vendredi 23 juillet 2010

Démission du statisticien en chef

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J'efface ma montée de lait. Je respire par le nez. On se calme.
Esti, non mais ça va faire le niaisage !!!
Chut...




Statistique Canada est un organisme gouvernemental indépendant renommé mondialement. C'est d'ailleurs son indépendance qui en fait sa renommée.

Que veut dire tout cela ?

Cela signifie que les budgets de Statistique Canada viennent du gouvernement. Que le gouvernement commande des enquêtes ou que les enquêtes de Statistique Canada visent à aider les décisions politiques du pays. Contrairement aux maisons de sondage, certaines enquêtes (comme le recensement) sont encadrées par des lois obligeant les citoyens à y répondre. Un refus de répondre au questionnaire du recensement peut entrainer des peines allant d'une amende de 500 $ à un séjour de quelques mois en prison. Pas trop léger léger comme peine, mais bon, je ne crois pas que cette loi soit vraiment appliquée, mais elle existe.

La force de Statistique Canada, comparativement aux autres bureaux de statistique dans le monde, c'est son indépendance. Cela signifie que si le gouvernement peut commander des enquêtes ou décider des budgets, il n'intervient pas dans la méthodologie, ni dans le traitement, ni dans l'analyse, ni dans la publication des résultats. Aucune ingérence, aucune influence.

Le travail de statisticiens à Statistique Canada est tout à fait passionnant. L'enquête qui occupe le plus de gens est certainement le recensement. Rappelons que nous habitons le deuxième plus grand pays au monde, cinq fuseaux horaires et un vaste territoire nordique. Mais Statistique Canada c'est aussi, entre autres, le calcul de l'indice des prix à la consommation, les enquêtes économiques et sociales et on y trouve également des chercheurs qui améliorent les modèles statistiques. Par la qualité de ses enquêtes, Statistique Canada nourrit les chercheurs partout au pays. Son expertise est exportée partout dans le monde (j'ai des amis qui sont allés diriger à la manière Statistique Canada des enquêtes en France et en Suède ; pays qui, nous en conviendrons, sont loin d'être les derniers au classement dans ce champ de compétence).

De façon générale, les enquêtes sont menées par des équipes multidisciplinaires (économistes, sociologues, statisticiens, méthodologistes). La firme est gouvernementale car ses analyses servent à aider le gouvernement dans ses décisions.

Par exemple, si dans une ville la proportion de gens qui ont des piscines est élevée, on pourra penser que les demandes d'eau en début de saison seront très élevées que la ville devra avoir les infrastructures (et les sous) pour fournir à la demande tout en permettant d'avoir une eau potable dans les robinets.

Certaines enquêtes peuvent avoir de graves implications. Un de mes grands amis a par exemple travaillé à la modélisation de la santé au Manitoba. Après l'analyse de milliers de dossiers médicaux, un modèle a pu être dégagé pour établir l'espérance de vie d'une personne en fonction de son lieu de naissance, de sa scolarité, de son lieu de résidence, de ses habitudes de vie... Si le but officiel de l'enquête est de réduire les inégalités socio-économiques en matière de santé, le modèle peut s'avérer fort pratique lorsque le budget en santé manque... Si vous ne pouvez prendre qu'un seul patient et qu'il vous en arrive deux, prendrez-vous le jeune de 18 ans qui a subi une commotion cérébrale en tombant de son vélo ou le vieillard de 81 ans qui a une commotion cérébrale en tombant de son lit ? L'exemple est grossier, mais s'il vous faut choisir entre deux hommes non-fumeurs de 45 ans sans emploi victimes d'un infarctus, vous choisiriez celui qui a un doctorat ou le décrocheur ?

Sinon, l'enquête la plus importante reste le recensement.

Le premier recensement au Canada (Nouvelle-France) a été effectué par Jean Talon en 1666 (l'année de la bête). On s'intéressait alors non seulement aux effectifs pour prélever les impôts, évaluer le nombre de cheminées à ramoner ou justifier la construction des ponts, mais on voulait également connaître les armes que les familles avaient, histoire de s'organiser en cas d'attaque. Talon profitera des données du recensement pour se faire délivrer des filles du Roy (expression typiquement outaouaise calquée de l'anglais qui fait jolie ici) et donner des amendes aux jeunes hommes célibataires qui n'auraient pu su trouver chaussure à son pied.

