vendredi 24 juillet 2009

Camping de sauvages

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C'est une histoire de jeunes de 15 ans...
Forcément compliquée.
Une histoire entre le "je suis capable seul" et le "suis-je vraiment capable seul".
Une histoire entre le "avec ma gang" et le "avec ma mère".
Une histoire de génération spontanée et d'évolution.
Une histoire d'ados.

Elle aurait commencé un midi à l'école lorsque Mike aurait affirmé que ses parents avaient un terrain sur le bord d'un des grands lacs du coin. La belle Émilie a alors émis l'idée que la gang y passe quelques jours en camping. Huit jeunes âgés de 14 à 16 ans sur un terrain vacant...

Il ne fallut pas attendre longtemps, dès le lendemain, les mamans de deux filles de la gang se joignaient à l'affaire et les parents de Mike refusaient de prendre la responsabilité d'une telle activité chez eux en leur absence. Déception chez nos jeunes, on le devine, alors on implora Sainte-Missmath-des-Martyrs pour trouver une solution.

L'Outaouais est une région paradisiaque pour camper. La solution était donc facile à trouver si l'on s'entend sur la définition de camping.

On organise une rencontre par clavardage (euh... on discute ici avec des ados, donc forcément que ça se passe chacun chez soi!) pour planifier l'affaire. La disponibilité avait été vérifiée par les jeunes. L'engagement... ouf... ça, c'est un peu plus difficile. J'ai rapidement perdu les mamans qui incluaient dans leur définition du camping les notions de toilettes et de douches (et par conséquent leurs filles étaient exclues de l'activité), puis les cours d'été et les petites chicanes internes ont fait en sorte que nous nous sommes retrouvés à cinq, quatre ados et une vieille, prêts à partir pour le meilleur et pour le pire.








Ils avaient tous un besoin commun : sortir de chez eux et se retrouver quelque part pour être entre eux. Et comme je ne les connais pas beaucoup, ils n'ont pas de lien de dépendance envers moi. J'étais celle qui les accompagnait, celle qui avait l'expérience du camping, l'adulte guide, la bouée de sauvetage, mais pas l'amie, pas l'animatrice.

La veille du départ, nous sommes allés faire les courses à partir des menus qu'ils avaient décidés. Je leur ai montré à monter les tentes et à vérifier l'équipement. Ils ont installés leur campement comme ils l'entendaient et j'ai monté ma tente à plusieurs mètres de là, afin de leur donner l'impression d'être vraiment entre eux. Le soir, je les aidais à partir le feu de camp (il a beaucoup plu, alors les brindilles et les feuilles mortes sèches ne se ramassaient pas à la pelle !), je restais veiller avec eux une petite heure, puis je regagnais ma tente.




C'est quand la nuit tombe que l'ado s'éveille.

Je ne doute pas que la quantité de guimauves, de jujubes et de smouffes (mélange douteux de biscuits Graham, de chocolat et de guimauve grillée) favorisent la chose, mais à minuit, mes 4 ados faisaient plus de bruit qu'un couple de corneilles surveillant leurs petits. Malgré la distance qui me séparait d'eux, malgré mon baladeur, je n'entendais qu'eux, que leurs histoires, que leurs rires. Impossible de dormir.

Que faire ?
Leur crier de se taire ?
Leur demander de baisser le ton ?

Une heure du matin.

"Baissez le ton."
Pffffff, ils ne m'ont pas entendue.

Deux heures du matin.

Je rage. Pourtant, à la maison, je suis rarement couchée si "tôt". Je rage parce que je sais ce qu'ils ne savent pas. Je sais que le jour se lève tôt dans une tente, que la lumière y entre et que la chaleur y monte vite, alors il faut dormir la nuit. Je rage parce que je sais qu'il peut arriver des situations qui feront en sorte qu'on ne pourra pas dormir et qu'il vaut mieux avoir dormi un peu avant qu'elles ne surviennent. Je sais. Eux ne savent pas. Moi oui. Dois-je me lever pour aller leur verser mon savoir pour qu'ils comprennent enfin qu'ils doivent dormir ? ... ou au moins se taire ? ... ou au moins chuchoter...

