mardi 3 avril 2012

Un hippopotame, deux hippopotames

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Elle avait manqué deux votes, chose que j'avais bien du mal à comprendre. Il y a tant de milieux qui aimeraient avoir le droit de pouvoir s'exprimer que lorsque l'on peut le faire, il faut le faire.

Jeudi dernier, Weby me dit comme ça :

"J'aimerais bien aller voter demain."


Évidemment, je ne pouvais que la féliciter et l'encourager à le faire.

"Tu viendrais me reconduire ?"

Arrrgggg... Évidemment, il y avait un vice caché ! Le transport en commun dans la région a de quoi décourager le plus grand partisan d'une cause. Je n'allais pas laisser sa flamme vacillante s'éteindre ! J'accepte donc.

"Par contre, j'aimerais bien aller faire du piquetage avant, alors on devra partir tôt. Ne te couche pas trop tard. À demain."


Euh non.
Mes nuits sont blanches, alors mon sommeil est précieux le matin. Désolée. Je ne suis pas fonctionnelle avant 10h, il est hors de question que je me présente au cégep avant 7h sans pouvoir entrer sur le terrain. Non.

"C'est facile d'appuyer une cause en restant chez toi et en ne faisant aucun sacrifice. Si tu appuies vraiment les étudiants, tu devrais venir faire du piquetage au moins une fois avec nous."

Arrrrgggg... C'est qui ces jeunes-là ?

Bof, Weby vivant sur mon fuseau horaire, je me dis qu'elle passera certainement tout droit... mais non. À 6h30, elle frappe à ma porte. Je m'habille et nous y allons.

Première énigme : où stationner ?

À mon grand étonnement, les étudiants laissent entrer les gens sur le terrain du Cégep. Il suffit de s'armer d'un peu de patience. Les voitures entrent une par une, après le compte de 30 hippopotames.

- Un hippopotame, deux hippopotames, trois hippopotames...

Je stationne et, plutôt que de compter des moutons dans la voiture (ce qu'initialement j'avais honteusement prévu faire), je vais compter des hippopotames.

- Bienvenue Madame, merci de nous encourager. Vous avez choisi le bon endroit, ici, on fait des mathématiques : on compte les hippopotames !

Après 10h, je lui aurais expliqué que les mathématiques et la comptabilité sont deux choses bien différentes, mais il est à peine 7 h, alors je lui laisse m'expliquer le système.

- On compte des hippopotames ou on compte des étudiants en grève. Quand la personne dans la voiture sourit ou nous encourage, on ne fait que compter jusqu'à 30 et quand il y a trop de monde, on compte plus vite pour ne pas trop engorger.

C'est qui ces jeunes-là ?

(Il me faut tout de même ajouter que l'association étudiante a négocié avec la direction du Cégep des "règles de grève" pour permettre les manifestations sans empêcher le personnel de se rendre au travail. Qui a eu l'idée de laisser entrer les voitures dans le stationnement pendant le piquetage ? Je ne sais pas. Mais j'ai apprécié de pouvoir le faire.)

Il fait un froid de canard. Après presqu'une semaine à 27°C, on est passé à -5°C en moins de 48h. Le corps n'a pas le temps de s'y faire. Les jeunes sont motivés. Ils scandent des slogans, ils font de la musique, une jeune offre du chocolat chaud. J'apprends qu'elle est là tous les matins depuis le début de la grève. Tous les matins depuis 3 semaines à offrir à qui le veut des chocolats chauds. Il y a aussi quelques collègues qui sont là tous les matins pour encourager les jeunes.

8h, je suis totalement gelée. Je vois des étudiants grelotter, leur mâchoire tremble, leurs oreilles sont rouges, ils sautillent sur place, ils sont encore moins habillés que moi, mais ils sont là, visiblement convaincus qu'il faut y être.

"Jamais, le froid, ne nous arrêtera."



Tant pis, j'assume : je suis une princesse. Je rentre.

9h, assemblée générale des étudiants. Allons espionner !

Je fais le tour du Cégep, je ne trouve personne. Le Cégep est désert, silencieux, comme avant un ouragan. Où peuvent bien se cacher près de 1000 étudiants ?

Ils sont dehors !!!



Dans le stationnement, évacué pour l'occasion, le président de l'assemblée est sur une petite estrade et les étudiants sont installés en demi-cercle autour de lui. Les verts (pour la hausse) d'un côté, les rouges (contre la hausse) de l'autre. Ils discutent sur la question. Rouges et verts. Je les regarde en retrait derrière l'estrade. Pendant que certains s'expriment, je vois de nombreux jeunes faire des marionnettes avec leur mitaine. Que font-ils ?

"C'est une procédure qu'ils ont voté la semaine dernière. Quand les gens s'exprimaient, il y avait des gens qui applaudissaient ou manifestaient, alors pour permettre aux gens de s'exprimer sans être interrompus et bien entendre ce que les gens disent, ils doivent respecter l'opinion émise et ils agitent la main à la place d'applaudir."

C'est qui ces jeunes-là ?
Ils sont tellement trop civilisés !!!
Quelle belle leçon de respect de l'autre.
Il paraît que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt...
Eh bien, je leur souhaite de tout coeur.

Quelle belle jeunesse.

2 commentaires:

unautreprof a dit...

Oui, quelle belle jeunesse.

J'ai une voisine prof de CÉGEP qui aide aux organisations des manifestations et elle disait combien les jeunes impliqués démontrent du sérieux, qu'ils «font leurs devoirs». Je regarde les manifestations syndicales dans mon milieu et je me dis qu'on a beaucoup à apprendre d'eux. Dont la solidarité.

Le professeur masqué a dit...

Hors propos, mais en suite à un de tes lointains billets, je crois.

http://blogues.cyberpresse.ca/lapresseaffaires/cv/2012/04/04/le-cegep-choisi-et-limpact-sur-la-cote-r-suite-et-fin/