mercredi 6 février 2008

Cellulaire pédagogique

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Bon, c'était une première et les conditions n'étaient pas idéales (je n'ai pas pu obtenir de salle multimédia pour toute la durée du cours... donc le rythme de l'activité a incontestablement nui à l'activité), mais je me promets bien de la refaire.

L'idée est toute simple, il n'y a vraiment rien de génial, mais c'est peut-être par sa simplicité qu'elle arrivera à convaincre vos collègues que le cellulaire n'est pas l'invention du mal !

Cours : Méthodes quantitatives en Sciences humaines

Clientèle : Hétérogène. Très hétérogène. Des étudiants modèles qui veulent réussir et qui veulent apprendre aux mathophobes en passant par les "CEGEP = CEP" ou "Cégep = Végep" et les Sciences humaines en attendant...

Intentions éducatives :
a) Permettre aux élèves de réviser les éléments de base d'une problématique de recherche en éveillant leur sens critique sur une méthodologie conçue trop rapidement

b) Permettre aux élèves d'apprendre divers modes d'échantillonnage.

Déroulement (tel qu'il s'est passé) :


Avez-vous pensé à apporter vos cellulaires ?



Un étudiant sur le 30 n'en a pas. Ça va. C'est même excellent !


Il y a trois choses que j'aimerais savoir aujourd'hui.
1- Quelle compagnie de téléphone cellulaire préfèrent les étudiants du Cégep ?
2- Je pense que les élèves de la classe ont autant de contacts avec des hommes qu'avec des femmes.
3- Une élève a dit lors du premier cours que, selon elle, 70 % des gens au Cégep sont en "couple". J'aimerais vérifier s'il est vrai que 70 % des contacts des élèves dans ce cours sont effectivement en couple.


(J'en profite ici pour rappeler que lors du premier cours, cette étudiante et moi n'avions pas la même définition d'"être en couple" et que dans une enquête, il est essentiel que tous les intervenants aient la même définition.)

Première hypothèse : Compagnie préférée.

Population cible ? Ça va. Je décrète que l'échantillon, c'est la classe. Et je les amène à discuter de la valeur de l'échantillon pour représenter l'école. Ça permet d'introduire les notions de représentativité et d'aléatoire et ils en arrivent même à trouver exactement le terme correspondant à notre type d'échantillon.

Choix de la méthode : J'ai décidé de vérifier avec quelle compagnie vous faites affaire et je généraliserai mes résultats par la suite (inférence).
On compile les résultats et oh bonheur, nous avons ex-equo chez les deux plus populaires et la troisième place ne diffère que de 1, les autres compagnies sont négligeables. Quelle belle porte pour parler du mode ! Retour sur l'échantillon, sa valeur et pont sur la valeur de l'inférence.

Ça passe bien. Choquons-les !
Quel est mon indicateur ? Est-il fidèle ? Est-il valide ?
C'est triste de détruire des illusions ! Conclusion : tout ce qu'on a fait ne vaut rien.

Des études comme ça, on vous en passe tous les jours dans les journaux.


Deuxième hypothèse : Le 50-50
Ma méthode : Prendre la liste de contacts et compter le ratio gars-fille.
Population cible ? Population observée ? Et comme un élève n'a pas de cellulaire, ça me permet de revenir sur les notions de sous et sur dénombrement, de base de sondage, etc. On prend un petit échantillon aléatoire et on cueille les données. Il n'y a qu'un garçon dans l'échantillon. Représentativité oblige, la notion d'échantillonnage stratifié est suggéré par les élèves.

Troisième hypothèse : Les couples.
On prend comme base de sondage tous les contacts des élèves. J'en fais une liste rapide sur Excel. Chaque élève me donne le nombre de contacts qu'il a sur son cellulaire et on les numérote.
On tire au hasard un échantillon. Même si Excel fait cela rapidement, les élèves voient que ça prend du temps. Et là, o miracle, on tombe sur le numéro de téléphone au travail d'une élève. Oups... retour sur la base de sondage ! Et qu'est-ce qu'on fait si on ne sait pas si la personne est "en couple" ou pas ? Spontanément, les élèves répondent en choeur : ben on l'appelle !!!

Aucun téléphone n'a sonné pendant le cours (faut dire qu'à 8 heures le matin, les gens normaux dorment... enfin, je me comprends), personne n'a joué sur son cellulaire ni envoyé de sms.

Voulez-vous savoir combien de contacts avait la base de sondage ?
Voulez-vous savoir combien de contacts avait la personne qui en avait le moins ?
Les personnes qui en avaient le plus ?
Pensez-y et descendez voir la réponse.











































































La personne qui en avait le moins en avait 13.























Les personnes qui en avaient le plus : 198 et 152.

Quand la première a dit qu'elle avait 198 contacts, la réaction d'une autre n'a pas été la mienne (Comment peut-elle connaître autant de personnes), mais bien :

- Hein ? Ça fait combien de temps que tu as ton cell ?

La liste des contacts de tous les élèves de la classe contenait plus de 1350 noms.
Quand j'ai demandé à chaque élève combien il avait de contacts dans sa liste, certains m'ont regardé avec le regard "tu ne veux pas que je les compte tous ?", ils ont tous trouvé comment le savoir rapidement. C'est peut-être écrit quand on entre dans le menu, je ne sais pas, je ne sais toujours pas où est mon cellulaire...

3 commentaires:

Sylvain a dit...

Très très instructif, ce billet ! :-)
J'adore !

Anonyme a dit...

Super tordu et génial! :-)

Anonyme a dit...

Pouvez-vous communiquer avec moi j'aimerais en savoir plus sur votre expérience de cellulaire pédagogique...
Merci.
Martine Rioux
martine@demarque.com