lundi 15 février 2010

Prorogation

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Aujourd'hui, 15 février 2010, je déclare officiellement que, dans mon combat contre la société, je m'incline. Elle a gagné.

Dorénavant, les fins de semaine seront prorogées.

Il faut se rendre à l'évidence, l'école est pour la majorité de nos étudiants un travail au même titre que leur travail rémunéré. Ils travaillent très fort en classe où ils sont tenus d'être présents, mais en dehors des heures de classe, plusieurs, j'oserai même dire la plupart, gardent des habitudes d'employés, que dis-je, de travailleurs d'usine libérés par la sirène annonçant la fin du quart de travail. Il faut leur faire des discours de "motivation" à la Jean-Marc Chaput pour leur faire réaliser que, "clisse", à l'école, ils sont leurs propres employeurs, qu'ils sont en quelque sorte des travailleurs autonomes au développement de leurs compétences et que ces compétences reposent sur des connaissances et des savoirs qu'il faut consolider à l'extérieur des cours.

Le laïus d'encouragement fonctionnait ces dernières sessions.
Il ne fonctionne plus.
Et non seulement ne fonctionne-t-il plus, il a perdu son sens.
Comme une recette de Kraft.



Nos étudiants ont des agendas remplis depuis qu'ils sont petits, bien avant leurs premiers devoirs scolaires. Ajoutez à cela des parents hélicoptères qui ont compris trop vite combien la vie est courte et qui leur permettent d'en profiter maintenant et vous avez le portrait.

"Madame, je vais manquer votre cours jeudi, je pars mercredi faire du ski dans les Adirondacks."

"Madame, je ne pourrai pas faire l'examen avant la semaine de relâche, mon chum pis moi, on a trouvé des billets pour le Mexique, on part mardi et on revient le lundi après la semaine de relâche."

"Je m'excuse, je dois partir à "et demi" parce que je travaille à 15 heures."

"Geneviève ne sera pas au cours parce que ses parents ont décidé de partir plus tôt pour Tremblant."

Jusqu'ici je résistais très facilement.

Mais l'évidence est arrivée en fin de semaine.

Mon horaire fait en sorte que je ferme le cégep avec un groupe le vendredi (littéralement, puisque je dois appeler le gardien de sécurité en partant pour verrouiller le secteur) et j'ouvre la place le lundi matin avec le même groupe.

Plan de leçon de vendredi dernier !!! (Expression qui me fait bien sourire.)

- Finir la partie sur une forme de résolution particulière
- Préparer l'évaluation du prochain cours (lundi matin) en faisant construire un réseau de concepts.
- Exercices préparatoires.

Or... les étudiants ont eu besoin de tout le cours pour bien saisir la résolution. En fait, je devrais plutôt dire plusieurs étudiants ont eu besoin de tout le cours et leurs questions étaient fort pertinentes et démontraient leur sérieux et surtout l'étendue de leurs lacunes. Cependant, d'autres étudiants maîtrisent le sujet, révision du secondaire servie à la sauce application réelle. Un groupe très hétérogène.

Le cours se termine donc sans retour sur l'étape, les exercices préparatoires (que les étudiants eux-mêmes avaient réclamés) sont disponibles à la fin du cours sur Moodle.

Étudiant :
Est-ce que les réponses sont aussi disponibles ?

Moi :
Je n'ai pas eu le temps de les faire, mais je fais cela maintenant et je vais publier les solutions complètes sur Moodle ce soir. Le solutionnaire sera à part.

Étudiant :
Ça ne presse pas. De toute façon, c'est la fin de semaine, alors je ne toucherai pas à ça avant dimanche.

Moi :
Bon... au fait, je suis disponible du Moodle toute la fin de semaine, si vous avez des questions, n'hésitez pas.

(Regard de publicité Kraft.)


Étudiant :
Mais, Madame, c'est la fin de semaine...

Moi :
Oui, mais l'évaluation est lundi à 8 heures...


(Second regard de publicité Kraft, ma foi !)

Grâce à Moodle, on peut voir quand les étudiants consultent le site du cours.

