lundi 26 janvier 2009

La faim justifie les moyens

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Le système d’éducation, comme le système de santé, se porte mal au Québec. On en parle moins sans doute parce qu’il fait moins de morts. Enfin, moins de morts directes. Du moins pour l’instant.

Je parlais dans un récent billet des horaires de classe. Un détail. Un détail qui peut prendre une certaine importance, puisque, comme le soulignait Sylvain, l’heure du début des classes est souvent déterminée par le transport scolaire. Quand ce sont les autobus jaunes qui déterminent l’heure de la première cloche à l’école, c’est qu’on a perdu de vue le centre du motif.

Hortensia nous parlait de la productivité des étudiants. Le mariage études-emploi est une normalité, une composition naturelle tellement importante qu’aux yeux des administrateurs, certainement pour « améliorer » les statistiques, la durée considérée normale pour obtenir un diplôme d’études collégiales (D.E.C.) au secteur pré-universitaire est de trois ans (le programme s’inscrit pourtant sur 4 sessions (2 ans)) et de 5 ans pour les programmes techniques (rédigés sur 6 sessions (3 ans)). Ce n’est pas de la paresse, loin de là. Les étudiants d’aujourd’hui travaillent beaucoup plus que nous le faisions à leur âge. Depuis qu’ils sont tout petits, on les a entrainés à avoir un emploi du temps de ministre. Il ne faut pas s’étonner qu’ils continuent de remplir leurs journées en se montrant disponibles aux employeurs dès qu’ils ont l’âge d’avoir un emploi rémunéré. Et comme ils commencent à travailler dès le secondaire, certaines écoles demandent aux enseignants de s’ajuster à cette nouvelle réalité en évitant les devoirs à la maison, en ne faisant pas d’évaluation les vendredis ni les lundis… Oh, ce n’est pas qu’elles se plient aux caprices des élèves, c’est simplement que ça nuit à leurs statistiques scolaires…

Car l’école est loin de la réalité des jeunes. On enseigne comme on nous a enseigné, mais les jeunes n’apprennent plus comme on apprenait. L’arrivée de Google dans les maisons est aussi révolutionnaire que l’a été l’imprimerie. Et Google n’est pas arrivé seul. Les choses "cools" se passent maintenant à l'extérieur de l'école. L’école secondaire devient l’équivalent de la garderie. Là où l’on attend. Au service de garde, même si l’on a envie de jouer au ballon, il faut faire un bricolage, parce que c’est l’heure du bricolage. Et le bricolage doit absolument être fait en papier mâché, parce que c’est l’heure du bricolage en papier mâché. Et le papier mâché doit prendre la forme d’un animal, parce que, ce mois-ci, le thème du service de garde, c’est Les animaux du monde, parce que les éducatrices l’ont décidé. Bien sûr, au secondaire, c’est différent. Le papier n’est plus mâché, il est griffonné, mais on attend toujours. On attend, on ne sait trop quoi, mais on attend. On attend. Peu attendent d’être, la majorité attend d’avoir. Plusieurs de nos ados ne vont pas à l’école pour apprendre, ils y vont parce qu’ils sont obligés. N’est-ce pas alors normal qu’ils résistent ?

Les exceptions : les écoles privées. Là où les études sont la priorité pour les parents. Là où l’on assure un encadrement serré aux élèves. Celles que l’on retrouve en tête des palmarès. Celles qui sélectionnent leurs élèves et qui rejettent à l’école publique ceux qui répondent pas à ses exigences. Étrange tout de même que ces écoles où les professeurs ont la vocation et où l'on mise sur l'encadrement, n'accueillent que les élèves qui en ont le moins besoin... m'enfin...




Récapitulons : L’école manque de ressources matérielles et de professeurs. L’école publique déborde de jeunes qui ne sont pas intéressés à étudier.

Une minute de cet insupportable film démontrera mon propos.



