vendredi 16 mai 2008

Conte pour lettrés

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L'histoire se passe dans un pays dont le nom commence par la lettre C à un moment de l'année où les cerisiers sont en fleurs. L'histoire se passe dans une école de ce pays dont le nom commence par la lettre C.

Dans cette école, il y a, comme dans toutes les écoles du monde, une direction, des enseignants, des étudiants et une culture. Une culture avec un petit c dans un pays dont le nom commence par un grand C.

Pour mieux inculquer la culture avec un petit c, il est dans les habitudes de l'école de prendre des pauses-ose pour rappeler que le bien-être est la meilleure des B.S.situdes. Des maximes ornent les murs. Des proverbes se joignent aux signatures des messages. Les étudiants sont encouragés à créer les leurs.

On ne vit qu'une fois.

Travail : Du latin tripalum, un instrument de torture à trois pieux.

Pourquoi faire aujourd'hui ce qu'un autre pourra faire demain.

Économisons nos énergies.

Aime-toi et les autres t'aimeront.

Parce que je le vaux bien.

Abondance de biens ne nuit pas.

Plus nous coulerons, plus ils normaliseront.

Tant vont les cruches aux cours qu'à la fin, ils passent.



Inutile de préciser que dans cette école au petit c, on se limite au b-a-ba.




Dans un autre pays dont nous tairons le nom, les écoles sont rares. Seuls quelques privilégiés y ont droit. C'est un honneur pour une famille de voir l'un de ses enfants la fréquenter. Inutile de vous dire que dans ce pays, les enfants admis à l'école sont motivés et responsables de leurs apprentissages. Les enseignants peuvent se donner le droit d'être exigeants et les directions, pour conserver la réputation de leurs écoles, accordent toutes les ressources et l'encadrement nécessaires pour faciliter la tâche des intervenants du milieu et encourager l'innovation.

C'est dans ce pays qu'a vécu un petit rouquin dont nous ignorons le nom. Il n'était pas un génie à qui tout était facile, mais un élève sérieux qui travaillait beaucoup plus que ses camarades afin de produire des travaux d'une qualité exceptionnelle. Un de ces étudiants qui se posent sans cesse des questions et qui, par ses réflexions, arrive à se faire remarquer. Comme à cette époque il avait la cote, nous l'appellerons Z.

Or, il arriva que pour une raison X, les parents de Z déménagèrent dans le pays dont le nom commence par la lettre C et Z fut admis obligatoirement à l'école de son quartier, celle avec le petit c.

Après un premier cours plutôt bruyant, Z se dit que sans doute ses camarades ne comprenaient pas et il leur proposa de former un groupe d'études.


"Pfffffffffff, t'es donc ben weird toé."


Après un cours de langue, Z qui était tout de même un étranger, demanda à son professeur des exercices supplémentaires car il avait déjà compléter tous les exercices proposés dans le manuel du cours.

"T'as faittte toutttes les exercices du livre ? Ayoye, ben fais-toé-z-en pas, tu vas être corrèque pour l'examen du Ministère."

Au hasard d'internet, Z tomba sur un sujet mathématique passionnant : les fractales. Il alla voir son prof de mathématiques pour en savoir plus à ce sujet.

"Les fractales ? J'ai même pas appris ce que c'est à l'université !"

Après un cours d'histoire où il aurait eu besoin d'explications supplémentaires :

"Écoute, je ne peux pas rester après le cours, il y a quelqu'un qui vient à la maison installer ma thermopompe."

Dans sa solitude, Z décida d'écrire ses réflexions. Et comme il était de son temps, il publia le tout sur un blogue.






Après un hiver trop enneigé, la cour de l'école prit des allures de dépotoir. La direction de l'école rassembla tout le monde : plus de budget pour les déchets.

Après des heures de jérémiades, Z proposa d'organiser la corvée le plus équitablement possible. Mais la répartition des tâches ne fit l'affaire de personne :

"C'est pas dans ma cour."

Cependant, le travail devait être fait et la direction obligea tout le monde à suivre les consignes de Z.

Alors on en voulut à Z. Il fallait que ce désagrément soit de la faute de quelqu'un, alors c'était de sa faute à lui qui était différent et qui s'était porté volontaire.

"Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage." C'est d'autant plus facile lorsque Google nous amène sur un blogue plus engagé qu'enragé sur lequel le chien fait mordre la poussière à ses maîtres.

C'est alors que Z commença à recevoir des menaces, à se faire harceler.

Pour mettre fin à tout cela, les billets ont inopinément quittés le blogue et Z a fait ses valises. Il quitte ce soir ce pays dont le nom commence par la lettre C.

Quand on arrive dans une culture avec un petit c, il faut être un blanc mouton. Voilà, c'est tout.

Ça lui fera les genoux.

3 commentaires:

bibco a dit...

Seigneur Miss Math, je suis soufflée. C'est un billet d'une beauté macabre. J'ai l'impression hélas qu'il reflète une réalité déprimante.

Missmath a dit...

Bibco, vous avez, hélas, raison.

Sylvain a dit...

Après ça, on viendra chiâler contre nos gouvernements... élus par ces caves qui forment une majorité quelconque et qui écrasent les Z de ce monde :-(