lundi 3 janvier 2011

2011 : Prévenir la fin de notre monde

Partager

Nous aurons cette session 4 étudiants en télécommunication.

Quatre.
Quatro.
Shi.
Ce nombre qui porte malheur au Japon.

Est-ce grave ?

C'est grave pour le programme qui risque de fermer.
Grave pour les professeurs qui y enseignent qui risquent de perdre leur emploi.

Est-ce grave pour les étudiants ?

Pas vraiment.
Même si nous n'avons jamais tant utilisé de moyens de télécommunications, les emplois sont très rares en télécommunication au Québec.

Pourquoi payer 4 fois plus cher pour un produit de qualité quand pour le même prix on peut en avoir 10 venant d'ailleurs ? Quand il ne fonctionnera plus, on en achètera un autre !

Vous les faites réparer, vous, vos appareils brisés ?

Combien de temps vos vieux parents ont-ils gardés sans problème leurs appareils électroménagers ? Leurs machines à coudre ?



De nos jours, la durée de vie moyenne des appareils électroménagers est de 10 ans. Le fabricant ne les garantit plus que pour un an. Les réparateurs exigeant des frais de déplacement et des honoraires de 100 $/h, il est souvent plus avantageux de changer que de faire réparer.



Où a été fabriqué votre frigo ? Votre sécheuse ? Votre téléphone ? Votre voiture ? Vos vêtements ?

D'où viennent vos aliments ? Vos fruits ? Vos légumes ? Qui les cueillent ?

Allez-vous faire des petites virées chez Dollarama, Walmart et les autres avec l'assurance de faire de grosses économies ?



Pour rester compétitive, l'industrie n'a pas le choix que d'offrir ses produits au prix les plus bas. Cela signifie cependant souvent devoir s'installer là où les conditions d'emploi et les salaires ne sont pas comparables aux nôtres.

Dans notre société, on aimerait avoir les plus hauts taux de réussite scolaire possible, le plus haut taux de diplomation. Or, il est tout à fait irréaliste de croire que nous pouvons devenir une société d'ultra diplômés, de savants, d'intellectuels, d'ingénieurs, de médecins, de spécialistes. Il y a des gens respectables qui n'en ont ni le talent, ni l'envie. Et si on en juge par les cotes d'écoute de certaines émissions insipides, ils doivent même être très nombreux ceux qui aiment faire des économies d'énergie cérébrale. Ils n'en seront pas moins d'excellents travailleurs qui ne demanderont pas mieux que d'aller faire des opérations en usine pour rentrer après tranquilles à la maison avec la satisfaction du travail accompli. Or, qu'advient-il de tous ces gens quand les usines ferment les unes après les autres ?

L'industrie du textile qui était si florissante au Québec n'y existe plus.
Les autres usines ont du mal à survivre.
Les gouvernements tentent de les retenir tant qu'ils peuvent, mais même en leur donnant des crédits d'impôts, l'eau potable et l'électricité, ils n'y parviennent pas toujours... les gens préfèrent faire des économies personnelles en encourageant l'économie étrangère.

Combien de temps tiendrons-nous ?

Et, tant qu'à y être, pourquoi n'engagerions-nous pas des firmes chinoises pour réparer nos routes ? Des firmes indiennes pour résoudre nos problèmes de communication et de gestion de notre système de santé ? Le service à la clientèle du Québec pourrait être assuré, comme le font de nombreuses compagnies d'ici, par des firmes africaines. De très belles économies en vue.

Intéressant, n'est-ce pas ?

Effectivement... à la condition d'avoir un emploi.

Bof... on pourra toujours les payer en ressources naturelles...

Enfin, s'ils nous en restent, parce qu'on a aussi tendance à les vendre à l'étranger... Même Alcan (Aluminium Canada), les usines de pâtes et papiers (Abitibi Consol, Consolidated Bathurst, Donahue...), Foresbec (firme drummondvilloise spécialisée dans le bois franc) ne nous appartiennent plus.

Eau secours !



En 2011, il serait peut-être temps que l'on pense que le temps du monde fini est bel et bien commencé et qu'il nous faut être solidaires, penser globalement et agir localement.

« Toute la terre habitable a été de nos jours reconnue, relevée, partagée entre des nations. L’ère des terrains vagues, des territoires libres, des lieux qui ne sont à personne, donc l’ère de libre expansion est close. Plus un roc qui ne porte un drapeau; plus de vides sur la carte, plus de région hors des douanes et hors des lois, plus une tribu dont les affaires n’engendrent quelque dossier et ne dépendent, par les maléfices de l’écriture, de divers humanistes lointains dans leurs bureaux. Le temps du monde fini commence. Le recensement général des ressources, la statistique de la main-d’œuvre, le développement des organes de relation se poursuivent. Quoi de plus remarquable et de plus important que cet inventaire, cette distribution et cet enchaînement des parties du globe ? Leurs effets sont déjà immenses. Une solidarité toute nouvelle, excessive et instantanée, entre les régions et les événements est la conséquence déjà très sensible de ce grand fait. Nous devons désormais rapporter tous les phénomènes politiques à cette condition universelle récente, chacun d’eux représentant une obéissance ou une résistance aux effets de ce bornage définitif et de cette dépendance de plus en plus étroite des agissements humains. Les habitudes, les ambitions, les affections contractées au cours de l’histoire antérieure ne cessent point d’exister, - mais insensiblement transportées dans un milieu de structure très différente, elles y perdent leur sens et deviennent causes d’efforts infructueux et d’erreurs. »

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, 1945


Dans toutes les régions, on peut agir. Cela commence souvent par des gestes simples comme acheter des produits laitiers locaux ou encourager l'agriculture de la région... et ça continue en achetant consciemment, c'est-à-dire en se demandant à qui nuisent les produits que nous achetons. À nos voisins ? À ceux qui par leurs impôts paient pour nos routes, nos hôpitaux, nos écoles ? À l'environnement ? Mais au fond, la question devrait être tout simplement : en avons-nous vraiment besoin ?

Bonne année.

2 commentaires:

Hélène a dit...

Voilà une réflexion bien à propos en ce début d'année. Ces questions d'écologie, de solidarité et d'économie sont tellement importantes et d'actualité. Que ce soit dans le nord du Brésil,ou ailleurs, on observe: les agro-industries, la main d'oeuvre à bon marché, les pesticides,etc, Il y tant de problèmes engendrés par la surcomsommation. À tous et chacun d'y réfléchir et de se demander: en avons-nous vraiment besoin?
Il y a encore beaucoup trop de gens non conscientisés ou non concernés, malheureusement.
J'étais bien découragée de discuter avec un beau-frère qui veut réduire la dette du Québec et accepte l'exploitation du gaz de shiste comme solution. Le Québec étant actuellement un importateur de gaz s'en trouverait avantagé d'un point de vue monétaire. Je lui ai fait part de ma préoccupation par rapport à la quantité d'eau que cela requiert, mais il ne croit pas au réchauffement climatique... Des Stephan Harper, il y en a plus qu'on pense..
Votre billet vient comme un baume. C'est une réflexion qui met en mots ce que plusieurs pensent et souhaitent. Comme une vigile, un signal,ou une alarme qu'il faut relancer .
Espérons qu'un vent de changement sera perceptible en 2011,à plusieurs niveaux, ici et ailleurs.
Bonne année et merci de votre présence sur le web. Je vous lis toujours avec intérêt.

Missmath a dit...

Merci. Votre message me touche beaucoup.