Quel manque d’autorité ! L’enseignant devrait donner des retenus, des devoirs supplémentaires, des punitions, des expulsions… Pffffff… Toute une classe en retenu, c’est un déplacement du problème. Des punitions, des devoirs supplémentaires ? À quoi cela sert-il si de toute façon ils ne sont pas faits ? Et vous croyez qu’on peut expulser toute une classe, toute une école ? Allez donner deux heures de cours à ces élèves avant de jeter la pierre à cet enseignant. Dans une telle classe, je ne serais pas rester 5 minutes. Peut-on blâmer les étudiants ? Visiblement, ils ont l'air très heureux.




Alors je me demande…

Serait-il possible que l’on se soit trompé ?

Les mariages forcés ne peuvent fonctionner que dans des sociétés où le respect ou la soumission sont des valeurs fondamentales. Or, dans nos sociétés trop riches, ce n’est pas le cas. Alors, il faut opter pour des mariages d’amour !

Comment faire aimer l’école ?


En la rendant précieuse. En lui donnant de la valeur aux yeux des étudiants. Et pour être précieuse, pour avoir de la valeur, une chose doit être rare.

Houhouhouhouhou…

C’est énorme. Mais ça réglerait tant de problèmes.

Imaginez.

= Éducation primaire obligatoire et gratuite pour tous.

= Éducation secondaire publique entièrement gratuite et sélective. Pas élitiste. Sélective. Réservée aux étudiants, c’est-à-dire ceux et celles qui veulent étudier, ceux et celles qui veulent vivre l’école et tous les projets qu’elle peut proposer.

= Service de garde autogéré pour les autres. Qu’ils s’amusent !





Imaginez une école remplie d’élèves qui sont là pour apprendre dans une école remplie de professeurs qui veulent les aider à apprendre soutenus par une administration qui veut les aider à aider à apprendre.

Avec le même budget, mais étant moins nombreuses, les écoles auraient enfin les ressources pour offrir une formation générale de qualité à des élèves de qualité. Attention : un élève qui éprouve des difficultés d’apprentissage peut être un élève de qualité. La qualité d’un élève se rapportant à son attitude et non ses aptitudes. Mais on aura beau avoir les meilleurs élèves, leur accompagnement n’est pas à négliger non plus. Les meilleures écoles sauront ne garder que les meilleurs enseignants. Ceux qui s’impliquent, ceux qui sont passionnés, ceux qui créent, ceux qui construisent, ceux qui continuent d’apprendre, ceux qui critiquent de façon constructive.


- Et la technologie dans tout cela ?
- Euh quoi, la technologie ?
- Ben oui, Google, Youtube, Facebook, Mathematica, les tableaux blancs et les ardoises électroniques, les cellulaires, la baladodiffusion…
- Et les stylos, le papier, le photocopieur, le tableau, les jetons, les dés, les bouteilles d’eau, la guitare, les cordes…
- De quoi tu parles ?
- De la même chose que toi : des outils pour faciliter les apprentissages.



Comme Blagu’cuicui, je ne crois pas que les formats numériques ou médiatiques donneront aux élèves le goût d’apprendre. La soif de savoir ne peut pas naître du matériel. Elle doit être intérieure. L’abondance de matériel conduit à la facilité et apprendre exige des efforts. Or nous vivons dans une société où l’effort est trop peu valorisé, surtout l’effort intellectuel. À preuve, le sondage BBM révèle que les deux émissions de télévision les plus écoutées cette semaine au Québec sont Le Banquier et Les Boys, alors qu’en France, selon la firme Médiamat, nous retrouvons Les Experts Manhattan, Les aventuriers de Koh-Lanta (le Survivor made in France).

L’éducation est un luxe. Sommes-nous vraiment assez riches pour l'offrir à tous, même à ceux et celles qui n’en veulent pas ?


6 commentaires:

Guy Marion a dit...

"Éducation secondaire publique entièrement gratuite et sélective. Pas élitiste. Sélective. Réservée aux étudiants, c’est-à-dire ceux et celles qui veulent étudier, ceux et celles qui veulent vivre l’école et tous les projets qu’elle peut proposer.
Service de garde autogéré pour les autres. Qu’ils s’amusent !"
Faîtes circuler la pétition ! Je signe!
A Paris ou à Québec , les problèmes sont les mêmes
Et continuez d'écrire des billets subversifs, ça fait du bien.

