samedi 4 avril 2009

Mathématique de Павлов

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Ça fait quelques sessions déjà que je fais cette expérience sadique qui cache quelque chose de terrible.

Il est évident que les étudiants fonctionnent en mode économie d'énergie. Leur travail d'étudiant est, pour la plupart, un travail. Les meilleurs font ce qui leur est demandé, mais rarement plus. La plupart tente d'en faire le moins possible. Normal, il y a tant à faire.

Je suis par contre fascinée par les réflexes pavloviens qu'ils développent et en examen, ils réagissent comme des chiens.

La question est : pourquoi.

Je m'explique.

Pendant tout le secondaire, ils travaillent la parabole sous toutes ses formes, même les plus tordues, les plus inutiles. Ils arrivent au Cégep, apprennent les techniques de graphes et d'optimisation et psssssss... la parabole est oubliée. C'est à peine s'ils ne nous sortent pas la méthode de Newton pour estimer ses zéros alors qu'ils ont la formule quadratique gravée presqu'aussi profondément que le théorème de Pythagore.

En calcul avancé, où l'on s'amuse à trouver des aires et de volumes tordus, c'est mon classique : je leur demande en examen de calculer l'aire d'un triangle. 99 % de ces futurs ingénieurs la trouvent avec une intégrale double. Les autres n'y arrivent tout simplement pas. Pathétique n'est-ce pas ? Mais quelle leçon de vie !

Cette semaine, j'ai demandé une interpolation linéaire trop réduite : à 11 h, il y a 30 litres dans un réservoir, à 11 h 10, il y en a 40. Par interpolation linéaire, estimez combien il y en avait à 11 h 05. Les étudiants ont figé.


"Madame, je ne comprends pas."


On tente de prendre les étudiants là où ils sont, puis on complexifie, on monte la théorie, on complexifie encore, et encore. À la fin d'une étape, il n'est pas rare qu'on lance des défis, des questions plus difficiles. Idéalement, toute la classe devrait pouvoir y répondre, mais on a déjà perdu des étudiants qui eux se limiteront à retenir le nécessaire pour pouvoir passer...

Alors, quand arrive l'évaluation, comme un stimulus extérieur, l'étudiant veut appliquer la matière sur laquelle porte l'évaluation et il s'attend à ce qu'un examen, du moins en mathématique, soit rempli de défis et de colles à surmonter, de pièges éviter. (Normal, le cours est ainsi monté.) Et survient un problème trop facile, tout à coup, c'est la panique :

"C'est trop facile, ça ne peut pas être que ça, il y a quelque chose que je ne comprends pas, une subtilité se cache et je ne la vois pas..."

Alors, il laisse la question en blanc...

Mais vous voulez savoir ce qui me fait jubiler le plus ? En général, ce sont les étudiants chauffeux des programmes contingentés, ceux qui développent tous les réflexes conditionnels, ceux qui savent actionner tous les boutons pour avoir leur pâtée, ce sont eux qui ne voient pas le bol gratuit qui leur est présenté dans l'autre coin de leur cage.

Voyez-vous le côté pathétique de l'affaire ?
Ils apprennent peu, ils développent des réflexes... comme des chiens...






Ce qui me rassure dans l'affaire, c'est qu'une fois hors de l'école, quand ils devront trouver la surface d'un triangle, ils reviendront naturellement à la bonne vieille formule Base * Hauteur / 2.




П : P
а : A
в : V
л : L
о : O
в : V

7 commentaires:

Félix GG a dit...

:-D Ça me fait penser à une fille dans ma classe de math qui note tout tout tout tout tout.

Elle stresse s'il lui manque une phrase. Elle se prive de sommeil pour ses devoirs. Elle efface et recommence si sa phrase est mal calligraphiée. Elle est déçue d'un B-.

Mais sincèrement, elle n'aime ni les maths ni l'école, elle ne cherche pas à apprendre mais juste à avoir des bonne notes et c'est à peine si elle est capable d'expliquer une notion si elle n'a pas ses feuilles synthèses.

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C'est Inuk, sur la photo?

Missmath a dit...