Trois heures du matin.

La pluie, l'averse.
J'entends des cris. Ils sont inondés. Bien fait pour eux, na ! Je vois une lampe qui fait le tour de leur tente pour la solidifier. J'envoie un signal de lumière pour qu'ils sachent que je suis là, mais je ne vais pas à eux. Ils viendront me chercher s'ils ont besoin de moi, je ne me mouillerai pas pour eux, oh que non.

Quatre heures du matin, la pluie cesse, ils parlent toujours.

Je suis exaspérée.

Quatre heures trente, j'entends un immense plouf et craignant pour les canots ou la bouffe, je me lève pour vérifier et en profite pour aller faire un tour à leur tente.

- J'ai cru voir une lumière dehors.
- Tu rêves, il n'y a rien.
- J'entends des pas.

Je m'arrête.
- Ben non.
Je m'approche de la tente sans bruit, y mets un bon coup de pied, cris de frayeur des quatre as et je leur hurle de toute ma rage accumulée pendant des heures :

AVEZ-VOUS L'INTENTION DE PARLER TOUTE LA NUIT ?

Pas de réponse, ils sont sous le choc. Pfffffff...

Et je suis repartie, regrettant déjà ma rage et mon geste... la nuit était passée.

Les tentes montées sous le feuillage, le temps couvert, nous avons tous les cinq dormi jusqu'à midi.

Et puis, j'ai réfléchi.

J'étais isolée dans un monde d'ados. Je n'avais aucunement l'intention de leur planifier des activités et encore moins de les forcer à en faire, ce qui tombait bien, car ils n'étaient pas là pour faire des activités, ils étaient là pour être ensemble et c'est tout... et ils vivaient dans leur fuseau horaire (qui est pourtant le mien... sauf en camping... sans raison vraiment valable, une simple question de référence). Ma raison était-elle plus valable que leur raison ? Certainement pas. Qu'avais-je à leur reprocher ? Rien vraiment. Ces jeunes étaient hautement fonctionnels, ils respectaient les quelques règles que je leur avais imposées pour leur sécurité et le bon fonctionnement de l'aventure, ils étaient prudents, ils participaient aux tâches, acceptaient d'apprendre et devenaient de plus en plus autonomes. Bref, je n'avais rien à leur reprocher si ce n'est que de vivre la nuit, chose qu'en général on me reproche à moi...

Alors, je me suis mise à imaginer un camping pour ados. La fête la nuit, la sieste le jour. Aucun bruit ne serait toléré avant midi, pas de couvre-feu la nuit.

Au repas, nous avons discuté de tout cela. J'ai expliqué ma rage de la nuit et je leur ai dit que je les comprenais de se laisser emporter par leurs histoires au point de ne pas réaliser le volume de leurs voix. Ils ont aussi compris combien ils pouvaient me déranger. Je leur ai parlé de cette idée de camping pour ados. On a imaginé l'endroit idéal. Oh que l'endroit serait trippant (pour eux), oh que j'ai vu rapidement les problèmes que cela pourrait engendrer (mais bon, on est en vacances, alors aussi bien les laisser rêver) !

La nuit suivante a été beaucoup plus calme... si on exclut tous les visiteurs nocturnes que nous avons eus. (Voilà peut-être une bonne raison de laisser discuter des ados : ils font fuir les bêtes !) En élément extérieur, j'ai eu le privilège de regarder vivre ces ados et je dois dire que c'est tout un honneur que j'ai eu. Leur sens du partage et de la collaboration est extraordinaire. Ils mettent tout en commun. Ils s'entraident, mais surtout se respectent. Ils sont prudes, mais n'ont aucun tabou. Ils ont une connaissance d'eux-même qui est surprenante.

De quoi discutaient-ils ?
Alors là... ce qui est dit sur un terrain de camping reste sur le terrain de camping !