Pis les Anglais sont arrivés, puis le Canada est né.

Dans sa loi constitutionnelle de 1867 on peut lire qu'il y aura un recensement tous les 10 ans à partir de 1871. Le questionnaire long de 1871 comptait 211 questions et touchait à plusieurs domaines (état civil, éducation, biens, immeubles, bétail, administration, éducation, commerce, industrie...). En 1901, il en comptait 511. Treize cahiers à remplir. Heureusement, dans ce temps-là, il n'y avait pas de télévision ni d'internet, on avait le temps !!! Évidemment, la majorité des habitants ne devaient répondre qu'à un minimum de questions : nom, âge, sexe, religion, éducation, race, profession.

Un fait intéressant à noter : si au Canada, il est courant de demander la religion des gens, en France cette question est interdite dans les recensements. On comprendra que l'antisémitisme des grandes guerres aura poussé à la prudence en ce domaine.

Voici un bout de page de ce recensement où figurent mes ancêtres.


De nos jours, les recensements sont plus fréquents (à tous les 5 ans depuis 1956 (la loi sera passée en 1971)). Le questionnaire long s'est allégé depuis. Il est distribué à un ménage sur cinq. Il est aujourd'hui composé d'une cinquantaine de questions (40 pages), ce qui est, selon Maxime Bernier (entrevue grotesque), beaucoup trop long. Il est vrai que, compte tenu que 42 % des Canadiens-diennes sont analphabètes (1), ça doit être long de lire toutes les modalités pour cocher celle qui correspond à notre situation. Pourtant, Statistique Canada offre de l'assistance pour les personnes qui auraient de la difficulté à remplir ces questionnaires.

Les données socioculturelles et socioéconomiques détaillées sont recueillies à l’aide d’un questionnaire complet qui est envoyé à environ un logement sur cinq. Le type de renseignements recueillis dans le questionnaire complet concerne la démographie, le marché du travail et le revenu, la citoyenneté et l’immigration, les limitations d’activités, les caractéristiques socioculturelles, la mobilité, l’éducation, la langue et le logement. Les autres quatre cinquièmes des logements canadiens reçoivent un questionnaire abrégé comportant des questions démographiques de base. En vertu de la Loi sur la statistique, tout citoyen est tenu de répondre à ces questionnaires. (2)
Évidemment, ce n'est pas pour cette raison que le gouvernement conservateur a décidé que dorénavant le questionnaire long serait distribué sur une base volontaire. Il s'agirait selon lui d'un respect de la vie privée. Les nombreuses questions portant sur les origines ethniques feraient peur aux citoyens. La crainte européenne nous rattraperait-elle à sa manière ? Selon le Devoir, 49 % des Canadiens et 62 % des Québécois seraient d'accord avec la décision du gouvernement. (Quelle était la question exactement ?) On dit que les gens s'opposent au fait que des peines peuvent être encourues s'ils ne répondent pas au questionnaire obligatoire. Leur a-t-on dit que ces mêmes peines s'appliquent au refus de répondre au questionnaire court et si oui quelle proportion des gens s'oppose également à ce formulaire ?

Au cours des 10 dernières années, la commissaire fédérale à la vie privée n'a reçu que trois plaintes au sujet du processus de recensement, contre 42 pour les 10 années précédentes.
(42 plaintes sur quelques millions de questionnaires, pas besoin d'une loi sur la clarté pour déclarer que ça dérange les Canadiens et les Canadiennes de façon claire !!!)

