jeudi 20 novembre 2008

And now, let's do math

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Oh ! Je n’aurais jamais pu trouver une seule phrase devant des gens si sérieux. Pourtant, j’avais envie de dire que Napoléon III me plaisait mieux que le premier, que je le trouvais plus touchant ; mais peut-être que cette idée-là aurait produit un mauvais effet. D’ailleurs, je ne suis pas assez dépourvu de tout talent pour m’occuper de politique.
Anatole France dans Le Lys rouge




Je lisais chez Prof Malgré Tout que Madame Marois avait de bons conseils à donner au sujet de l'enseignement de l'anglais au primaire. Elle proposerait par exemple que des leçons de mathématique, d'histoire ou de géographie soient données chaque semaine à nos petits en anglais.

Ben voyons donc, que je me suis dit !

Quand on va lire ses propos dans Le Devoir, on constate que ce n'est pas tout à fait ce que la politicienne a dit :

«On pourra faire de l'enseignement en anglais sur les mathématiques, l'histoire ou la géographie»


Les conseillers politiques de Madame Marois diront à Prof malgré tout que, la relation n'est pas symétrique ! Donner un cours d'anglais sur les mathématiques n'est pas équivalent à donner un cours de mathématique en anglais. Il faut évidemment que les cours d'anglais soient variés et sortent des traditionnels "My tailor is rich" et "Pete and Jane are going to the shopping centre" et qu'on y parle de mathématique, d'histoire, de géographie, de musique, d'actualité ou de Sponge Bob, tant mieux !

Boooooooo !, Prof malgré tout.

Attention.

Prof malgré tout connaît très bien la musique et il a l'oreille pour détecter les fausses notes, les mauvaises interprétations. Au primaire, les minutes sont précieuses. Ajouter des minutes supplémentaires en anglais impliquent enlever des minutes dans une autre matière. Lorsque Madame Marois dit dans un même souffle qu'il n'y a pas suffisamment de périodes d'anglais et qu'on pourrait ajouter un cours d'anglais sur les mathématiques, de deux choses l'une : ou bien on coupe des mathématiques pour ajouter des cours d'anglais pour y parler de mathématique, donc avec comme objectif l'acquisition de la langue anglaise et le tout supervisé par un spécialiste en anglais ou bien, on ne touche pas au nombre de minutes consacrées à l'enseignement des mathématiques et alors, comme Prof malgré tout l'a bien compris, on demande de faire les mathématiques en anglais ! C'est, il l'a bien décelé, l'option la plus probable pour réaliser cette intention.

Quoiqu'il en soit, même avec des enseignants parfaitement qualifiés pour enseigner à la fois l'anglais et les maths, en tenant compte du renouveau pédagogique, ces deux options apporteront plus de tort que de bien (si bien il y a).


La même chose se répète quand les principaux partis annoncent leur excellente idée de baisser le nombre d'élèves dans les classes. Il faut lire le Prof masqué à ce sujet. Le passage de 34 à 30 élèves ne changera rien à l'affaire. Un petit peu moins que beaucoup trop d'élèves, c'est encore beaucoup trop d'élèves ! Et on manque déjà d'enseignants (et de locaux).

La nouvelle suggestion : prendre des finissants des universités ou des étudiants gradués.

Mais quelle belle idée !

Après des années à jouer avec des séries, des équations différentielles, de l'analyse complexe et tout et tout, avec un projet de maîtrise sur les aspects combinatoires des nombres de Stirling, pour quels cours du secondaire êtes-vous le plus qualifié ?

Si vous répondez "Tous, pardi, enfin des spécialistes", vous avez tort. Il vous faut des groupes forts, enrichis, des étudiants motivés, des groupes où les stratégies pédagogiques restent traditionnelles et simples.

La question qui tue : "Quels groupes laisseront les profs permanents aux nouvelles recrues ?"

Alors, ils feront quoi vos finissants devant leur classe surchargée d'élèves qui ne veulent rien savoir des mathématiques, qui n'en voient pas l'utilité et dont le principal objectif pour épater les copains est de faire tout et surtout n'importe quoi pour ne pas montrer un tant soit peu d'intérêt pour le cours ?

La politique de la rustine, ça ne tient pas le route longtemps.

Le système d'éducation au Québec est en aussi piteux état que celui de la santé. La différence est qu'on ne compte pas de morts... du moins pas pour l'instant.

3 commentaires:

Daniel a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Prof malgré tout a dit...

Ce qui fait le plus peur avec ce genre de déclaration (promesse?) de nos politiciens, c'est qu'ils ne sont pas seuls.

Ils ont des conseillés. Ces idées ont été débattues avant qu'on nous les serve. Les politiciens n'ont même pas l'excuse suprême: "je ne peux pas tout savoir".

J'n'avais jamais pensé au prof d'anglais qui donnerais un cour d'anglais sur les maths... Ce n'est pas quelque chose qu'on pourrait exiger, mais quand ça se produit, ça peut être pertinent.

Ça m'arrive de faire de la géométrie et d'autres machins mathématique en musique. Quand ça passe... Ce n'est pas un de mes objectif. De la même manière, je finis toujours par parler d'anthropologie aux élèves... juste pour voir la gueule des créationnistes!

En tout cas, merci pour la mise au point.


Ah oui... et Booooooo toi-même! :)

Missmath a dit...

Mise au point, peut-être, mais je persiste à croire que c'est toi qui as raison !