Ce que je peux dire, c'est que je les avais limités à un sac à dos par personne d'effets personnels. Je leur ai mentionné que les nuits pouvaient être fraîches et les jours chauds. Résultats : La prochaine fois, je serai plus précise sur les vêtements à apporter (comme une lampe de poche, un imperméable et des souliers fermés ou autre chose que des camisoles décolletées ou des pantalons blancs). Mais tous avaient leurs baladeurs et leurs appareils photos. Ils avaient des haut-parleurs, un gameboy... l'essentiel quoi !

Finalement, avec ces quatre là, je retournerais en camping n'importe quand... peut-être même avec plus d'empressement qu'avec mes amis campeurs qui se lèvent beaucoup trop tôt ! Ha !




5 commentaires:

Hortensia a dit...

Je me demandais justement comment ça s'est passé.
Beau récit. Ta petite impatience n'est rien en regard de la discussion qu'elle a provoquée. Quand on se parle, on se comprend. C'est pour ça que je déteste tant les clichés négatifs véhiculés au sujet des jeunes.

Ta fille doit se trouver pas mal chanceuse d'avoir une mère comme toi. :-)

Gaël PLANTIN a dit...

Pour un vieux casanier comme moi, le camping... c'est trop dur !

Sauf que, par analogie, il semble bien que ma fille campe en nocturne à la maison...

Au delà du "Parlons-nous pour nous comprendre", je retiens de ton expérience ce que je ne cesse de clamer : nos ados sont pleins de ressources, toujours prêts à apprendre, pourvu que le contexte s'y prête !

Finalement, j'irai bien camper, pourvu que tu me conseilles un bon matelas : promis, moi je suis diurne (06h00 -> 23h00)...

;o)

Sonia a dit...

Moi aussi, je vais camper : dans une petite semaine, j'affronterai de nuit les grizzlis canadiens avec ma petite tente (non canadienne).
Heureusement j'ai un garde du corps ;-)

Missmath a dit...

@ Sonia : Sois la bienvenue chez moi. Les grizzlis sont dans l'ouest du pays, à quelques fuseaux horaires d'ici, mais ils sont tout aussi impressionnants que nos ours noirs qu'il nous arrive même parfois de croiser en ville. Je ne te donnerai pas un cours Ours 101 (les ours craignent les humains), mais le plus important, le crucial, le fondamental, c'est de ne jamais, o grand jamais, n'entrer de nourriture dans votre tente, de ne jamais garder de nourriture ou de déchet (de vaisselles sales ou pseudo-sales) près du campement où vous dormez. En camping sauvage, il faut accrocher la nourriture très haut entre deux arbres. Quoiqu'il en soit, vous serez beaucoup plus embêtés par les moustiques que par les ours. Si vous passez par chez nous et que vous avez besoin d'un guide, n'hésitez pas !

@ Gaël : Le plus grand plaisir du camping, c'est la douche du retour et de retrouver son lit.

@ Hortensia et Gaël : Ici, toutes les conditions étaient gagnantes puisqu'il s'agissait de leur projet, que les résultats étaient concrets et immédiats et que l'optimisation des solutions n'était pas recherchée. La durée du séjour n'avait rien non plus pour nous amener dans l'endurance. Si les conditions n'avaient pas été aussi bonnes, je pense qu'il aurait fallu que je sois plus directive.

Savez-vous ce que les jeunes ont préféré de leur séjour ?

La pluie et l'inondation de la tente. Cela veut dire collaborer pour surmonter ensemble une difficulté, s'entraider et se retrouver suite aux circonstances à l'étroit rassemblés. Bien bien loin de l'esprit de ma génération X : ta tente est inondée, eh ben, débrouille-toi ! (J'exagère... mais à peine !)

Sonia a dit...

Merci pour les conseils, Missmath.
J'ai lu quelque part "Contre les grizzlis, vous pouvez toujours monter aux arbres, mais l'expérience montre qu'en général ils sont bien meilleurs grimpeurs que vous".
Ton soutien, restera psychologique avant tout, puisque nous allons effectivement très à l'ouest.
Bon été !