mardi 28 juillet 2009

Pythagore de Samos

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Pour aller aux fonctions hyperboliques, il n'est pas interdit de partir de loin. Comme c'est l'été, partons de loin, loin, partons de la Grèce antique.

Si quelqu'un prétend connaître la biographie de Pythagore, souriez. Pythagore est d'abord et avant tout une légende. Sa biographie la plus ancienne date de plusieurs siècles après sa mort. Pas étonnant quand la mémoire de quelqu'un survit après tant d'années qu'on le décrive comme un dieu. Ce qui est bien, puisque cela nous permet de pouvoir broder un peu autour du personnage.

Pythagore a vécu au VIe siècle avant notre ère. Il est né et est demeuré jusqu'à 18 ans à Samos, ville de ses parents... enfin de son père...



Pour la chronique, rappelons simplement qu'à l'époque, les femmes étaient d'éternelles mineures qui n'avaient comme fonction que d'assurer la descendance des hommes. Elles vivaient entre elles, à part et elles ne recevaient généralement que l'éducation que leur mari voulait bien leur offrir. Les hommes avaient leurs appartements d'hommes et avaient des responsabilités de citoyens. Les garçons recevaient une éducation plus structurée et l'on peut croire qu'ils étaient relativement intégrés aux citoyens de la cité.

À 17 ans, il remporte les Olympiques à la boxe (pugilat).





À 18 ans, Polycrate prenant le pouvoir de Samos et agissant comme un guerrier ambitieux, Pythagore qui préfère les études s'enfuit. Il part à la rencontre de maîtres à l'extérieur de Samos. Il rencontre en particulier Thalès à Milet, celui qui grâce à un rapport de triangles semblables avait réussi à calculer la hauteur de la pyramide de Khéops tout en gagnant l'admiration du pharaon Amasis.

Il faut dire que la civilisation grecque voulait se démarquer des métèques en développant la logique, la philosophie, l'abstraction mathématique plutôt que de se restreindre à de simples algorithmes comptables.

Pendant plus de 20 ans, Pythagore a parcouru diverses régions, de la Grèce à la Mésopotamie en passant par l'Égypte, toujours à la recherche des plus grands penseurs de son époque. Il apprend la musique et les mathématiques. C'est de Babylone qu'il prendra l'habitude de porter le turban.



Vers 50 ans, il revient à Samos dans l'espoir de déverser son savoir. Nul n'étant prophète dans son pays, si on le consulte de toute la Grèce pour des questions politiques, ses recherches mathématiques n'intéressent personne... sauf un jeune homme qui lui sera dévoué au point de prendre son nom.

Pythagore au carré partent pour Crotone, un hameau au sud de l'Italie.

On raconte que sur la route, Pythagore aurait entendu la voix d'un ami décédé dans les gémissements d'un chien que l'on battait. Il aurait alors conclu que les animaux étaient des réincarnations des humains et dès lors, on le devine, il est devenu végétarien et ne se vêtait que de fibres végétales. On dit qu'il était très beau, très intelligent, que lorsqu'il parlait, il avait un grand pouvoir séducteur, un charisme fou. Pythagore avait tout du gourou et il cultivait sa réputation d'être exceptionnel.

C'est donc à Crotone qu'il fonde sa secte des Pythagoriciens et au sommet de sa popularité, être un disciple de Pythagore était un honneur, une grande marque de distinction. On disait qu'il était un devin, qu'il faisait des miracles (ressuscitant même l'un de ses esclaves), qu'il avait le don d'ubiquité, une cuisse en or...

Les Pythagoriciens vivaient dans une espèce de commune où ils partageaient tout et où ils avaient des règles dignes des plus belles sectes : silence de 5 ans aux nouveaux disciples, interdiction de porter des bagues, obligation de chausser le pied droit d'abord, absence d'excès, de gourmandise, interdiction de manger des fèves, obligation d'être fidèle et de s'abstenir de battre son épouse (!!!)... Pythagore servait de modèle d'austérité et de sagesse. Il parlait de délivrance de l'âme et, pour lui, la délivrance de l'âme s'obtenait par la dialectique et les mathématiques. Les mathématiques servaient de purgation de l'âme pour la débarrasser des souillures matérielles et du désordre, la dialectique amenait la délivrance. Le but est d'atteindre l'immortalité en se débarrassant des passions terrestres et en perçant les mystères du monde en découvrant les lois des nombres qui sont associés aux éléments de la nature.

Si l'on offrait à qui voulait l'entendre (femmes et étrangers compris) des sermons, les enseignements gardés secrets étaient uniquement réservés aux Pythagoriciens qui se divisaient en deux classes, en quatre degrés. La première classe composée d'exotériques était mise en attente ou recevait les enseignements sans explication comme des vérités incontestables souvent des disciples de la meilleure classe, soit les mathematikoi (qui signifie "choses apprises") qui eux allaient jusqu'à démontrer, analyser, rechercher.

