jeudi 7 mars 2013

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C'est un sport vieux comme la lune.
Il en existe des utilisateurs professionnels.
Ils m'amusent.

Il y a les classiques antisèches écrites sur les pupitres, sur les cuisses des filles, à l'intérieur de la palette des casquettes, à l'intérieur des trousses, sur les bouteilles d'eau.

Il y a étonnamment l'insoupçonnée calculatrice programmable dans laquelle il est si simple d'insérer du texte.

Il y a également les antisèches astucieuses, celles dont on ne se doute pas dont plusieurs demandent tellement de temps de préparation qu'il est raisonnable de se demander si l'étude n'aurait pas été moins exigeante.

Le fossé étant parfois grand entre l'utilisation des TIC par les étudiants et celui de leurs enseignants, on rencontre maintenant une autre forme de triche : la triche informatique.

Je vous épargne le plagiat.
Trop banal.

Je pourrais vous raconter de magnifiques histoires apprises sous le couvert de la confidence de certains élèves, mais il serait facile de retracer les collègues dupés (Missmath est loin d'être anonyme), alors je vais plutôt vous raconter ce qui m'est arrivé l'automne dernier.

L'affaire se passe lors d'une évaluation en laboratoire informatique.  Une évaluation qui ne compte que pour 4 % de la note finale, un détail, pas de quoi sortir l'artillerie lourde pour piéger les copieurs.  Le laboratoire est une grande classe.  Quatre rangées d'une dizaine de postes informatiques.  Facile de voir l'écran du voisin.  Facile de ne pas entendre les chuchotements entre étudiants.

Mon évaluation porte sur l'analyse d'une série chronologique.  Les séries sont générées aléatoirement sur Moodle.  Par conséquent, les voisins ne peuvent pas comparer leurs réponses.

Évidemment, il y a en laboratoire toujours quelque chose qui plante.  Le logiciel permettant l'analyse ne s'ouvre pas, l'affichage est réduit, le transfert des données ne se passent pas bien.  Les joies de l'informatique ! Ce qui fait qu'il me faut faire du dépannage en début d'évaluation.  Ce qui fait que certains en profitent pour solliciter leurs collègues.

C'est le cas de Nicolas.  Il me surveille du coin de l'oeil, pas très subtilement.  Je le regarde et souris.
Puis, je le surprends à parler à Olivier.  Je souris.  Ils deviennent plus confiants.  Je m'approche : "Les gars, essayez de faire l'évaluation tout seuls."  Ils me trouvent sympathique.


L'examen se termine.  Nicolas est l'un des derniers à sortir.  Tout sourire, il me dit :

- Hey Madame, voulez-vous voir quelque chose ?

- Bien sûr ! 

Il ose.  Il me montre son iPhone.  Avec iMessage, il a pris une photo de son écran et l'a transmise à Guillaume (peut-être à d'autres, je n'ai pas osé demander) avec la note "Comment fait-on pour avoir cette valeur-là ?"  Sous la bulle, Guillaume répondait : sommes des médianes.

J'ai surveillé Guillaume comme les autres.  J'ai bien regardé Nicolas pendant tout l'examen.  Je l'ai vu parler, zyeuter l'écran de son voisin, me regarder.  Pourtant, jamais je n'ai vu ni l'un ni l'autre avec un iPhone et encore moins à prendre une photo de leur écran.

Qui d'autres a osé ainsi tricher ?

Et quand on a nos évaluations finales dans les grands gymnases où souvent un enseignant surveille une centaine d'étudiants, combien de photos se prennent ? Combien de réponses s'écrivent dans l'isoloir des toilettes ?

Que faire pour empêcher cela ?

Hum...

Interdire les appareils ?
Bof... On ne procédera jamais (j'espère !) à des fouilles d'étudiants et peut-on vraiment empêcher un étudiant de sortir d'un examen ? Même en envoyant un accompagnateur au toilette avec lui, il finira bien par se retrouver tout seul.

Je ne vois qu'une seule solution : les évaluations exigeant des tâches complexes qui peuvent être résolues en utilisant diverses ressources.  Ça tombe bien, c'est ce genre de tâche qui mesure le développement des compétences.

Autre condition pour toutes les formes d'évaluation faite à l'école : le surveillant surveille.

Mais la véritable question ne devrait-elle pas être : Pourquoi les étudiants trichent-ils ?

Ils trichent pour la note.  La note de passage.  La note de l'excellence ou du moins une meilleure note que celle qu'ils croient mériter.  La note est comme un salaire ou gage de diplôme, par conséquent d'emploi, de salaire.  Des Lance Armstrong.