Pauvre fille, c'est bien triste cela.

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C'est bien Inuk.

Blagu'cuicui a dit...

Bonjour,

Ce qui est encore plus marrant c'est que justement les questions simple sont rarement présente pour éviter que les élèves se plantent sur celle-ci vu qu'il ne sont pas conditionner pour les réussir de façon automatique.

Le dernier mot de ma phrase me fait penser à l'idée d'un humanoïde qui ne pense pas mais redonne ce qu'il sait sans réfléchir à la question posé. Impossible? Difficile à dire de part cette exemple là et c'est hélas triste à voir que la réflexion à laissé place aux réflexes conditionnés.

Mais il restera toujours des professeurs pour les piéger et heureusement car cela redonne un brin d'humanité, je trouve :).

Bonne continuation!

Cordialement,

Missmath a dit...

Blagu'cuicui, est-ce vraiment parce qu'on a peur que les étudiants se plantent sur les questions simples que l'on ne leur en posent pas ?

Blagu'cuicui a dit...

Bonne question. Pour ma part je pense car on les conditionne à répondre à un type de question précis et on s'est très bien qui si on sort de ce moule là, les 3/4 seront à côté de la place (que la question soit trop simple ou trop difficile d'ailleurs).

C'est un peu comme lorsqu'on apprend à conduire, au début, on comprend rien puis petit à petit on a des réflexes et voilà le tour est joué. Mais pourquoi certain seront incapable de ravoir leur code alors? Car tous les automatisme sont présent de façon inconsciente et que par conséquent, il ne savent plus pourquoi ils sont là.

Plus simple, je dirait qu'apprendre à parler est dans le même état d'esprit. Est-ce qu'on se pose la question d'une syntaxe avant de dire une phrase? Aucune utilité du moment qu'on est compris, c'est le principale. ET je pense que les mathématique pour les élèves ressemble un peu à cela dans un sens:

- Des habitudes/réflexes sans réflexions derrières (c'est une exagération mais ça y ressemble).

Ainsi dès qu'on sort de cette habitude que ce soit de façon simple ou de façon complexe (en donnant tout de même toute les base poru résoudre l'exercice) et bien, on met l'élève en difficulté car il est plus habitué à réagir par réflexe que par pure réflexion dans une grande majorité du temps.

Qu'en pensez-vous?

Missmath a dit...

Je suis d'accord avec vous.

Votre commentaire m'a amené sur une jolie piste de réflexion sur laquelle je compte écrire un billet dès que ma pile de correction sera réduite à sa plus simple expression (visiblement, la laisser attendre n'a aucune influence sur sa taille).

Cependant, je pense que, du côté des profs, si placer une petit colle en examen nous donne un air taquin, poser des questions simples, des points données, est très mal vu de la part de nos collègues. Non ?

Blagu'cuicui a dit...

Bonjour,

Je pense en effet qu'une question facile est mal vu. Devrais-je dire hélas? Je ne sais pas mais pourtant pourquoi reprocher une question facile sous le signe du "point cadeau" alors que les élèves ne vont pas forcément savoir la résoudre?

L'effet est donc le même qu'une question difficile, je trouve. La différence est psychologique pour ma part et d'en un sens un brin pervers. Car on reproche à la question simple "pas faisable par tous" l'effet de se payer la tête des étudiants alors que la question difficile sera vu comme "une question faisable par les plus forts". Conclusion, il sera toujours mieux vu par les élèves et les collègue de donner une question difficile sous prétexte que c'est entendu par la "masse" qu'elle ne sera pas faisable. Alors qu'une question "simple" est dite faisable par la "masse" et donc l'effet psychologique sur ceux qui ne savent pas la faire est grande par la même pression de cette "masse" qui ne sera pas pour autant faire la question.

Je ne suis pas si je suis bien clair mais au cas où je dirait qu'un bon élève qui plante une question facile sera pris de haut par les personne en difficulté qui l'ont réussit alors que l'autre sens est accepté socialement parlant.

J'ai hâte de lire votre billet en tout cas et je vous remercie des réponses que vous apportez dans les commentaires.

Cordialement,