Statistique Canada n'est pas Facebook ! Les données y sont confidentielles tout autant (sinon plus) qu'au Ministère du revenu. Je veux bien moi payer mes impôts sur une base volontaire ! La différence entre un échantillonnage probabiliste (ici systématique, un questionnaire long sur cinq) et un échantillonnage de volontaires est du même ordre. Dans un cas, l'inférence est possible, dans l'autre, les résultats ne sont pas fiables. Il me semble évident que certaines catégories de la population ne répondront pas au questionnaire long sur une base volontaire. Bien sûr, il serait possible de faire des regroupements entre les individus et par exemple leurs déclarations de revenu ou les autres données des autres ministères (cette procédure serait probablement plus onéreuse que l'administration des questionnaires longs). Et puis, l'intérêt de Statistique Canada, c'est la confidentialité des données. Vous pouvez frauder l'impôt et dire la vérité à Statistique Canada et on ne fera pas l'appariement ! (Bon, il vaut peut-être mieux ne pas prendre de chance !) C'est encore une fois l'indépendance de Statistique Canada qui ajoute à la fiabilité des données reçues via le questionnaire long. Maintes recherches utilisent les résultats du recensement (les données traitées, jamais les questionnaires !!!). Si les décisions politiques se prenaient de façon démocratique, plusieurs seraient prises après consultation des résultats du recensement. Rendre le recensement une opération vox pop d'un jour est, à mon avis, inconcevable. À moins de vouloir gouverner intuitivement, selon ses croyances, ses émotions, ses feelings.

C'est ce qui a poussé le statisticien en chef, Monsieur Munir Sheikh, à démissionner de ces fonctions. Voici sa lettre de démission, publiée sur le site de Statistique Canada, mais retirée après quelques heures. Non ingérence vous dites ??? Heureusement, les journalistes en avaient gardé des copies !


Media advisory: 2011 Census
July 21, 2010
OTTAWA -- There has been considerable discussion in the media regarding the 2011 Census of Population. There has also been commentary on the advice that Statistics Canada and I gave the government on this subject.

I cannot reveal and comment on this advice because this information is protected under the law. However, the government can make this information public if it so wishes.

I have always honoured my oath and responsibilities as a public servant as well as those specific to the Statistics Act.

I want to take this opportunity to comment on a technical statistical issue which has become the subject of media discussion. This relates to the question of whether a voluntary survey can become a substitute for a mandatory census.

It can not.

Under the circumstances, I have tendered my resignation to the Prime Minister. I want to thank him for giving me the opportunity of serving him as the Chief Statistician of Canada, heading an agency that is a symbol of pride for our country.

To you, the men and women of Statistics Canada - thank you for giving me your full support and your dedication in serving Canadians. Without your contribution, day in and day out, in producing data of the highest quality, Canada would not have this institution that is our pride.

I also want to thank Canadians. We do remember, every single day, that it is because of you providing us with your information, we can function as a statistical agency. I am attaching an earlier message that I sent to Canadians in this regard. In closing, I wish the best to my successor. I promise not to comment on how he/she should do the job. I do sincerely hope that my successor's professionalism will help run this great organization while defending its reputation.

Munir A. Sheikh (3)

S'il était resté à la tête de Statistique Canada, Monsieur Sheikh aurait eu à défendre l'indéfendable : la non fiabilité des données... Enfin, si on arrive à recueillir les données, car je ne crois pas qu'en moins d'un an on réussira à développer des systèmes pour transférer les données entre les ministères et je doute que l'on trouve assez de volontaires pour tirer des conclusions (5). Quiconque ayant un tant soit peu de notions de méthodologie comprendra que cette position est insoutenable professionnellement puisqu'elle minera la réputation de Statistique Canada. Démissionner était par conséquent l'unique solution pour le statisticien en chef. J'ose même espérer que les employés de Statistique Canada le soutiendront.


Une réunion se tiendra mardi prochain entre le gouvernement et Monsieur Sheikh. Aucune des deux parties n'a l'intention de revenir sur sa décision.



_______________________

(1) Sous le niveau 3 de littératie, selon une enquête de... Statistique Canada ! (Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes 2003)

(2) Description du questionnaire long (complet) pour le recensement de 2011, Statistique Canada

(3) National, Radio-Canada, 15 juillet 2010

(4) Citée par Kady O'Malley, Inside Politics Blog, cbc. Sur le site de Statistique Canada, la lettre de démission de Monsieur Sheikh a été remplacée par une note publiée quelques jours avant : OTTAWA — Statistics Canada is not in a position to answer questions on the advice it gave the Minister in relation to recent statements the Minister has made.