Samedi soir, j'étais toujours la seule à y être passée.

Dimanche matin, un étudiant est venu chercher le solutionnaire.

Dimanche soir, 5 étudiants sont passés sur Moodle.

Ce matin, ils étaient tous en classe, endormis, visiblement pas préparés pour l'évaluation.

- J'ai comme tout oublié en fin de semaine...

À 10 heures, j'arrive dans mon groupe de calcul avancé : La moitié du groupe dort sur le pupitre, l'autre moitié est à genoux me suppliant de reporter l'examen de la semaine prochaine.

- Madame, s'il vous plaît, pas le lundi matin, j'ai ma fin de semaine de plein air.

- Et moi, je pars en ski à Tremblant, on va rentrer tard.

- Et moi, je travaille toute la fin de semaine.

- On peut commencer la nouvelle matière lundi et faire l'examen mardi. Mais, s'il vous plaît, ne donnez pas l'examen lundi matin.


Il faut se rendre à l'évidence : il faut proroger la fin de semaine.

Je dis même que les lundis avant-midi devraient être réservés aux réunions.
Je serais même prête à parier qu'alors on en aurait moins et ça nous laisserait du temps pour préparer et corriger... ou aller skier !


Source de l'image : L'Express d'Outremont

5 commentaires:

unautreprof a dit...

Deux commentaires :
1)Au primaire, plusieurs élèves manquent facilement les cours. Ça commence jeune ces habitudes...

2)Je suis de retour aux études. Comme je travaille à temps plein, je dois faire mes travaux les fins de semaine. Pour ce 13 février, point de souper romantique avec l'amoureux, mais tête à tête avec mon amie et son laptop : travail à faire. Nous sommes un peu en avance. J'étais moins sérieuse plus jeune.

Le professeur masqué a dit...

Personnellement, je suis en faveur de la sélection naturelle. Maintiens tes exigences et, de grâce, n'en fais pas plus qu'il faut la fin de semaine. Plus tu leur en offres, plus ils en voudront. Plus tu seras disponible et ouverte, plus ils ambitionneront.

L'enseignement est peut-être une vocation, mais tu n'es pas obligée de viser la canonisation.

Gaël PLANTIN a dit...

Criant de vérité !

Comme Le Professeur Masqué, je suis pour le maintien des exigences...

J'estime être disponible et mettre à disposition tout ce qui est nécessaire à celui/celle qui veut travailler : c'est sa responsabilité d'en tirer profit !

Il/Elle ne le fait pas, l'évaluation est là pour en témoigner, non ?

Blagu'cuicui a dit...

Heu.. J'ai l'impression que tu n'as pas compris une chose MissMaths.

Si tu offre le vendredi aprème et le lundi matin et bien tes gamins, il partirons le jeudi au soir car: "après tout, on a qu'une moitié de journée demain donc bon autant partir".

Donne un doigt et il te mangerons le bras et te diront qu'ils ont encore faim.

Il faut se rendre à l'évidence, il vaut mieux que les dits cours existent au moins ils restent tout de même le matin. Cela s'appelle un sacrifice pour le collectif mais faut en être conscient que ça marche comme ça je pense.

En tout cas le savoir avant tout, je ne change pas de point de vu. En conséquence, tes exigence sont et doivent rester prioritaire. C'est à eux de s'adapter à la vie et non l'inverse :).

Missmath a dit...

Je racontais cela à un collègue et il m'a regardée comme si j'étais un suppôt de satan en s'écriant : "Quoi, tu as donné un examen un lundi matin ! Ayoye, ça fait longtemps que je ne fais plus ça. Il ne faut pas donner d'examen le lundi, et surtout pas à 8 heures."

Ha !

Eh ben... l'avantage en maths, c'est qu'on a déjà la réputation d'être des tortionnaires, alors on ferme le secteur le vendredi soir, on l'ouvre le lundi matin à 8 heures. Je ne vais que m'abstenir de donner des examens les lundis matin. (Dommage, pour une fois que c'était à mon tour de pouvoir dormir pendant mes cours !)

Ceci dit, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'examen que c'est la récré !