dimanche 21 mars 2010

Calculatrice : Suite et fin

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- Et alors, que je leur ai demandé, si vous aviez eu droit à la calculatrice, est-ce que ça l'aurait changé quelque chose ?


La majorité a dit "non".

Certains ont osé : "On aurait pu vérifier nos réponses."

"Quelles réponses ?"
, ont rétorqué les uns aux autres.

Cette question était absurde. Je connaissais la réponse : ça n'aurait rien changé.
Ceux qui aurait aimé avoir une calculatrice était de toute façon sur la mauvaise voie.

J'ai alors pensé à ma meilleure amie qui est médecin et qui s'insurge de voir tous les tests que ses collègues commandent : "Et si le glucose est trop élevé, compte tenu de l'état du patient, ils ne pourront rien faire, alors pourquoi soumettre le patient au test ?"

N'est-il pas vrai que l'on évalue souvent les étudiants sur des objets pour nous faire plaisir ?

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En dernière session de Cégep, les étudiants ont, dans les cours spécifiques de Sciences de la nature, des cours au choix. Les options sont souvent Calcul avancé vs Biologie. Les étudiants de Sciences de la santé optent, avec raison, pour Biologie, les autres qui visent les sciences appliquées pour Mathématique. Il faut dire que le cours de Calcul avancé est soit crédité dans certaines universités en fonction des résultats obtenus ou alors il permet de bien réussir les examens d'entrée de certaines autres universités pour se voir créditer certains cours en première session. On y retrouve donc, généralement, que les étudiants qui visent les facultés de sciences appliquées (génie) ou de mathématique ou de physique. Nos meilleurs des cours de mathématique s'y retrouvent. Pas forcément en terme de notes, les futurs médecins ayant besoin d'une cote R exceptionnelle ont vite compris comment négocier les examens, mais les plus brillants, ceux qui ont toujours réussi à se débrouiller avec leur intelligence avec un minimum d'effort.

Ils se retrouvent donc réunis.
Que des brillants paresseux.
Ceux qui avaient 90 % sans ouvrir un livre.
Sans faire un exercice.

Et c'est alors que le vent change.

Toutes les formules sont fournies dans un aide-mémoire des plus complets.
Aucune question directement liée aux connaissances.
Uniquement du transfert, de l'application, de l'analyse, un peu de synthèse.

Faire ses exercices ne suffit pas.
Il faut désormais les comprendre.

"J'ai toujours eu en haut de 90 % en maths, comment puis-je n'avoir que 60 %, c'est horrible."


Pour ajouter à l'horreur, je ne publie pas les moyennes.
Je ne les publie jamais.

"Tu dois te dépasser. Toi. Tu n'es pas content de ton résultat, travaille pour avoir une meilleure note la prochaine fois. Rien à voir avec les autres. La moyenne, c'est un indicateur pour le prof, pas pour les étudiants. Tu n'as pas choisi tes collègues de classe. Dans une autre classe, la moyenne aurait été différente. Aurais-tu été au dessus ou au dessous ? Nul ne peut le dire."


"Mais je suis découragé par ma note. Est-ce que ça vaut la peine que je continue ?"

"La note que tu as là, tu l'aurais eue à l'université. Là où le prof se fout de toi. Là où sa mission est de ne garder dans le programme que les meilleurs étudiants. Là où tu seras assis avec les meilleurs étudiants des meilleurs Cégeps, sans parler des étudiants étrangers boursiers. Alors, tu veux un examen pop-corn et te casser la gueule à l'université ou tu veux te casser la gueule maintenant et que je te ramasse et t'entraine pour jouer chez les professionnels ?"


Bien sûr, ma dizaine de cheveux blancs qui commencent à paraître quand on regarde ma chevelure hirsute me permet d'avoir une crédibilité que je n'avais pas les premières fois que j'ai donné ce cours, mais ce serait accorder bien de l'importance à ma petite personne. Ce qui a le plus d'influence, ce sont les témoignages des anciens qui sont présentement à l'université.



Des 51 commentaires laissés sur Facebook, aucun ne disait de rendre le cours plus facile. Au contraire, on me suppliait d'ajouter ceci ou cela. Et je leur rappelais combien ils trouvaient le cours difficile. Et ils me répondaient que ce n'était rien comparativement à ce qu'ils vivent maintenant dans le monde des grands.

L'influence des pairs.

Ma moyenne est atroce.
Mon écart type est incroyablement élevé.
Mais mes petits sont enragés.
Je ne suis plus le bourreau, je suis le coach.
Et on se prépare pour les Olympiques.

La moyenne est atroce.
L'écart type est grand.
Le premier examen aura été une horrible défaite.
Une défaite qui annonce les plus belles victoires.







Source : Getty Image, Boston.com

3 commentaires:

Blagu'cuicui a dit...

Merci pour ce magnifique témoignage d'une victoire non négligeable après tout.

Mais surtout merci pour eux Missmaths et pour nous aussi autre professeurs ou futures professeur de maths qui ne pensent peut-être pas comme les grand de ce monde derrière leur bureau mais qui on l'intime conviction que ce n'est pas d'en haut que viendra le changement mais seulement dans nos choix en classe face à des élèves/étudiants qui eux ont tout à construire et tout à comprendre mais non pas à 25-30ans mais à 15-18ans car c'est là qu'on a le plus besoin de comprendre notre véritable niveau et ce que ça signifie "de se dépasser pour soi-même et non pour les autres!".

Merci!

Anonyme a dit...

Il y a de temps que je lis votre blog. Je suis une professeur espagnole de mathématiques. J'ai compris que nous avons les mêmes problèmes avec le modèle de l'enseignement des mathématiques. J'aime votre blog et je regrette ne pas pouvoir m'exprimer mieux en franÇais. MGB

Missmath a dit...

Madame, j'aimerais pouvoir m'exprimer en espagnol aussi bien que vous le faites en français. Bienvenida aqui, Señora. Sera un placer leerla. Muchos saludos.