(5) Lors du dernier recensement (2006), les recenseurs m'ont avoué que c'était la première fois dans leur longue journée qu'ils rencontraient une personne souhaitant avoir le questionnaire long. En général, les gens sont déçus d'être le 5e élément de la liste.

12 commentaires:

Le professeur masqué a dit...

Un vrai scandale! Simplement. J'en aurais long à écrire sur ce sujet, mais je pense que l'important sera de voter pour débarquer les Conservateurs.

Missmath a dit...

Diable qu'il y avait des fautes de français dans ce billet...

Voter pour les débarquer ? La population qui a voté pour les embarquer devait bien avoir des raisons, non ? Enfin, il y a des choses que je comprends pas et qu'il faudrait que l'on m'explique. Tout ce que je sais, c'est que grâce au gouvernement, je n'ai jamais poncé une galerie avec autant de vigueur...

Anonyme a dit...

"S'il était resté à la tête de Statistique Canada, Monsieur Sheikh aurait eu à défendre l'indéfendable : la non fiabilité des données.."

Un pissou ou un trop honnête homme?

Missmath a dit...

Ni pissou (il se serait alors plié aux "ordres" de son supérieur (le gouvernement) et se serait lavé les mains des critiques en disant que la décision ne venait pas de lui). Ni trop honnête. Consciencieux ? Professionnel ?

David Gendron a dit...

Évidemment, vous évacuez la question fondamentale: Êtes-vous en faveur que l’État vous OBLIGE à répondre à un tel questionnaire? OUI ou NON?

http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2010/07/22/debat-sur-le-recensement-revenons-a-la-question-fondamentale/

David Gendron a dit...

"Un refus de répondre au questionnaire du recensement peut entrainer des peines allant d'une amende de 500 $ à un séjour de quelques mois en prison. Pas trop léger léger comme peine, mais bon, je ne crois pas que cette loi soit vraiment appliquée, mais elle existe."

Êtes-vous d'accord avec cette loi, oui ou non?

"La force de Statistique Canada, comparativement aux autres bureaux de statistique dans le monde, c'est son indépendance."

Faux, aucun organisme étatique n'est indépendant!

"Son expertise est exportée partout dans le monde (j'ai des amis qui sont allés diriger à la manière Statistique Canada des enquêtes en France et en Suède ; pays qui, nous en conviendrons, sont loin d'être les derniers au classement dans ce champ de compétence)."

Le Canada a une meilleure expertise que ces deux pays, surtout la France!

C'est tout simplement sidérant et pathétique qu'une prof de mathématique néglige complètement le concept même de l'échantillonnage et le caractère volontaire de la plupart de enquêtes statistiques de Statistique Canada et des autres maisons de sondage.

"S'il était resté à la tête de Statistique Canada, Monsieur Sheikh aurait eu à défendre l'indéfendable : la non fiabilité des données... Enfin, si on arrive à recueillir les données, car je ne crois pas qu'en moins d'un an on réussira à développer des systèmes pour transférer les données entre les ministères et je doute que l'on trouve assez de volontaires pour tirer des conclusions (5). Quiconque ayant un tant soit peu de notions de méthodologie comprendra que cette position est insoutenable professionnellement puisqu'elle minera la réputation de Statistique Canada. Démissionner était par conséquent l'unique solution pour le statisticien en chef. J'ose même espérer que les employés de Statistique Canada le soutiendront."

Incroyablement fallacieuse comme affirmation. Finalement, il sait tellement pas de quoi il parle que je suis très heureux de sa démission.


Vous avez bien appris votre petit cathéchisme étatiste!

David Gendron, M.Sc. (statistique)

Missmath a dit...

Monsieur Gendron, d'abord bienvenu dans le brouillon de poulet. Votre commentaire est fort pertinent et je suis bien contente de croiser un premier statisticien heureux de la décision de Monsieur Shiekh.

