la moitié des cours étaient des aménagements de temps de réflexion ou de relaxation.

Aujourd'hui, les cours de la formation générale sont devenus des épreuves sanctionnées par des examens sévères et de plus en plus uniformes. Les épreuves synthèses de programme ajoutent un autre niveau d'évaluations en plus de tous les autres contrôles dans les cours.

Bref, les élèves d'aujourd'hui sont courageux et ils n'ont pas la belle vie qu'on avait aux études. Au-delà des clichés, leur avenir dans une société vieillissante, qui demandera de nouveaux sacrifices aux plus jeunes, n'est pas non plus tout à fait rose.

On comprend que les jeunes veulent prendre la parole pour qu'on cesse de leur refiler la facture de nos avantages et privilèges passés.

En les voyant rentrer au cégep un beau samedi matin de septembre, résignés et décidés à étudier et terminer leur trimestre, je me suis dit que les élèves nous donnaient encore une leçon de vie et de l'espoir en l'avenir.

lundi 17 septembre 2012

Mathématiques secondaires

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Il est assez réconfortant, lorsque l'on s'insurge contre le programme de mathématique du secondaire, de constater que l'on n'a pas tout à fait tort.

En début de session, j'ai demandé à mes étudiants de dessiner comment ils voyaient un cours de mathématique.  Les résultats sont chaque fois assez tristes, mais cette session, alors que tous mes étudiants proviennent du renouveau pédagogique, la tendance est claire.








Il ne faut pas de longues études de psychologie pour réaliser que les mathématiques noient dans une mer d'incompréhension, de formules, de recettes à appliquer et que les cours se résument à des exposés magistraux.

Triste, triste, triste.

Mais où est le renouveau ?
Où est ne serait-ce que l'ombre d'un peu de plaisir à faire des mathématiques ?
Quel gaspillage.







jeudi 13 septembre 2012

Statistiques éthiques

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Lionel, 65 ans, fumeur sédentaire, se présente à l'urgence avec des problèmes cardiaques.  Il doit être opéré d'urgence.

Léonie, 87 ans, arrive à l'urgence avec une hanche fracturée.  Elle doit être opérée d'urgence.

Nicholas, 21 ans, polytraumatisé, arrive à l'urgence avec poumons perforés, moelle épinière sectionné.  Il doit être opéré d'urgence.

Une seule chirurgie peut être faite.
Donner la procédure permettant de déterminer qui devrait être opéré.



Que croyez-vous qu'ont répondu à cette question des jeunes de 20 ans ?
Que répondriez-vous ?


dimanche 9 septembre 2012

Point de G

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Exception faite des groupes d'étudiants que l'on a rencontrés auparavant, on se présente à la première rencontre de nos nouveaux groupes avec un gros point G.

G pour généralité.  Les grands postulats.  D'aucuns diraient «préjugés».
On fait le point sur ces étudiants à qui s'adresse le cours, sans les connaître, sur des généralités.

Au fur et à mesure que la dynamique du groupe s'installe, le P (situation particulière) vient donner de la couleur et modeler le G, en ajoutant des exceptions à la règle, en changeant la règle.

Nous planifions nos cours avant de rencontrer nos groupes.  Enfin, le verbe « planifier » prend un sens différent ici d'une personne à l'autre.  Certains de mes collègues ne se sentent prêts à rencontrer leurs groupes que lorsque le contenu et les supports de leurs cours sont prêts jusqu'à la mi-session.  D'autres commenceront la session en n'ayant en tête que la planification des grandes étapes du cours notées au plan de cours.  Il n'en demeure pas moins que pour tous la planification des premiers cours repose sur le point G.

Cette session, j'ai l'honneur de découvrir un programme que je fuis depuis des années (lire des siècles).  Il faut dire que mes collègues étaient nombreux à les espérer, alors il n'était nullement nécessaire de tirer à la courte paille avec eux pour savoir qui hériterait de leurs cours.  Mes postulats concernant ces étudiants ? Disciplinés, rigoureux, silencieux, individualistes, soumis, obéissants, drabes et sans imagination.  Bref, la classe rêvée... enfin pour ceux qui aiment dormir.

