mardi 29 avril 2008

Évaluation de l'évaluation (deuxième partie)

Partager

Au cours de la session ou de l'année scolaire, le temps nous manque. L'un des principaux bouffe-temps, c'est la correction. Une bonne évaluation formative exige énormément de temps de correction, car pour être formative, elle doit présenter une rétroaction constructive. L'évaluation sommative devrait présenter le même niveau de correction, mais souvent la note attribuée est jugée explicative : on n'a pas juste ça à faire corriger !

En mathématique ou en sciences "dures" pour reprendre l'expression de Plotin, les pages blanches et les solutions aberrantes se corrigent assez vite : scratch, zéro. Violence, dirait Freud. Euh... que diriez-vous de justice ?

1+1 = 5, bel effort, je te donne trois points parce que tu as tenté une réponse et que tu es plus près de la vraie réponse que ton collègue qui a dit 10 qui lui n'aura qu'un point pour sa participation.

Ben non ! En mathématique et en sciences dures, ça ne marche pas comme ça. Excusez-nous, mais on a quand même le mandat de faire le ménage et de séparer le bon grain de l'ivraie !

Houhouhouhouhouhouhouhouhou...

__________________________________________________

Le professeur entre en classe avec sa pile d'examens corrigés. Il les distribue, puis, comme il n'a pas pris le temps de commenter chacune des copies, commente de façon générale chacun des numéros, en apportant plus ou moins de détails selon que le numéro a été généralement bien réussi ou non.

Levez la main ceux et celles qui font cela ?



Mathieu a trouvé l'examen difficile, mais il a réussi à répondre à presque toutes les questions. Il n'est pas certain de ses réponses, mais il "s'est essayé". Il reçoit son examen, 23 %. L'équivalent d'une claque sur la gueule. Aucun support. Dans la classe, il est tout seul avec son échec. Peut-être quelques regards de pitié de ses amis proches. Indifférence apparente du responsable de l'évaluation.

Résultat incontestable : c'est bien vrai qu'il avait faux.
Constat impitoyable : il n'est pas un vrai.

Comme dirait Brice : J't'ai cassé !
Ça, c'est violent.


__________________________________________________

La délivrance de la fin de la correction donne l'impression fausse que l'évaluation est terminée. Or, l'évaluation n'a aucune utilité réelle pour la personne évaluée si elle se termine par une note finale, un verdict sans considération, sans consolation, sans rétroaction, sans correction dans le sens humain du terme, c'est-à-dire en visant l'amélioration de ce, celle ou celui qui est évalué-ée-é !!!


Vous pouvez baisser vos mains...
... mais ne baissez jamais les bras.

4 commentaires:

Sylvain a dit...

Que de vérités dans ce 2e volet ! J'aime bien l'idée de l'évaluation non finie tant qu'elle n'est pas vraiment finie (pour paraphraser le célèbre Yogi Berra ;-)

Avec la quantité d'élèves qu'on a, la rétroaction relève du défi ! Comme tu dis, il ne faut pas baisser les bras, même si on en extrait tout le jus très souvent...

Missmath a dit...

Et en français, comme en philo, vous avez toute mon admiration. Il faut avoir vu de près la charge de correction que vous avez pour que nous arrêtions de chialer sur notre sort en sciences ou en maths.

Au PEI ou au BI, la tâche est encore plus grande, particulièrement chez nous où souvent les jeunes ont deux langues secondes, mais pas de "première langue".

Plotin a dit...

C'est drôle, j'ai fait exactement le cheminement contraire au vôtre. J'ai entrepris mes études universitaires en physique (science dure...) avant de me diriger vers la philosophie et la littérature. Là, je trouvais la matière très floue et les élèves très dissipés. Sans parler des professeurs qui nageaient dans l'approximation. J'ai appris, avec le temps, que ce que je croyais être de l'inexactitude était souvent des nuances. Mais faut-il nuancer ses évaluations pour autant quand on enseigne ces disciplines?
Sur mon blogue, je vais tenter de répondre à cette question en me servant de l'exemple de Michel Serres, un professeur génial.

Missmath a dit...

J'ai bien hâte de vous lire.