Vous avez raison lorsque vous dites qu'aucun organisme étatique est indépendant. Statistique Canada a (avait) par contre ce statut. J'ai ouï-dire que le présent gouvernement bafoue un peu les traditions de l'organisme... Monsieur Fellegi (comme vous le savez, le prédécesseur de Monsieur Sheikh) aurait même été vu rouge (o le jeu de mot !) à ce sujet.

"C'est tout simplement sidérant et pathétique qu'une prof de mathématique néglige complètement le concept même de l'échantillonnage et le caractère volontaire de la plupart de enquêtes statistiques de Statistique Canada et des autres maisons de sondage."

Ha ! Je ne crois pas avoir écrit que toutes les enquêtes statistiques devraient être faites avec un échantillonnage systématique obligatoire.

Par contre, corrigez-moi si j'ai tort, mais il me semble qu'un recensement est plus fiable qu'un sondage. Il me semble qu'un échantillon probabiliste est plus fiable qu'un échantillonnage de volontaires. Non ? Il me semble que si le questionnaire long est offert sur une base volontaire, certaines gens comme ceux qui rejettent le catéchisme étatique n'y répondront jamais. Connaissez-vous une méthode statistique permettant de faire de l'imputation sur des classes complètes d'unités statistiques manquantes ? Si vous avez des références à ce sujet, j'aimerais bien en prendre connaissance.

Concernant votre question essentielle, je me contenterai de vous dire simplement que l'anarchie ne peut fonctionner que dans un état composé de gens justes, conscients, collaborateurs et vertueux. J'aimerais avoir votre foi en notre société et j'envie votre optimisme.

Missmath a dit...

Mardi, l'heure de gloire a sonné et le ministre a decidé que dorénavant le questionnaire du recensement se ferait sur une base volontaire. ( Je lis même que le recensement lui-même sera fait sur une base volontaire... ). Eh bien, je comprends de moins en moins de choses...

Missmath a dit...

Lettre de la Société d'histoire

L’Honorable Tony Clement
Ministre de l’industrie
Gouvernement du Canada
Édifice C.D. Howe
235, rue Queen
Ottawa, ON
K1A 0H5

5 juillet 2010

Cher Ministre Clement:

À titre de présidente de la Société historique du Canada, la plus importante
association d’historiens au Canada, je vous écris pour vous exprimer notre
désarroi et notre inquiétude concernant la récente déclaration publique
émise par votre gouvernement de supprimer le formulaire de recensement
détaillé dans le cadre de notre recensement national. Nous sommes d’avis que
votre décision réduira sensiblement notre capacité de comprendre notre
société et elle réduira la capacité de futurs historiens d’écrire l’histoire
du Canada.

Notre inquiétude repose sur trois facteurs. D’abord, la décision sur le
recensement a apparemment été prise sans avoir consulté la communauté des
chercheurs de données démographiques, tant les universitaires que les
généalogistes. Les utilisateurs experts de ces groupes ont affirmé que
l’élimination du formulaire détaillé du recensement nuira à leurs efforts
actuels de comprendre les tendances dans la société canadienne. Nous croyons
que leurs connaissances expertes doivent maintenant être mises à
contribution et nous vous invitons à consulter ces groupes de recherche
avant de mettre cette décision en œuvre.

En second lieu, l’abandon de l’exhaustivité du recensement réduira
considérablement son utilité comme source historique à l’avenir. Le
caractère facultatif de l’Enquête nationale auprès des ménages aura comme
conséquence des calculs inégaux et incertains des questions contenues sous
cette forme, empêchant des historiens du 22e siècle de développer une image
complète du Canada de notre propre époque.

Troisièmement, en éliminant la collection de données complètes, le
gouvernement semble abandonner certains groupes d’électeurs principaux tels
que les femmes qui ont employé les données globales capturées dans le
recensement détaillé pour identifier des anomalies et des inégalités dans la
société canadienne. Cette information est essentielle pour tout
gouvernementt cherchant à développer des politiques publiques saines pour le
Canada à l’avenir.

