samedi 19 septembre 2009

Le goût amer du citron

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La liste des choses à faire en urgence déborde.
Une alarme sonne sans cesse : dead line, dead line.

Produire.
Produire.
Produire.
Comment y arriver ?

Dead line, dead line.

La préparation doit être prête pour le cours de 13 heures.
La rencontre doit être organisée pour 19 heures.
L'examen doit être rédigé pour demain.
La grille d'évaluation de ce projet doit être donnée à la rencontre.

Par où commencer ?

Alerte rouge.
Dead line
Dead line

Alerte rouge.


Mon cours regorge de contenu et on manque de temps. Tout ce contenu n'est pas nécessaire au développement des compétences du cours, mais il est implicitement imposé par la culture du département. Quiconque omettrait un élément de contenu risquerait la peine de mort par les autres membres de l'équipe de cours.

Comment voir en si peu de temps tout ce contenu ?

Alerte rouge.
Dead line
Dead line

Alerte rouge
Pas le temps de penser.
Produire.
Produire.
Produire.

Alors, pour gagner du temps en classe, j'ai préparé de belles notes de cours. J'y ai mis des photos. J'ai trouvé de beaux exemples. J'ai ensuite tout monté sur une magnifique présentation, avec un volet historique de la chose fort intéressant. Comme il s'agit de matrice, l'écriture est longue et pénible. Il m'a fallu des heures. Et je ne parle pas de l'impression de ces notes pour le cours du lendemain 8 heures.

Alerte rouge.
Dead line
Dead line

Alerte rouge
Pas le temps de penser.
Produire.
Produire.
Produire.

Je suis arrivée à 7 h 20, j'ai glissé mes notes dans le photocopieur en espérant qu'il ne plante pas. À cette heure, il n'y a que des gens avec des alertes rouges qui sifflent sur leur tête. Le responsable de l'imprimerie ne rentre pas avant 8 heures.

J'ai donné mon cours.
J'ai passé beaucoup trop de temps à réclamer le silence.
J'ai donné mon cours.
J'ai versé mes connaissances de l'histoire des mathématiques sur l'indifférence des étudiants fraichement sortis du lit.
J'ai donné mon cours, puis j'ai proposé un exercice d'une trivialité frisant le mépris... que les étudiants n'ont pas réussi.

Alerte rouge.
Dead line
Dead line

Alerte rouge
On perd du temps, on perd du temps.

J'ai réexpliqué le contenu.
Puis repris là où je m'étais interrompu.
J'ai donné mon cours.
Ils ont étiré la pause plus que permis.
Ça m'a donné le temps de corriger un indice et un signe dans une démonstration.
Ce sera fait pour la deuxième représentation de ce spectacle.
J'ai ensuite continué mon cours devant ce public difficile.
Puis, ils ont regardé l'heure.
Ils ont rangé leurs choses.
Ils sont partis.
"Salut Madame, bonne fin de semaine."

Les ingrats.
Mes notes de cours étaient magnifiques.
Mon support visuel tout autant.

Dans la préparation à toute allure de ce cours, irritée par le bruit des sirènes, j'avais oublié le plus important : les étudiants.

Ils étaient là pour apprendre. Je n'ai fait que leur montrer que je sais.
Et le résultat est un cours terriblement ennuyant qu'il me faudrait refaire (si j'en avais le temps) ou qu'ils devront reprendre par eux-mêmes... comme nous l'avons tous fait après tous ces cours "plates" auxquels, comme étudiants, nous n'avons assisté que de corps.

Ce matin, je suis tombée sur cette définition de mon compatriote Michel Lauzière :

Plate : Ce que devient une chose (ou une personne), si elle est constamment pressée.


À croire qu'il l'a écrite pour moi ! Pourtant, on ne se connaît pas.

Peut-être ne suis-je pas le seul citron...
... mais plus pressée que moi
...plus dans le jus,
il n'y en a pas,
j'en suis sûre !!!



Michel Lauzière, Dictionnaire inutile... mais pratique, Éditions au Carré

8 commentaires:

Marielle Potvin a dit...

Chère Missmath... Je te souhaite de trouver les façons de gagner ta vie sans perdre ta vie à la gagner de façon si stressante ...
Pense à Renée... La vie est si courte et si fragile. Je t'envoie plein d'énergie ZEN !!! ;-)

Air fou a dit...

C'est sûr!

Mon corps se fout de la ligne morte depuis un mois. Mais les neurones sont réactivés, eux.

Je les collectionne, ces alertes rouges. Pour l'instant, je les collectionne. Quand on en épuise pas la liste, c'est elle qui nous épuise.

