mercredi 30 mars 2011

To you, my friends, from an English teacher

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12 décembre 1960

Dénonçant la triste mode d'utiliser des expressions ou des mots anglais dans les médias ou dans les publicités en France, un ami me disait l'autre jour :

"Les pires ennemis du français sont les Français."



Mais au fond, sommes-nous vraiment francophones ?



Extrait de l'émission du 10 mars 2011 de Bazzo.tv

4 commentaires:

Hélène a dit...

Ça fait réfléchir cet extrait de Fred Pellerin. J'écoute ma gang ici, et on dirait bien qu'on parle une autre langue que celle qu'on écrit. On parle le québécois, et on écrit en français(2e langue). Mes fils, de répondre,de ne pas s'en faire; que les anglais faisaient pareils(slang et anglais écrits étant différents)...Sommes-nous en train de se "créoliser"?

Missmath a dit...

Ce discours de Fred Pellerin, je l'ai entendu il y a plusieurs années de Denys Arcand qui disait qu'il faut arrêter de dire que notre cinéma se fait en français. Notre cinéma est québécois et il faut le vendre, en France, comme du cinéma de langue étrangère.

La langue est vivante et il est normal qu'elle évolue, qu'elle change. Que notre langue se distingue de celle de la France est assez sain, cela démontre, à mon avis, que l'on n'est plus une colonie.

Par contre, comme Fred Pellerin, je crois et c'est peut-être génétique, que l'on a une partie de nous qui se veut française. Or, il suffit de côtoyer de très près la France pour réaliser que nous sommes beaucoup plus britanniques que nous le souhaitons. Et c'est peut-être cette dualité qui fait que nous nous battons (battions) tant pour préserver notre langue, pour refuser les anglicismes.

Il faut épeler un chat un chat. Comment, comme francophones, peut-on accepter le mot "chat" à l'écrit et le prononcer «tchat» ? Faut-il l'écrire «tchat» parce qu'on tient à le lire comme on le prononce à l’anglaise ? Tout cela n'a pas de sens. Pourtant, le mot est entré dans la langue, excepté au Québec où, par mécanisme de défense, on lui a trouvé les mots «clavarder», «clavardage». Car oui, nous sommes tous bilingues, québécois-français. Ils garochent la puck su'a glace quand ils jousent au hockey, mais à la télé, ils dégagent la rondelle quand ils jouent. Ce bilinguisme est essentiel si l'on veut se faire comprendre dans la francophonie.

Mais au fond, quand on y pense, ce bilinguisme existait aussi en France et, je crois que c'est après la Première Guerre mondiale que le gouvernement français a imposé l'apprentissage d'une langue commune et obligatoire : le français sur tout son territoire. Avant, les Bretons bretonaient, les gens du Nord ch’timaient, etc. Ce qui est effrayant maintenant, c'est d'entrer dans un resto à Paris et y commander un sandwich steak fromage et que le serveur se tourne vers le cuisinier pour dire un «steak-cheese». Qu'y a-t-il de plus français que le fromage ? J'ai reçu pour la nouvelle année une carte d'une dame que j'ai rencontrée à Lille. Une vraie de vraie Ch’tie. Eh bien sa carte, écrite à la main, me disait "Happy new year". Je ne m'en suis toujours pas remise. Il y a un prof de statistique de Rennes qui publie un blogue fort intéressant (tiens, blogue, il n'y a que nous, Québécois, qui avons francisé ce mot). Eh bien, il y a quelques mois, ce prof a décidé de ne plus rédiger ces billets qu'en anglais. Pourquoi ?

Or si la France cesse de protéger notre langue commune pour passer à une langue plus grande, l'anglais, comment nous, sertis dans un étau anglophone, arriverons-nous à tenir le coup ? Il nous faudra certainement l'aide de l'Afrique.

Mais parallèlement à cela. Si la langue universelle devient l'anglais (ce qui risque de se produire, puisque les Indiens, les Chinois parlent anglais), n'est-ce pas terrible que dans le milieu idéal où nous vivons nos enfants sortent du secondaire en n’étant pas fonctionnels en anglais ? Mais ça, je crains que ce soit vraiment génétique. Car l'apprentissage de l'anglais n'est pas perçu pour plusieurs comme une nécessité pour pouvoir communiquer avec le monde mais comme une acceptation à se laisser assimiler. Les risques ne sont en effet pas négligeables. Pourquoi ? Pour les mêmes raisons que la France ne se sent pas menacée par les anglicismes. Prenez un Français et placez-le n'importe où dans le monde. Il restera un Français. Il se plaindra du café, il ne trouvera pas de bon pain et il râlera contre tout. Prenez un Québécois et amenez-lui un voisin étranger et il lui demandera ses recettes de cuisine. En quoi sommes-nous particuliers, distincts ? Comme société, quel est notre projet collectif ? De quoi sommes-nous fiers en tant que peuple ?

Profquifesse a dit...

Entrevue à ce sujet justement aujourd'hui chez Christiane Charette :

http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2010-2011/chronique.asp?idChronique=145782

C'est un sujet fort complexe qui ne cesse de me donner des maux de tête : quand j'enseigne à des allophones, je dois les mettre en garde vis-à-vis de la langue orale, le québécois, fort différent de la langue écrite, le français. Pas que cela me plaise, mais ça fait partie de mon métier d'être un flic de la langue et de faire respecter le code. Vrai, les québécois sont tous bilingues, parlent québécois et français. C'est une force je crois, tant qu'on ne confond pas la langue québécoise avec le joual, qui est sa version dégradée et colonisée par l'anglais.
Quant à l'anglais comme langue universelle, je crois qu'on exagère beaucoup. Là aussi, il faudrait distinguer la langue anglaise courante, soit le sabir commun qui permet à tous de communiquer et de discuter de concepts simples comme celles qui relèvent de la consommation ou de la culture populaire, et l'anglais culturel, soit la langue de Shakespeare ou de Melville, infiniment plus riche et hors de portée du locuteur commun.

Line.Raymond a dit...

Très très juste, mon cher Prof.