Là où Missmath dérive et Weby intègre.


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C'est un sport vieux comme la lune.
Il en existe des utilisateurs professionnels.
Ils m'amusent.

Il y a les classiques antisèches écrites sur les pupitres, sur les cuisses des filles, à l'intérieur de la palette des casquettes, à l'intérieur des trousses, sur les bouteilles d'eau.

Il y a étonnamment l'insoupçonnée calculatrice programmable dans laquelle il est si simple d'insérer du texte.

Il y a également les antisèches astucieuses, celles dont on ne se doute pas dont plusieurs demandent tellement de temps de préparation qu'il est raisonnable de se demander si l'étude n'aurait pas été moins exigeante.

Le fossé étant parfois grand entre l'utilisation des TIC par les étudiants et celui de leurs enseignants, on rencontre maintenant une autre forme de triche : la triche informatique.

Je vous épargne le plagiat.
Trop banal.

Je pourrais vous raconter de magnifiques histoires apprises sous le couvert de la confidence de certains élèves, mais il serait facile de retracer les collègues dupés (Missmath est loin d'être anonyme), alors je vais plutôt vous raconter ce qui m'est arrivé l'automne dernier.

L'affaire se passe lors d'une évaluation en laboratoire informatique.  Une évaluation qui ne compte que pour 4 % de la note finale, un détail, pas de quoi sortir l'artillerie lourde pour piéger les copieurs.  Le laboratoire est une grande classe.  Quatre rangées d'une dizaine de postes informatiques.  Facile de voir l'écran du voisin.  Facile de ne pas entendre les chuchotements entre étudiants.

Mon évaluation porte sur l'analyse d'une série chronologique.  Les séries sont générées aléatoirement sur Moodle.  Par conséquent, les voisins ne peuvent pas comparer leurs réponses.

Évidemment, il y a en laboratoire toujours quelque chose qui plante.  Le logiciel permettant l'analyse ne s'ouvre pas, l'affichage est réduit, le transfert des données ne se passent pas bien.  Les joies de l'informatique ! Ce qui fait qu'il me faut faire du dépannage en début d'évaluation.  Ce qui fait que certains en profitent pour solliciter leurs collègues.

C'est le cas de Nicolas.  Il me surveille du coin de l'oeil, pas très subtilement.  Je le regarde et souris.
Puis, je le surprends à parler à Olivier.  Je souris.  Ils deviennent plus confiants.  Je m'approche : "Les gars, essayez de faire l'évaluation tout seuls."  Ils me trouvent sympathique.


L'examen se termine.  Nicolas est l'un des derniers à sortir.  Tout sourire, il me dit :

- Hey Madame, voulez-vous voir quelque chose ?

- Bien sûr ! 

Il ose.  Il me montre son iPhone.  Avec iMessage, il a pris une photo de son écran et l'a transmise à Guillaume (peut-être à d'autres, je n'ai pas osé demander) avec la note "Comment fait-on pour avoir cette valeur-là ?"  Sous la bulle, Guillaume répondait : sommes des médianes.

J'ai surveillé Guillaume comme les autres.  J'ai bien regardé Nicolas pendant tout l'examen.  Je l'ai vu parler, zyeuter l'écran de son voisin, me regarder.  Pourtant, jamais je n'ai vu ni l'un ni l'autre avec un iPhone et encore moins à prendre une photo de leur écran.

Qui d'autres a osé ainsi tricher ?

Et quand on a nos évaluations finales dans les grands gymnases où souvent un enseignant surveille une centaine d'étudiants, combien de photos se prennent ? Combien de réponses s'écrivent dans l'isoloir des toilettes ?

Que faire pour empêcher cela ?

Hum...

Interdire les appareils ?
Bof... On ne procédera jamais (j'espère !) à des fouilles d'étudiants et peut-on vraiment empêcher un étudiant de sortir d'un examen ? Même en envoyant un accompagnateur au toilette avec lui, il finira bien par se retrouver tout seul.

Je ne vois qu'une seule solution : les évaluations exigeant des tâches complexes qui peuvent être résolues en utilisant diverses ressources.  Ça tombe bien, c'est ce genre de tâche qui mesure le développement des compétences.

Autre condition pour toutes les formes d'évaluation faite à l'école : le surveillant surveille.

Mais la véritable question ne devrait-elle pas être : Pourquoi les étudiants trichent-ils ?

Ils trichent pour la note.  La note de passage.  La note de l'excellence ou du moins une meilleure note que celle qu'ils croient mériter.  La note est comme un salaire ou gage de diplôme, par conséquent d'emploi, de salaire.  Des Lance Armstrong.

Qui triche lors de l'examen pratique pour l'obtention d'un permis de conduire ?

Il devrait en être ainsi lors de nos évaluations.

On n'évalue pas pour donner une note à l'étudiant.  On évalue pour mesurer le développement de sa compétence, pour certifier, parfois, pour remédier souvent.  Si l'étudiant est responsable de ses apprentissages et conscient qu'il est évalué sur des notions essentielles et pertinentes à sa formation et que son programme d'étude est construit sur ces savoirs évalués, la triche devient un affaiblissement qui forcément le pénalisera.  Et si ce n'est pas le cas, c'est à se demander à quoi servait cette évaluation qu'on lui a fait subir et si, finalement, ce n'est pas démontrer une certaine intelligence, de l'audace et de la débrouillardise que d'oser y tricher.

Quant à la culture générale, aux connaissances globales, comment pourrait-on leur redonner toute la valeur qu'elles ont, la soif d'en acquérir toujours davantage sans qu'il soit nécessaire de construire des postes de contrôle ? Il me semble que la richesse des savoirs vaut tellement plus qu'une note.