samedi 3 octobre 2009

Éthique en mathématique

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La démonstration a été faite : pour accroître la motivation de nos étudiants, rien de mieux que de proposer des activités signifiantes. Du concret. Du vrai. De l'utilitaire. Des situations qui atteignent directement les buts scolaires des étudiants sans passer go ni réclamer 200 $.

Plus de la moitié de mes étudiants se dirigent en sciences de la santé : médecine, chirurgie, médecine dentaire, pharmacie, radiologie, alouette.

Donc... je leur ai concocté un problème sur mesure...
... y a pas que les profs de philo qui ont le droit de parler d'éthique !



Amusez-vous :

Dans une région pourtant pas si éloignée, pour traiter la maladie rare d’un patient, un médecin « en dépannage » prescrit la prise de 1 c.s. (15 ml) de Nyltamol deux fois par jour pendant 10 jours.

« Ce médicament est très cher, mais vous verrez, il est efficace. Il y a une loi qui oblige les pharmaciens à le vendre au prix coûtant», a dit le médecin en remettant sa prescription.

En effet, chaque cuillérée à soupe de ce médicament coûte 10 $. Elle contient comme ingrédients actifs 6 unités de phényléphrine et 10 unités de paracétamol.

Notre patient se présente chez le seul pharmacien de son village, un être abject et véreux. Ce pharmacien possède trois autres sirops ayant les mêmes ingrédients actifs que le Nyltamol prescrit : le Phényla (prix coûtant : 25 ¢/ml) dont 1 c.s. contient 1 unité de phényléphrine et 3 unités de paracétamol, le Céphé (prix coûtant : 10 ¢/ml) dont 1 c.s. contient 3 unités de phényléphrine et 3 unités de paracétamol et le Cétamo (prix coûtant : 15 ¢/ml) dont 1 c.s. contient 2 unités de phényléphrine et 5 unités de paracétamol. Il n’y a aucune contre-indication à mélanger ces sirops (outre le goût douteux qui en résultera).

Le pharmacien habile propose à notre malade le mélange maison :

« J’ai un autre sirop qui contient les mêmes ingrédients actifs, mais qui au lieu de coûter 10 $ la cuillérée en coûte la moitié. Êtes-vous intéressé ? »

Quel est le profit espéré par le pharmacien avec cette offre ?

11 commentaires:

Gabriel a dit...

Intéressante manière de faire concret et mathématique... et éthique.

Safwan a dit...

Ce problème vient de me rappeler pourquoi j'ai effacé de ma mémoire mes deux années en sciences de la nature au cégep.

Le professeur masqué a dit...

Aucun, parce que moi, j'irais ailleurs, quiite à aller dans un autre village...

Frankie a dit...

Hé ! Ça fait un bout, Miss Math !

Je donnerais 12.5 mL de Phényla mélangé à 37.5 mL de Céphé pour un montant total de 6.88$/c.s. Soit une c.s du premier et trois c.s du dernier réduits à 16,67% chaque pour respecter la quantité d’une c.s du Nyltamol (soit 6 unités de phényléphrine et 10 unités de paracétamol).

10$ - 6.88$ = + 3.12$ dans vos poches !

Malheureusement, avec l’industrie pharmaceutique combinée à la mafia médicale, disons que ces exercices d’optimisation n’avantagent jamais les consommateurs de médicaments …

Sur ce, je vous laisse sur une musique de Kenny G., ayant pour titre : Against Doctor’s Orders :

http://www.youtube.com/watch?v=W5j9frxOo_k

Frankie a dit...

À vrai dire, même pour 4.88$ pour 6 unités de phényléphrine et 10.5 unités de paracétamol on peut être en business : 1 c.s de Céphé et 2 c.s de Cétamo réduite chacune de 25%.

5.00$ - 4.88$ = 0.12$ de profit pour sa deuxième offre?

Missmath a dit...

@Safwan : Je ne doute pas que ces problèmes aussi tordus permettent de développer des passions pour la littérature !


Ah Frankie ! Ça fait longtemps !!!

Eh bien, je pense que le pharmacien pourra faire de bien plus gros profit que 3,12 $.

Peut-être que sur c'est ce Doctor's order qui mène à la solution...


@Professeur masqué : Pour la route.

Frankie a dit...

«Eh bien, je pense que le pharmacien pourra faire de bien plus gros profit que 3,12 $.
»

Disons que ce calcul de 3.12$ (#1)était plutôt dans l'intérêt du patient malade ! hé hé hé

Missmath a dit...

@Frankie : C'est bien ce que je pensais. Mais ici, c'est le pharmacien qui nous paie pour les calculs, alors notre but, c'est de lui maximiser le profit... et d'aller voir le patient pour qu'il nous paie pour minimiser ses coûts. Dans un monde capitaliste et véreux, on devient vite capitaliste et véreux. Yeurk.

@Gabriel : Débat philosophique : À partir de quel pourcentage de profit devient-on véreux ? Y a-t-il des médicaments (donc maladie) sur lesquels il est plus décent de s'enrichir ? Est-il acceptable qu'une profession (pharmacien, dentiste, directeur de pompe funèbre...) tire son revenu uniquement de l'urgence et de la vulnérabilité de ses patients ? Sachant que l'état paie les médicaments distribués à l'hôpital, mais non les médicaments les patients qui ne sont pas hospitalisés, est-ce que la désinstitutionnalisation et le virage ambulatoire deviennent des vecteurs d'injustice sociale ?

Et voilà, d'un problème bien spécifique d'un cours spécifique qui vous remplit assez bien tout le bloc de la formation générale (philo, français, éducation physique).

Missmath a dit...

(Au fait, Frankie, le pharmacien abject n'a jamais dit au patient que son nouveau sirop aurait le même volume que celui que le médecin avait prescrit... Un croche, c'est un croche !)

Frankie a dit...

@ Miss Math

Mais encore faut-il qu'il respecte le protocole 6u/10u (voir mon DEUXIÈME calcul // y’a moyen d’optimiser pour pas cher)... Sinon, ce sont les tribunaux qui l'attendent, et devra avoir toute une défense lorsqu'il se justifiera devant son infâme ordre professionnel !

Safwan a dit...

J'ai terminé mon DEC, en deux ans et avec une cote R respectable. J'ai même commencé en enseignement de la bio... pour finalement retourner à mes premières amours, la littérature. En effet, ce genre de problème a contribué à la chose de même que les problèmes de physique mécanoque impliquant la chasse au chevreuil...lol