Les exotériques du premier degré, les postulants, étaient choisis selon leurs apparences physiques, leurs personnalités ou... leurs contacts...

Le deuxième degré : Les néophytes étaient réduits au silence pendant quelques années et attendaient... Pythagore testait leur volonté.

Le troisième degré : Les auditeurs (acoustiques) étaient toujours réduits au silence, mais on leur balançait des règles et des théorèmes qu'ils devaient accepter et mémoriser.

Finalement, le plus haut degré, les ésotériques, soit les mathématiciens, avaient le droit de voir et de discuter avec le maître. Ils avaient leurs spécialités (politique, religion, musique, arithmétique, géométrie, astronomie), mais ils privilégiaient la science et la contemplation aux sciences humaines.

Inutile de préciser que toutes les découvertes faites par la secte portaient le nom du gourou. Pythagore. Rien ne démontre que Pythagore ait fait de la recherche en mathématiques. Il est donc probable que le théorème de Pythagore ne soit pas de Pythagore...

L'histoire se termine mal...

Les Pythagoriciens qui "défroquaient" étaient considérés comme morts par les autres. On les ignorait, on ne les saluait pas, on ne les reconnaissait pas. Ils n'existaent plus.

Un auditeur démontre un jour que le théorème voulant qu'il existe d'autres nombres que les nombres fractionnaires. Il démontre de façon incontestable que √2 est un nombre irrationnel. La légende dit que les mathématiciens l'auraient amené dans une barque loin de la rive, l'aurait jeté dans la Méditerranée où il se serait évidemment noyé. Hélas, le doute était semé, les principes fondamentaux enfreints, plusieurs Pythagoriciens auraient alors quitté la secte.

Il y avait également de la hargne chez les auditeurs qui enviaient les privilèges des mathématiciens et supportaient mal leur mépris. À titre d'exemple, les mathématiciens étaient élégamment vêtus de lin blanc alors que les exotériques n'avaient même pas le droit de se laver !

Finalement, un noble de Crotone, Cylon, se présente pour faire partie de la secte. Sa face ne plaisant pas, il est refusé. Il retourne en ville, propage le doute et la haine pour la secte. Il arrive à convaincre des gens d'aller incendier la résidence des Pythagoriciens, à les faire fuir hors de la ville.

Pythagore s'installe à Métaponte où la population continue à persécuter les siens. Une légende dit que s'enfuyant, Pythagore serait mort à 90 ans dans un champ de fèves...

8 commentaires:

Blagu'cuicui a dit...

Les légendes sont dès fois plus intéressant et vivante que les réalités, c'est ce qui fait le charme de l'humain en quelque sorte.

L'avantage des légendes dans une société c'est sans doute de passer de véritable message tout en l'enrobant de chose improbable pour lui donner très peu de crédit à celui qui ne saurait pas lire entre les lignes.

En tout cas, "l'histoire" de Pythagore (l'homme annoncé par la Pythie de Delphe) est remarquable vu que même s'il n'a pas existé, il vit toujours et ceci dans tous les manuels scolaire. Un Bourbaki dans temps anciens en quelque sorte ;).

Bonne continuation!

Gaël PLANTIN a dit...

M'dame ? Siouplet !

A quoi çà m'sert ?

;o)

Blagu'cuicui a dit...

Pas mal Gaël :P!

D'ailleurs, dans les légendes et autres, je pense que les dessins animés de Walt Disney, vous pouriez regarder ceux qui sont en lien avec les maths (il y a en pas mal tel que celui du billard parfait par exemple avec Dingo ;)).

A ce sacré Disney, lui aussi savait passer des message de façon légendaire :).

Missmath a dit...

Mon petit Gaël, tout cela ne te servira à rien. Dans la vie, ce qui importe c'est manger, se loger, dormir et se reproduire. Pouhahaha !

Gaël PLANTIN a dit...

Sais-tu pourquoi j'ai arrêté d'apprendre à compter au dessus de 10 ?

Blagu'cuicui a dit...

Après c'est le valet, la dame et le roi ;).

Se loger ne fait pas parti de la survi, je pense missmaths. C'est surtout manger et surivre aux autres qui est utile (après le reste n'est que futilité pour le plaisir, des sens et du cerveau ;)).

Gaël PLANTIN a dit...

Bravo pour la réponse à ma devinette...

Mais, es-tu certain du choix de ton vocabulaire : survivre aux autres ?

Le plaisir est un puissant moteur, pas désagréable... ;o)

Missmath a dit...

Vous êtes trop drôles !

Se loger englobe en fait être à l'abri et à une température convenable.

Si surivre aux autres c'est être encore plus enivré de la vie que les autres, je suis totalement pour ce plaisir et le reste n'a vraiment aucune importance.