Blagu'cuicui a dit...

Votre plume est l'équivalent de votre passion à enseigner et j'approuve totalement.

Lorsqu'on dit le mot sélection, on crie à l'élitisme pour dénigrer tous les système sélectif qu'il soit privé ou de type prépas (à contrario de la fac). Cependant, les chiffres parlent d'eux-mêmes au niveau du taux de réussite de l'un comme de l'autre et pourtant on ne parle par forcément d'élitisme dans le privé ni en prépas car dans l'un comme dans l'autre il y a des établissement contenant le même niveau que dans le public la différence se situe dans une ou plutôt deux valeur fondamentales:

- Le respect
- Le goût d'apprendre ou tout du moins de comprendre

Je suis donc l'idée de M. Marion en appuyant votre idée à 100%. Même si je pense qu'il y a de bon public à qui il ne manque pas grand chose pour devenir un lieu de respect et d'apprentissage pour tous et non pour ceux qui ont envie de suivre.

Bonne continuation!

Sylvain a dit...

J'ai re-twitté :
-On attend. Peu attendent d’être, la majorité attend d’avoir.

-La soif de savoir ne peut pas naître du matériel. Elle doit être intérieure.

Vraiment très bien ! Là où je n'embarque pas, c'est dans l'idéalisation de l'école privée... L'encadrement serré = là aussi retenues et autres trucs qui font plaisir à certains admin et à certains parents...

Et ya pas que dans des écoles privées où l'on retrouve certains enseignants avec la vocation :-(

J'avoue ne pas avoir saisi ce paragraphe... Y avait-il ironie cachée ou pas ? Ça doit être la fatigue de ma journée...

Hortensia a dit...

Tu poses beaucoup d'excellentes questions, comme d'habitude.
Je crois que la valorisation de l'éducation doit se faire à la fois sur le plan collectif et sur le plan individuel, c'est-à-dire dans chaque famille. Quand on a des parents qui remettent sans arrêt en question l'autorité, la compétence et le travail des professeurs, il y a un problème, quand les parents ne vont pas assister aux réunions de parents parce qu'ils ne veulent pas manquer La Poule aux oeufs d'or ou leur partie de hockey, il y a un problème aussi, etc. La vidéo est sidérante. Je ne peux pas croire que cet enseignant vit ça chaque jour. Il est surement en burn-out à l'heure qu'il est.

Petit bémol, comme Sylvain, je suis perplexe quant à l'idéalisation du privé que tu fais... Je connais des gens qui y ont travaillé et j'ai entendu des histoires d'horreur aussi à propos du privé.

Missmath a dit...

Je crois avoir été mal comprise concernant le privé que je connais assez pour y avoir enseigné pendant quelques sessions extraordinaires et inoubliables et pour l'avoir quitté en claquant la porte.

Je m'auto-commente donc :

Les exceptions : les écoles privées. Là où les études sont la priorité pour les parents.

Les parents envoient leurs enfants au privé par snobisme (eh bien !) ou parce qu'ils valorisent l'éducation au point de payer pour offrir à leurs enfants ce qu'ils croient être une éducation de meilleure qualité. Je ne crois pas que les parents du privé se plaignent que leurs enfants ont trop de devoirs. Au contraire, ils en réclament ! Je crois que les parents du privé n'encouragent pas leurs enfants à avoir un emploi rémunéré lorsqu'ils ont de la difficulté à l'école.


Là où l’on assure un encadrement serré aux élèves.

J'aurais peut-être dû écrire "rassure" plutôt que "assure" ! Regardez les publicités des écoles privées, on y clame que les jeunes sont encadrés, qu'ils recevront une formation qui assurera leur réussite. (Dans le sens noble et dans le sens ignoble du terme !)

Celles que l’on retrouve en tête des palmarès.

On a changé la méthodologie un peu pour les palmarès. Mais vous savez pourquoi on calcule maintenant la cote R et non plus la cote Z ?

