jeudi 7 février 2008

Échecs et maths

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Je n'ai vu cette classe que 5 fois.
À la fin de la première semaine de cours, ils étaient 32 sur ma liste.
Depuis le début de la deuxième semaine de cours, je n'en reçois jamais plus de 25.
Parmi ces 25, je peux en identifier immédiatement au moins 5 qui couleront. Juste à l'oeil. Je n'ai fait encore aucune évaluation.

Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas pourquoi on se lève aux aurores.
(Désolée de l'interruption, l'énoncé était tellement joli qu'il méritait d'être photographié par un point. Je recommence.)

Je ne comprends pas pourquoi on se lève aux aurores, pourquoi on se mange les bouchons de circulation (rien à voir avec Mourial, mais quand même) pour aller dormir dans une classe. M'enfin. Au moins, ces étudiants ne dérangent pas. Ce n'est pas comme mon trio de pipelettes qui semblent n'avoir dans la tête que du vent et qui abandonnent leurs coéquipiers à la deuxième heure du cours pour aller chercher leurs billets d'avion dès l'ouverture de l'agence de voyage. Je ne sais pas encore quoi penser de mes 3 élèves habillées comme des escortes, belles et vides comme si elles étaient des animations 3D d'une nouvelle version de Photoshop. Elles ne parlent pas, elles ne notent rien, elles sourient quand on les regarde. Elles attendent je ne sais quoi, qu'un prince les idôlatre ou qu'un président les épouse.

Sachant que quand le printemps arrivera, les élèves se pousseront, je peux prévoir dès maintenant un taux de réussite nettement inférieur à 50 %. Mon cours apparaitra donc sur la black list, liste sur laquelle les cours de mathématiques figurent très bien. Rien de nouveau.

Mais cette année, j'ai eu "comme un flash".

Si j'étais au secondaire, que se passerait-il ?

Imaginez une classe de "yo" avec le bouton bêtise toujours activé qui croient que les équations algébriques sont simplement des m3ss4g3s +ou+ @ f4i+ iLLisibL3$. Supposons que de mes 30 élèves, à peine dix réussissent. Que se passerait-il alors ?

Pensez-y : une école secondaire peut-elle ne faire passer que le tiers de ses élèves ? Je ne pense pas. (Dépêchez-vous de me le dire si j'ai tort !) Alors, s'il m'apparait évident que la direction et les parents blâmeront l'enseignant, où iront les deux tiers des élèves qui échouent ?

Ce que je suis idiote ! C'est bien vrai qu'il suffit de normaliser ! Et voilà. Grâce aux mathématiques, finis les échecs en mathématique ! Hey mon ami, c'est-tu pas assez beautiful, ça ?

De toute façon, de telles classes n'existent pas.

Oups...



Enfin... pas chez nous en tout cas...

Pfffffffffffffffffff.

6 commentaires:

S. Jaubert a dit...

« Si j'étais au secondaire, que se passerait-il ? »

Il se passerait un peu près la même chose que chez nous, au collège ou dans le secondaire. On élague toujours un peu plus les contenus difficiles pour n’offrir que des choses facilement consommables, acidulées et vite oubliées...

Excellente la video ! :-) ces élèves ont de l'énergie à revendre, il faut faire plus de sport à l'école !! 2H chaque matin ! voilà ce que je propose, et pas du divertissement, non, non du SPORT, où on bosse quoi ! style 20 longueurs de piscine ou du fractionné sur piste. Ah zut j'oubliais, c'est fatigant ça... je vais avoir les parents sur le dos !

G. Jobin a dit...

Je pense qu'il faut redonner la responsabilité du succès ou de l'échec à l'élèe.
Solution ?
Au premier bulletin, donner un 20% à tous ceux qui ne foutent rien. Et attendre les réactions des parents.

-Comment ça mon jeune n'a que 20%?

-Il ne fait pas ses travaux, n'est pas intéressé par la matière, n'écoute pas. Tenez, c'est son portfolio. Il est vide.

-Vous pourriez pas vous arranger pour qu'il travaille?

-C'est ce que je fais tous les jours, mais votre jeune ne veut rien savoir, et je ne peux "savoir" à sa place.

-Alors?

-Alors??? Et bien, cher parent, c'est à vous de jaser avec lui. De le motiver. Moi, je ne peux pas plus. Je suis payé pour enseigner les maths, et c'est ce que je fais. S'il VEUT réussir son année, il n'est pas trop tard, mais il doit s'y mettre maintenant. À vous de voir avec lui s'il veut réussir. Et les mesures qu'il compte prendre pour ce faire.

Voilà, c'est tout simple, redonnons aux élèves la possibilité de décider. Et ce, dès le sec. I. L'antidécrochage à tout prix est ridicule.

Missmath a dit...

Monsieur Jaubert : C'est une grand honneur de vous savoir parmi les lecteurs de ce blogue, soyez le bienvenu dans le brouillon de poulet. La situation est effectivement la même de chaque côté de l'océan. J'adore votre "c'est fatigant ça... je vais avoir les parents sur le dos"... Que ferons-nous de ces narcissiques enfants-rois que nous avons ?

Monsieur Jobin : Je n'aime pas quand vous donnez raison à mes pensées impures, car de savoir que nous partageons le même point de vue me donne la certitude d'avoir raison.

Félix GG a dit...

Malheureusement ton vidéo a été retiré de Youtube... de quoi s'agissait-il?

Missmath a dit...

Quand un clip de youtube est inséré dans un blogue, il n'est disponible que pour une certaine période. Quand en demandant à le voir youtube dit que le clip n'est plus disponible, souvent en actualisant la page, il redevient disponible. Félix, tu devrais pouvoir voir le clip.

Félix GG a dit...

Oui! Je le vois, maintenant!