samedi 3 mai 2008

Évaluation de l'évaluation (troisième partie)

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"Le médecin guérit la maladie et tue le malade." (F. Bacon)

Imaginons le cours projet d'intégration. Un cours qui clôt le programme d'études. Un cours qu'il faut absolument réussir pour avoir son diplôme. L'étudiant y est évalué sur plusieurs critères, critères essentiellement reliés à sa discipline principale.

Imaginons qu'un étudiant fasse son projet en sciences de la nature avec la spécialité mathématique. Il remet son projet. Vous devez l'évaluer.

Le projet remplit plus ou moins bien tous les critères. Enfin, suffisamment pour permettre à l'étudiant d'obtenir la note de passage.

Cependant, le projet est bourré de fautes d'orthographe, il y manque toutes les références, la mise en page est épouvantable, la recherche reste élémentaire (un remodelage de Wikipédia), certaines affirmations sont des énormités, bref, le travail a été fait, les critères d'évaluation prévus sont satisfaisants, mais les "compétences connexes", la qualité du travail et les compétences générales de l'étudiant sont à faire fuir.

Joseph Fournier, invanteur des séries, est né en Afrique, plus préssisément en Allemagne. Comme il fesait très chaud dans son pays, il sait intéresser au problème de chaleur.




La question qui tue : Vous le faites passer ou non ?
En avez-vous vraiment le choix ?

Vous enseignez en troisième secondaire euh... première année du deuxième cycle ? Peu importe. Un groupe de 35 joyeux lurons solidaires dans la bêtise qui ont comme objectif premier de rendre fous le plus grand nombre d'enseignants possibles. Apprendre ne fait aucunement partie de leurs intentions. Ils sont à l'école pour s'amuser, et ils s'amusent. Résultat évident : aucun résultat ! Bref, de ces 35 élèves, 25 mériteraient d'être sortis de la classe et envoyés en encadrement (mais les places y sont limitées !), un seul, un exclus, atteint réellement la note de passage.

La question qui tue : Normaliserez-vous les notes pour respecter les quotas d'échecs imposés par votre établissement et permettre à la majorité de la classe de poursuivre son "cheminement" ?
En avez-vous vraiment le choix ?





Note : Je tiens à préciser que je ne donne pas le cours projet cette session et que j'ai toujours reçu dans ce cours de très bons travaux. La citation n'est pas celle d'un étudiant, mais un mélange de plusieurs perles noires déjà rencontrées. Par contre, je dois admettre qu'il n'est pas rare que, dans certains cours, les critères d'évaluation fassent en sorte que certains étudiants obtiennent la note de passage (souvent par l'accumulation de "menus travaux"), alors que visiblement, ils n'ont pas atteint la compétence générale du cours. Que faire ?

4 commentaires:

Monsieur A a dit...

Supposons un enseignant de troisième secondaire. Appelons-le Monsieur A.

Depuis le début de l'année, ses moyennes et ses taux de réussite sont très bons, malgré le fait que des perles de correction, il en note plus de dix par semaine. Des énormités. Des horreurs.

Regardons la valeur de la "note de passage" : "C" selon le guide des échelles de compétences pour la troisième secondaire.

Dégage les données évidentes ainsi que certaines données implicites et tient compte de quelques contraintes à respecter. Détermine quelques étapes à franchir et utilise des stratégies peu efficaces. Fait appel à certains des concepts et processus mathématiques requis et produit une solution comportant des
erreurs relatives à ceux-ci. Valide des étapes de sa solution. Présente une solution peu organisée ou dont plusieurs étapes sont implicites ou manquantes. Commet des erreurs ou imprécisions relatives aux règles et conventions propres au langage mathématique. Explique, au besoin, des étapes de sa solution.


*Tousse tousse* Est-ce que c'est moi ou il est trop facile pour un enseignant d'effectuer son évaluation en mettant des "C" (ou des "3", ou des 60 à 68%) à tous les élèves qui éprouvent véritablement des difficultés?

Ceux qui passent totalement à côté de la... voie ferrée? Comment peut-il être acceptable qu'un élève "utilise des stratégies peu efficaces"?

Bref, Monsieur A a des bonnes "moyennes" dans ses évaluations de compétences et de très mauvaises "moyennes" dans ses évaluations de connaissances... Bizarre...

Missmath a dit...

Hum... ça mériterait une quatrième partie... Preuve que l'évaluation, c'est jamais totalement terminé !!!

Stéphanie Demers a dit...

Hum... dès le début de ma lecture, je me dis :
N'y a-t-il pas de critères méthodologiques ? Quel est le but de ce projet sinon de servir d'activité de synthèse des compétences à la fois disciplinaires et méthodologiques ? Selon moi (et Charles-Antoine qui renchérit), l'outil d'évaluation a sans doute besoin de révision. Il faudra alors aller parler à son conseiller pédagogique ! ;-)

Dans le cas de M. A, le hic, c'est dans le flou créé par les adjectifs et adverbes de fréquences et de degrés. C'est pourquoi il est toujours utile de fixer des seuils minima contextualisés à la tâche (par quantitatifs, nécessairement). Par exemple, en histoire, si j'étudie les conditions de travail pendant la révolution industrielle et l'énoncé du "C" est «reconnaît l'utilité de quelques institutions publiques», une de ces institutions doit être la chambre des communes qui légifère les conditions de travail.

Les grilles du ministère sont décontextualisées. C'est aux enseignants de les adapter au contexte et de transmettre ces attentes aux élèves. Lourde tâche, mais dans laquelle réside un certain respect pour la compétence, le professionnalisme et l'autonomie de l'enseignant.

Missmath a dit...

Ravie de te savoir de retour, Stéphanie. Ton commentaire ouvre effectivement une porte grande grande grande comme ça sur une découverte que mon SRPD m'a permis de faire il y a quelques années, mais qui visiblement est tombée dans l'oreille de plusieurs sourds, puisque cette découverte n'est pas tout à fait légale selon la PIEA de mon Cégep et tout à fait illégal à l'Université. À suivre, mais en attendant, je te dirai simplement que les grilles d'évaluation tiennent compte de critères méthodologiques, mais trop peu.