Celles qui sélectionnent leurs élèves et qui rejettent à l’école publique ceux qui répondent pas à ses exigences.

Le privé fait passer des examens d'admission et ne remplit ses classes qu'avec les élèves ayant obtenu les meilleurs résultats. Et que se passe-t-il si un étudiant échoue ou ne se conforme pas aux règles de l'école ? Eh bien, on ne le garde pas. Il en est de même pour les programmes particuliers (le PEI par exemple) au public.

Étrange tout de même que ces écoles où les professeurs ont la vocation

... ok, elle était subtile celle-là... les écoles privées au Québec ont longtemps été dirigées par les religieux...

et où l'on mise sur l'encadrement, n'accueillent que les élèves qui en ont le moins besoin

Ce ne sont pas les élèves forts qui ont besoin de missionnaires de l'éducation, mais les élèves en difficulté. Si la vocation de ces écoles était sincère, c'est à cette clientèle qu'elles s'adresseraient. Elles s'entoureraient d'orthos et des meilleurs spécialistes en éducation et arriveraient à faire un peu de crème avec ce petit lait. Mais faire de la crème avec de la crème, c'est pas trop difficile... il suffit d'y mettre le fouet !!! (C'est de l'humour !!!)

Blagu'cuicui a dit...

Pour avoir côtoyé le privée (français) pendant un petit moment, je ne pense pas avoir vu que de la crème voire même que j'ai pu constater des cas (même si ils étaient isolés) assez virulent.

Mais privé ou public, si le directeur d'établissement est mou comme un chic on aura beau y mettre le fric, le respect ne se fera pas! Je dis cela ne connaissance de cause ayant vécu (dans le privé) un changement de directeur durant ma scolarité et les dégâts que cela peu provoquer sur la mentalité ambiante et la possibilité de mettre le souk ou pas (un règlement qui n'est là qu'à titre informatif et sans mettre en application les sanction y étant cité et voilà un drame annoncé et toujours présent à l'heure actuel d'ailleurs où ce privé ne vaut pas forcément mieux niveau respect que le public d'à côté). Mais bien entendu mettez un bon directeur et une équipe pédagogique compétente dans un public et le respect sera appliquer de façon strict et définitif sans aucun soucis.

Donc pour ma part croire que le privé est remplit de snob ou de crème est une vision plutôt erroné pour la version française en tout cas. Ensuite les prépas sont tout ce qu'il y a de plus public (pour la majorité) et pour autant le respect et le travail est mis à l'honneur, chercher l'erreur.

Je pense que la gué-guerre privé/public est une façon de masquer le problème car un cancre avec du fric qu'il soit dans le privé ou dans le public si il n'a pas envie de travailler ou si on ne lui en donne pas envie restera un cancre. L'argent fait pas tout c'est bien connu.

L'avantage du privé à l'heure actuelle c'est l'encadrement pédagogique et le respect des règles (si le directeur et les professeur les font appliquer c'est toujours pareil) par rapport au public qui en grande majorité trouve des soucis de discipline bien plus net que dans le privé, le problème n'est-il que social? J'ai un doute mettez une équipe pédagogique d'un privé qui fonctionne dans un public, les élèves en baveront forcément mais le résultat sera là.

Pour ma part, je me dis souvent que le coup de l'uniforme ou uniformiser justement les classe social n'est pas une mauvaise chose. Et pour parler des sanctions (retenu, devoir, note, séjour chez le proviseur, revenir au-dehors des cours, ...) si elles pouvaient être appliquer à la lettre sans dérogation ni vague à l'âme, elles pourraient jouer leur rôle pleinement.

Après chacun sa vision des choses, je pense sur le point de vu encadrement éducatif (car là, nous ne rentrons pas dans le programme en lui-même). Mais en tout cas, la discipline n'est pas innée et si on ne l'apprend pas chez soi, l'école hélas (car ce n'est pas forcément son rôle) devra jouer ce rôle en plus de son rôle de transmission de savoir.

Bonne continuation @toutes et tous!

Cordialement,