Il y a quelque chose de super joli dans ton histoire : tes étudiants ont compris une chose. Que tu faisais ça pour eux. Gauche ou pas, on sait bien quand quelqu'un se désâme avec passion pour nous que ce ne sera pas toujours parfait. Puis on l'aime pareil.

Alerte verte, cette semaine... je te le souhaite.

Zed ¦)

Gaël PLANTIN a dit...

Que de certitudes établies...

Aurais-tu régressé à l'adolescence Missmath ?

A cet âge, on pense pouvoir tout maîtriser, tout gérer, aidé en celà par une vision du temps présent, sans passé, avec un avenir dont on ne se préoccupe pas parce que la Dead Line n'est pas encore perceptible.

C'est oublié un peu vite que nous ne sommes qu'une boule de flipper...
Nous ne maîtrisons pas les impulsions extérieures qui orientent notre trajectoire.

Avec l'expérience, on associe telle(s) impulsion(s)/action(s) à telle(s) trajectoires probables selon le vieil adage "Les mêmes causes engendrent les mêmes conséquences".

Avec l'expérience, cette mémoire de l'action, on est capable d'anticiper, c'est-à-dire de limiter l'appréhension, voire la peur, de la trajectoire qui se dessine au fil de nos rebonds.

Si nous ne maîtrisons pas nos rebonds, nous sommes néanmoins capables d'analyser nos réactions propres et d'en tirer des enseignements.

Nous sommes capables d'apprendre de notre expérience.

L'important n'est pas la situation actuelle, mais ce que tu en retiendras pour y faire face la prochaine fois.

Si nous ne pouvons influer significativement sur notre environnement, nous pouvons néanmoins agir sur nous-même en accueillant l'entropie environnante, à l'image des spécialistes des arts martiaux qui utilisent l'énergie de leurs adversaires à leur profit.

En conclusion, il me semble que ton billet, rejoint ma lutte contre la course au volume.

Allez, souviens-toi de ta dernière séance de camping, il me semble qu'à l'époque, tu avais accepté de te laisser porter par le flot des évènements au profit d'une réflexion salutaire...

;o))

Guy Marion a dit...

Très drôle,ce billet;faîtes nous en d'autres comme celui-ci!

unautreprof a dit...

Héhé, ça nous arrive tous de les oublier, ces élèves.

Hortensia a dit...

Je suis essoufflée à te lire et pourtant, pourtant, je me reconnais un peu là-dedans. Le rythme qu'on s'impose est parfois infernal. Moi, c'est surtout dans les rush de correction que la vapeur me sort par les oreilles.

Une fois, j'avais oublié sur la table toutes mes notes de cours et la clé usb contenant ma jolie présentation. Eh bien, j'ai improvisé de mémoire. J'ai demandé aux étudiants de m'apporter leurs questions sur lesquelles m'appuyer, et j'ai donné un très bon cours, paraît-il. J'essaie de me rappeler souvent cette fois-là.

Sarah Jacquet a dit...

Petit rappel à propos de la journée du refus de l'échec scolaire de demain, mercredi 23 Septembre

Bonjour,

La deuxième édition de la "Journée de refus de l'échec scolaire" aura lieu demain, le mercredi 23 septembre à Paris, Lyon et Nantes.

France 5 Éducation et l'AFEV vous proposent, si vous êtes à Paris, d'assister à l'après-midi de débat qui aura lieu de 13h30 à 18h00 à la Bellevilloise, 19-21 rue Boyer - Paris 20e (métro Gambetta ou Ménilmontant).

Les débats auront lieu en présence de François Dubet, parrain de la Journée. Si vous n'êtes pas libre toute l'après-midi, vous pouvez aussi choisir le débat qui vous intéresse le plus : pour voir le programme, cliquez ici.

Est-ce que vous êtes intéressé(e)? (N'hésitez pas, si vous ne pouvez pas venir, à relayer cette Journée sur votre blog ou sur votre site!)

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Pour rappel : notre blog de l'échec scolaire, en ligne à l'URL http://blogedu.tv/echecscolaire, accueille de plus en plus de billets/témoignages sur les pistes pou sortir de l'échec scolaire. Parmi les derniers billets : Le Hors l'école, un lieu d'apprentissage par Bernard Bier (INJEP) et L'évolution du rapport à l'ignorance par Nicole Priou (Cahiers Pédagogiques).

Vous êtes toujours les bienvenus pour publier votre billet! Écrivez-moi si vous avez des idées!

A très vite,

Sarah Jacquet, pour France 5 Education (curiosphère et lesite.tv)


sarah.jacquet /at/ lanetscouade.com

Missmath a dit...

Ah... Paris...

Mais quelle idée a eu cette ville de se bâtir si loin de chez moi ?