Qui triche lors de l'examen pratique pour l'obtention d'un permis de conduire ?

Il devrait en être ainsi lors de nos évaluations.

On n'évalue pas pour donner une note à l'étudiant.  On évalue pour mesurer le développement de sa compétence, pour certifier, parfois, pour remédier souvent.  Si l'étudiant est responsable de ses apprentissages et conscient qu'il est évalué sur des notions essentielles et pertinentes à sa formation et que son programme d'étude est construit sur ces savoirs évalués, la triche devient un affaiblissement qui forcément le pénalisera.  Et si ce n'est pas le cas, c'est à se demander à quoi servait cette évaluation qu'on lui a fait subir et si, finalement, ce n'est pas démontrer une certaine intelligence, de l'audace et de la débrouillardise que d'oser y tricher.

Quant à la culture générale, aux connaissances globales, comment pourrait-on leur redonner toute la valeur qu'elles ont, la soif d'en acquérir toujours davantage sans qu'il soit nécessaire de construire des postes de contrôle ? Il me semble que la richesse des savoirs vaut tellement plus qu'une note.




4 commentaires:

Anonyme a dit...

« On n'évalue pas pour donner une note à l'étudiant. On évalue pour mesurer le développement de sa compétence, pour certifier, parfois, pour remédier souvent. »

Ça dit tout.

Malheureusement, pour les parents ou pour les élèves plus vieux, au contraire, ça ne dit rien.

Notre société en est une de performance. On doit avoir une bonne note pour ci, une bonne note pour ça...

On ne sait pas ce qu'est être compétent. On veut être connaissant. L'un ne va pas sans l'autre.

Je dois me battre quotidiennement pour faire comprendre ça aux parents de mes jeunes.

Pas facile...

Je répète souvent : « Je ne veux pas savoir si tu es compétent pour copier, je veux voir si tu es assez compétent pour utiliser tes ressources, pour accepter de te tromper et pour continuer à avancer »...

The Dude a dit...

Missmath, avez-vous déjà lu Alfie Kohn ? En particulier Punished by Rewards. Sinon, mettez ça sur votre liste.

Je ne suis pas sûr que notre société en est une de "performance" au sens qu'Anonyme l'entend peut-être : on ne veut pas être performant pour être performant et bien faire les choses, on veut être performant pour ce qui vient avec. Le bonus. La tape dans le dos. La note. Notre société est pourrie par la "motivation extrinsèque", cette "motivation" virtuelle. Et c'est pas facile de tenter d'aller à contre-courant, mais on fait des petits progrès. Cette étape-ci, sur une dizaine d'évaluations, je remets seulement deux d'entre elles notées (j'y suis bien obligé blahblahblah), et les autres sont seulement corrigées et longuement commentées de manière constructive (mais pas de notes !)

"Monsieur combien j'ai eu ? Y'a pas de note.
- Combien tu te donnes ?
- Bah je sais pas... hummm mettons c+ ?
- Donc comme j'ai expliqué 100 fois, la note, je m'en fous. Alors disons que t'as eu c+. Et maintenant, t'as des erreurs. Regarde les, lis mes commentaires, et vois comment tu peux te corriger et t'améliorer. Viens me poser des questions."

Ça prend deux "notes" : Excellent et Incomplet.

Math a dit...

Pour être en ce moment en milieu universitaire je pourrais dire que je suis pas au courant de beaucoup de triche.. En fait il arrive souvent dans mon programme qu'on aie droit à notre manuel/autre livre de référence ou encore aux notes de cours. Parfois même à tout. Dans cet ordre d'idée, certains professeurs ont eux aussi compris le principe.

Par contre il y aura toujours ces professeurs qui interdisent l'accès aux manuels et donne seulement une feuille de note. Ces cas sont les pires: puisque les profs à l,université sont souvent lâche, les examens se ressemblent d'année en année, les mêmes numéros reviennent souvent, ... En gros dans ces cours: plus tu as mit de numéro sur ta feuille de note, plus tu risque de faire copy/paste et avoir une bonne note à l'examen.

Mais c'est le choix des professeurs, donné accès à tout la matériel règle facilement le problème de la copie ou du trichage.

Heureux de voir que certains enseignants de mathématiques au collégial tel que vous comprenez cela^^

Missmath a dit...

Ah the Dude, un jour il faudra bien prendre le temps d'échanger davantage.

Math, vous soulignez un point non négligeable : l'aide-mémoire. Comme vous, je suis plutôt partisane du toutte-ou-pantoutte ! Quant aux examens qui se suivent et se ressemblent, il existe même des commerces d'anciens examens. Je ne sais pas si leur prix est indexé !!!