dimanche 5 février 2012

Éducation citoyenne

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Il y a bien des choses que l'on n'apprend pas à l'école.
En fait, il y a bien des choses que l'on n'apprend pas.
Des choses que l'on suppose innées, mais qui ne le sont pas.





Il n'y a rien comme avoir un chien pour connaître les gens de son quartier.
Du moins, les autres propriétaires de chien.
On ne connait pas leurs noms, on se parle par chiens interposés.

- So, how's Inuk doing today ?

Inuk est une chienne rejetée par ses maîtres montréalais. Sur le point d'être euthanasiée, la SPCA de Montréal a contacté la succursale de l'Outaouais pour savoir si elle pouvait accepter quelques pensionnaires de plus. Inuk a donc été conduite en Outaouais avec une meute de huskys à un moment où la voisine me reprochait d'héberger des marmottes. Nous nous sommes regardées et nous nous sommes comprises. J'ai troqué ma marmotte contre ses yeux bleus. Cela n'a pas réglé mon problème de trous. Mais elle est maintenant ma chienne. Pas ma fille, pas mon bébé, ma chienne, mon loup.

Madame Franky était fort gentille. Hélas, le cancer du poumon l'a emportée et comme Monsieur Franky n'a pas la santé pour promener Franky, c'est un vétéran qui le fait. Un homme étrange qui passe sa retraite à promener des chiens, beau temps, mauvais temps.

Monsieur Angus est intéressant. Il organise des concerts classiques. Il promène son chien avec une longue corde... et Angus adore laisser un souvenir de son passage à Inuk. Autant que Inuk en laisse toujours un à Franky. Le hic, c'est que Monsieur Angus laisse la nature pourvoir au souvenir de son chien. Bon, j'ai des sacs.

Je suis terriblement sauvage. Je déteste les conversations de voisinage. Par conséquent, je ne promène jamais mon chien pendant les "heures de pointe". Je pars alors que les lampes des chaumières se ferment pour la nuit. Il n'y a plus un chat. Parfois des ratons laveurs. Souvent des moufettes. Mais bon, l'hiver, elles dorment ! L'avantage à promener son chien la nuit, c'est que je peux laisser Inuk courir... parfois après les lièvres, mais bon... Si je délaisse la laisse, je ne pars jamais sans mes sacs. Évidemment, me direz-vous... mais est-ce si évident que ça ? Demandez à Monsieur Angus.

Inuk, comme moi, adore l'hiver et sa condition de husky lui permet de supporter des -30°C très longtemps. Cette année, nous avons un hiver magnifique. Bien sûr, on pourrait avoir plus de neige, mais il fait beau et très doux. Peu de journées sous -10°C. Difficile de rester à la maison par un temps pareil. Alors, Inuk et moi envahissons les bois.

Bien que les boisés du secteur disparaissent sous la coupe à blanc des promoteurs immobiliers depuis la fusion municipale, nous en avons encore quelques grands et beaux. Des lieux extraordinaires pour les propriétaires de chiens qui, comme moi, aiment laisser leur chien courir en toute liberté.

J'ai découvert récemment un magnifique boisé menacé de disparition. À l'orée, un petit sentier mène à une clairière qui est un véritable parc à chiens. J'y ai déjà vu plus d'une vingtaine de chiens qui rapportaient la baballe à leurs maîtres. Inuk ne ramène rien, sinon des os qu'il lui arrive de déterrer. Inuk est un chien de traineau. Pas un chien de tête, mais un chien qui ouvre la marche et qui aux carrefours guette mon regard pour savoir quelle direction prendre. Ses gènes de berger allemand la rendent obéissante. Un husky pur ne peut pas être promené en laisse (à moins de tirer un traineau, de faire du ski-jöring ) et il ne peut pas être lâché en liberté sans qu'il ne prenne le large.

C'est en rentrant dans le sentier de ce boisé aux chiens qu'une dame m'interpelle alors que j'attends le signal de mon GPS (parce que mon trouble d'orientation spatiale est suffisamment important pour que je me perde dans ma maison, alors je ne pars jamais sans au moins un GPS... deux quand je suis vraiment en terres inconnues et plusieurs piles de rechange).

- Madame, est-ce que c'est votre chien qui a laissé ça ?

Et la dame m'explique qu'elle habite en face du boisé et que, avec tous les chiens qui y circulent et tous les propriétaires qui y laissent les souvenirs en se disant que la nature y pourvoira, le printemps est tout simplement insupportable, le sentier et l'entrée du boisé devenant une fosse à purin de chiens.

Peut-être faudrait-il y ajouter des poubelles ? Une chose est certaine, c'est que, étant donné la quantité de chiens et le nombre de gens et d'enfants qui circulent dans ce boisé, tous les propriétaires de chiens devraient avoir le civisme de ramasser les traces de leurs chiens !

Eh bien non.

Il en est de même dans les passages piétonniers de mon quartier. Au moins, cet hiver, on y a laissé plusieurs poubelles (qui souvent ne sont pas vidées de l'hiver). Mais les hivers passés, certains passages devenaient de véritables défis. Mal éclairés la nuit, on préférera faire le détour plutôt que de risquer d'y salir ses chaussures.

Je suppose que ça commence par un Monsieur Angus ou une Madame Franky qui n'a plus de sacs et que l'hiver empêche de retourner sur place. Puis, un deuxième. Puis, quand arrive le troisième, son propriétaire se dit qu'il y a déjà deux trucs à ramasser, alors jamais deux sans trois. Puis le sentier devient toilette canine.

Puisque certains parcs interdisent les chiens même en laisse, je suppose qu'un jour, les employés de la ville en auront marre de nettoyer et que les chiens ne pourront être promenés qu'en certains endroits bien délimités. Tout ça, parce que certains n'auront pas compris qu'ils sont responsables de leurs chiens et du respect des lieux qu'ils fréquentent.

Paris a des motocrottes... peut-être pourrions-nous avoir des motoneiges-crottes ?!!! Nan !

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