Nos soucis sont apparemment partagés par de hauts fonctionnaires œuvrant à
Statistique Canada, bien qu’ils soient réticents à s’exprimer par crainte de
la censure.

Nous vous invitons à reconsidérer cette décision imprudente et à rétablir le
formulaire détaillé du recensement comme outil essentiel de collecte de
données pour notre pays, pour aujourd’hui et demain. En plus de rétablir le
formulaire détaillé du recensement, nous demandons que vous vous engagiez à
assurer que ces données seront universellement disponibles aux chercheurs
d’ici 92 ans, en accord avec la pratique en vigueur.

Faute du rétablissement immédiat du formulaire détaillé du recensement, nous
aimerions solliciter une rencontre avec vous pour discuter de nos
préoccupations en détail. Nous serons alors en mesure, j’en suis assurée, de
répondre à toutes les questions que vous pourriez avoir concernant nos
arguments précis. J’attends avec intérêt d’avoir de vos nouvelles
concernant nos soucis dans un bref délai.

Sincèrement,

Mary Lynn Stewart FRSC
Présidente, Société historique de Canada

(via Charles-Antoine)

Missmath a dit...

(On comprendra que je dépose ici des notes pour mon moi-même !!!)

uesday, July 27, 2010 2:01 PM
Munir Sheikh shows us what integrity
and leadership look like

John Ibbitson

Munir Sheikh’s testimony before the Commons industry committee reminded us of something that too many forget: He did not resign as deputy minister responsible for Statistics Canada for the wrong reason; he resigned for the right reason.

Journalism sometimes distorts through conflation. So while the initial stories concerning Mr. Sheikh’s departure correctly explained what caused the first deputy minister to resign on a question of principle, as days passed, a crucial distinction became blurred.

The impression gained ground that Mr. Sheikh quit because the Conservative government decided to scrap the mandatory long-form version of the 2011 census, replacing it with a voluntary survey. That’s not true.

It is true that Mr. Sheikh advised the government that scrapping the mandatory census would lead to less accurate results.

Prime Minister Stephen Harper took that advice, rejected it and ordered a voluntary survey. As a public servant, Mr. Sheikh was obliged to carry out that instruction. If cabinet wants to undermine the integrity of the census, then that’s the right of cabinet. It is the professional duty of the public service to carry out the directions of the government of the day, whatever its members might think of those directions.

Mr. Sheikh only resigned when Industry Minister Tony Clement claimed something he should never have claimed. In a July 16 story on The Globe and Mail’s front page, Mr. Clement stated in an interview that Statistics Canada had assured him a voluntary survey, sent to a larger group of people, would yield satisfactory results.

“I asked [Statistics Canada] specifically, ‘Are you confident you can do your job?'” he told Steven Chase. “They said ‘If you do these extra things: the extra advertising and the extra sample size, then yes, we can do our job.' “

That could not be true: if people who are poorer or less educated are not filling out a census because they don’t understand its importance, increasing the number of people receiving the form won’t help one whit. Either Mr. Sheikh did not give that assurance, or he gave it knowing it to be false. Rather than permit the latter impression to take hold, damaging both his integrity and that of Statistics Canada, he resigned.

“The fact that in the media and in the public that there was this perception that Statistics Canada was supporting a decision that no statistician would, it really casts doubt on the integrity of that agency, and I as head of that agency cannot survive in that job,” Mr. Sheikh told the committee.

It is one thing to quit your job because you don’t agree with the boss. It is something quite different to quit your job rather than see the integrity of the people you lead compromised. There aren’t many of us who would do such a thing. But Munir Sheikh would, and did.

The Globe and Mail

Capitaine Hurlevent a dit...

Merci d'avoir dressé un bilan si détaillé de la question. Ça m'aide à comprendre.

«À moins de vouloir gouverner intuitivement, selon ses croyances, ses émotions, ses feelings.»
Ça me fait penser au «Mythologies contemporaines» sur le culte du ressenti.

Missmath a dit...

La mythologie contemporaine du culte du ressenti se trouve ici. Vous avez tout à fait raison, Capitaine.