lundi 28 avril 2008

Évaluation de l'évaluation (première partie)

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Préambule : Selon la politique d'évaluation des apprentissages de mon établissement, nous devons respecter ces procédures :

- Soumettre les étudiants à au moins trois évaluations sommatives
- Soumettre les étudiants à une évaluation sommative finale d'intégration
- Préparer des évaluations cohérentes, rigoureuses et fondées sur des critères précis. (Les critères d'évaluation de l'épreuve synthèse sont précisés dans les plans cadres des cours, donc prescriptifs.)
- Pour réussir un cours, les étudiants doivent avoir une note minimale de 60 % sur le cumulatif de l'ensemble des évaluations sommatives réalisées et un minimum de 50 % à l'évaluation sommative finale.

Quiconque déroge à cette politique est passible de la peine de mort.

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Une collègue et amie me racontait l'autre jour qu'elle avait des groupes extraordinaires cette session. Depuis le début de la session, elle a constaté les progrès de ses élèves. Changement d'attitude, changement de discours, nuances dans les opinions. Quand elle regarde les éléments de la compétence de son cours, quand elle considère la raison d'être de son cours dans le programme, il lui est évident que tous ses étudiants ont atteint la compétence. Elle a pu vérifier cela en plaçant les étudiants dans des situations d'apprentissage où ils ont dépassé les attentes.

Quelle est alors la pertinence d'avoir au moins trois évaluations sommatives dont une épreuve de synthèse cohérente, rigoureuses et fondée sur des critères précis ? Distinguer un 80 % d'un 90 % ? Pourquoi ? À quoi ça sert ?

Supposons que son groupe est exceptionnel et qu'elle décide de leur faire passer des évaluations types (les mêmes évaluations d'une session à l'autre). Les étudiants se retrouvent donc devant une évaluation "pop corn". Résultat : tous les étudiants ont 100% et les collègues du prof, jaloux, chuchottent que ses évaluations sont trop faciles. Il ne viendrait jamais à l'idée d'un collègue de croire que les bons résultats sont le fruit d'un bon accompagnement des étudiants.

Supposons qu'elle décide de leur faire passer une évaluation sur mesure, donc une évaluation exceptionnelle (ses élèves l'étant !). Elle vient donc de monter la barre du cours. Ce ne sera pas tout le monde qui aura 100 %. Elle devient un prof ayant des distributions de notes normales, mais un prof injuste envers ses élèves.

Ma collègue a deux groupes. Imaginons que, dans le premier, elle offre l'évaluation pop corn fondée sur les critères précis du plan cadre et que dans l'autre groupe, elle prépare une évaluation fondée sur les critères précis du plan cadre, mais qui présente un niveau de difficulté "digne" du groupe exceptionnel. Ah, mais ce n'est pas juste pour le deuxième groupe !

Effectivement, un 70 % dans le deuxième groupe aurait eu 100 % dans le premier comme tout le monde. La note est donc relative. Et si elle est relative, pourquoi est-elle si importante ? Et si elle n'est pas si importante, pourquoi avoir une politique d'évaluation aussi serrée ? Ma collègue ne pourrait-elle pas simplement confirmer sur la base de son professionnalisme que tous ses étudiants ont atteint la compétence ?

Et si la politique de l'évaluation des apprentissages était subtilement une politique d'encadrement de l'enseignement qui prendrait en otage les étudiants ?

Houhouhouhouhou... et ce n'est que la première partie.

À suivre.

4 commentaires:

Monsieur A a dit...

Oui, la politique de l'évaluation est en fait une politique de l'enseignement...

Elle est nécessaire pour les abus... des abus tellement incroyables (de l'incompétence professionnelle pure) que je ne peux les citer ici. J'ai vu des exemples en tant qu'étudiant à l'Université et en tant qu'enseignant au secondaire.

C'est clair : il faut une mesure pour différencier l'évaluation des étudiants de celle des enseignants/professeurs.

Monsieur A à Missmath, tel Homer à Marge : "Marge, tu vis dans un monde où tout le monde est parfait et honnête..." (la suite réellement concerne les papillons et les fleurs et le tout finit en partie de Hockey, mais bon... ;) )

Plotin a dit...

Bonjour,

J'ai seulement hâte de lire la suite, même si je l'appréhende un peu.
Par ailleurs, avez-vous lu mon billet sur les mathématiques violentes?

cabachand a dit...

Succès ou échec avec rétroaction??

Quelle folie! HÉRÉTIQUE!

Je me demande combien de mes employeurs ont jamais jeter un oeil à mes résultats scolaires? Et si mes notes ne m'ont servi dans la quête de mon emploi (et, plus poétiquement, dans la quête de mon épanouissement), est-ce alors à admettre que les résultats scolaires ne servent qu'une fin purement administrative au sein d'un système prétendument éducatif?

Je n'oserai jamais croire... ce serait trop absurde...

Sylvain a dit...

Wow ! Beau sujet. Intéressante discussion.

Selon moi (ça vaut ce que ça vaut !), l'administration de la statistique ou la statistique pour (ou au service de) l'administration est ce qui prévaut malheureusement dans notre beau système d'éducâtion.

Évaluation ? De quoi au juste ? Pour quoi au juste ? Pour différencier, contingenter, sélectionner, donner une valeur (très relative) x ou une cote R, ou quoi encore ?!? Pour satisfaire arbitrairement un parent ou un étudiant !

J'ai déjà parlé sur un autre blogue (pas le mien) d'un cours universitaire où j'ai le plus appris... et où j'ai eu pourtant un C ou un B-. J'étais ainsi dans la moyenne supérieure du groupe (ça veut rien dire, sauf peut-être qu'il y avait beaucoup de D dans les résultats). Un epétition s'est alors organisée, car les petits chéris estimaient qu'ils n'avaient pas eu le A ou le B qu'ils méritaient et que leur moyenne allait en être affectée. Inutile de dire que moi et les 2-3 autres "dinosaures" du groupe (nous étions dans une autre tranche d'âge ;-)) n'avons pas embarqué dans une telle démarche et que nous avons expliqué pourquoi... sans être totalement compris, je crois...