mardi 2 octobre 2012

L'effet placebo

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Bien sûr, les échanges commerciaux ont contribué au développement du calcul.
Mais c'est sans doute en levant son regard vers le ciel que la mathématique s'est éloigné de la comptabilité pour entreprendre des échanges divins.

Pourquoi les humains étaient-ils si fascinés par l'astronomie ?

Pour sa beauté ?
Pour son immensité ?
Pour la richesse des perséides ?
Pour organiser des sorties à la pleine lune ?
Nenni.
L'intention était purement nombriliste : prévoir.
Prévoir le temps.
Prévoir les saisons.
Prévoir l'avenir.

Astronomie, astrologie.

Heureusement, grâce à la démarche scientifique, l'astronomie est désormais prise au sérieux et l'astrologie n'est plus qu'un divertissement.

Heureusement...

Demandez à Monsieur ou Madame Tout-le-monde de vous nommer 3 constellations.
...
Demandez à Monsieur ou Madame Tout-le-monde de vous nommer 3 signes du zodiaque.  La réponse viendra facilement.

N'y a-t-il donc que les sceptiques qui doutent ?

Je lisais cette semaine chez mon cher Prof Masqué que trois écoles primaires de Lanaudière ont embauché une enseignante orthopédagogue pour ré-enligner les chakras des enfants.  Le même jour, je lisais parmi les Fishman Prize l'histoire d'un enseignant de mathématique qui a fait de l'orangeade Crush un symbole d'excellence et de dépassement.  À chaque test, Jamie Irish apporte du Crush, cette boisson qui est devenue dans sa classe un porte-bonheur et une potion magique, celle qui apporte l'espoir de réussir.

D'abord, je me suis demandé comment pouvait se comporter dans sa classe des enfants gavés à tant de sucre...  Puis, je me suis rappelé un certain nain de jardin.

Ce nain m'avait été offert par les finissants en juin.  En septembre, mes étudiants d'algèbre étant fort intrigués par ce nain de mon bureau m'avait demandé de l'apporter en classe.  Il est devenu l'idole du cours, le porte-bonheur.  Les étudiants refusaient de faire les évaluations si le nain n'était pas en classe.  Décembre arrivant, les étudiants lui ont même offert des mitaines pour que leur grigri ne prenne pas froid.

Vous aimeriez sans doute que je vous dise que je n'ai jamais eu d'aussi bons résultats que cette session-là.  Eh bien non.  Vous aimeriez sans doute que je vous dise que les étudiants pris individuellement ont amélioré leurs performances dans mon cours.  Je vous répondrai que ce cours d'algèbre est unique et qu'on ne peut pas faire de comparaison.  Vous me direz que si les étudiants insistaient tant pour avoir à l'oeil le nain, c'est qu'il faisait une différence...

Vraiment ?

C'est après de nombreuses reprises du cours que Ian a enfin réussi.  Il a rédigé l'examen final avec un éléphant de marbre, un chapelet autour du cours, une petite patte de lapin et quelques statuettes.  Les autres étudiants souriaient à voir son bureau bien garni.  À 35 ans, il n'en avait rien à faire de leurs sourires.  Il a réussi.



Y aurait-il un effet placebo en éducation ?
Mais encourager ce placebo, n'est-ce pas handicaper les étudiants ?
Encourager les superstitions, n'est-ce pas les plonger dans la noirceur de l'ignorance ?

Et si le cerveau avait besoin d'être élagué de certaines responsabilités pour fonctionner à plein régime ? Croire, avoir confiance, être rassuré seraient des facteurs de réussite.  Si un nain de jardin peut apporter cela...

C'est un peu comme les granules homéopathiques !!!


4 commentaires:

Le professeur masqué a dit...

Je suis en train de lire (et de corriger modestement) une thèse de doctorat qui pose la question suivante: Dans quelle mesure la performance en orthographe grammaticale des élèves de première secondaire est-elle affectée par le jugement qu’ils portent sur leur compétence morphographique?

Tu serais très intéressée, je crois, par ce sujet.

Missmath a dit...

Hautement intéressée.
Dès que j'ai terminé ma correction.
Ouin... la correction, quand il n'y en a plus, il y en a encore...
Comme cadeau de N... fin d'année ?

:-D

Blagu'cuicui a dit...

L'effet placebo ne peut plus être négligé maintenant. C'est triste mais nous avons construit longuement cet état d'esprit.

Nous le constatons simplement dès la note. Un élève qui a une note de 9 se dira que la moyenne n'est plus très loin et donc restera actif en cours alors qu'un élève qui a 2 se laissera tranquillement couler vers les bas fond de la compréhension. Alors qu'il n'y a peut-être aucune différence de fond sur les deux élèves.

Cordialement,

Missmath a dit...

Tu as raison, Blagu'cuicui. Pour pour décourager davantage notre pauvre 2, on lui publie la moyenne des notes de la classe !