Or voilà que depuis quelques sessions, les commentaires des habitués de cette technique venaient mettre des doutes sur la validité de ces généralités.  Les doutes ont été ébranlés au point où cette session aucun enseignant ne voulait avoir ces étudiants.  Ils étaient donc pour moi !

« La classe est trop hétérogène.  Ils n'ont pas le même bagage mathématique, ce qui fait qu'on n’enseigne pour personne. »

Intéressant.

En mélangeant cela, il me semblait évident qu'en lançant le cours en brisant l'individualisme et en ébranlant les traditions, il serait par la suite plus facile par des activités pédagogiques collaboratives de pallier l'hétérogénéité des groupes.

J'entre donc dans chacun de mes groupes armée d'activités dignes de donner le goût à la fête à un camp de réfugiés... et il ne me faut pas beaucoup de temps pour réaliser que ces futurs entrepreneurs sont déjà en mode Club Med : indisciplinés, frivoles, bavards, insoumis, contestataires.  Où est passé mon G ?

Bien sûr, le groupe que je rencontrais à 8 h était beaucoup plus calme que celui que je rencontrais à 14 h.  L'horaire influence toujours le climat de classe et il ne faut pas espérer avoir les mêmes réactions à un même cours s’il est donné trop tôt le matin et tard en fin de journée.

C'est alors que je me suis dit qu'avoir une semaine entre le premier et le deuxième cours pourrait être une bonne idée pour s'ajuster le G et préparer en fonction des particularités de nos groupes... et de leurs horaires.  Bien sûr, cette suggestion est irréaliste (horaires, convention collective, disponibilité des étudiants, aucune pertinence pour les étudiants).  Mais bon, selon le G, un bon prof sait se retourner sur « un 10 cents » !









mardi 4 septembre 2012

La majorité silencieuse

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Aujourd'hui, c'est jour d'élection au Québec.

Crashcourse pour nos lecteurs étrangers qui ne connaissent rien à notre système électoral :
- Il y a 20 partis politiques au Québec.
- La carte du Québec est partitionnée en 125 circonscriptions. Dans chacune d'entre elles, les représentants des partis politiques se présentent. Il est possible que certains partis n'aient pas de représentant dans certaines circonscriptions.
- Le jour de l'élection (ou par anticipation), la population est appelée à voter, c'est-à-dire à choisir le représentant (et par conséquent son parti) ou le parti (et par conséquent son représentant) de sa circonscription.
- Le soir de l'élection, les votes sont compilés et sont élus députés dans chacune des circonscriptions le représentant ayant reçu le plus de votes.
- Le gouvernement au pouvoir est ensuite composé du parti ayant élu le plus de députés. Le chef de ce parti (habituellement élu) devient premier ministre et il choisit ensuite parmi ses députés les personnes qui seront nommées ministres.
- Il est ainsi mathématiquement possible que le parti ayant obtenu de façon absolue le plus de votes ne soient pas celui qui gouvernera.

Lors des dernières élections provinciales (2008), nous avons touché un nouveau plancher record avec un taux de participation de 57,43%. Chez les jeunes, la participation était encore plus faible (40%). En supposant que l'habitude se développe et que la tendance se maintienne, quelle légitimité pourra-t-on accorder à un système boudé par sa population ? Lors de cette campagne, on a tenté de convaincre les gens, en particulier les jeunes d'aller voter.




Outre ces publicités, un diagramme à bandes a circulé souvent commenté.




L'interprétation commune était simple : "Si tous ceux et celles qui s'abstiennent allaient voter, ils prendraient le pouvoir, alors allez voter."

Quelle belle illustration des dangers des raccourcis en représentation statistique ! Ici, il aurait été plus honnête de représenter deux graphiques.  Le premier illustrant le taux de participation, le second la répartition des votes.  Car les abstentionnistes, si on les obligeait à mettre leur X, ne voteraient pas tous forcément pour le même parti.  Il y a même fort à parier que plusieurs iraient étirer les bandes des principaux partis, à moins qu'ils ne sachent qu'il existe un parti créé uniquement pour eux, le parti nul.  On n'est pas à une contradiction près dans ce beau monde !










Source : François Gélineau et Alexandre Morin-Chassé, Les motifs de la participation électorale : Les élections de 2008