lundi 14 juin 2010

Bloom, quand votre coeur fait Bloom

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La pendule fait tic tac tic tic
Les oiseaux du lac flic flac flic flic.


Le grand décideur écoute.


- Graves lacunes en algèbre et en trigonométrie chez les étudiants qui arrivent au collégial.

- Les étudiants qui arrivent au collégial ont du mal à résoudre des situations de problèmes.

- Les étudiants qui arrivent au collégial reproduisent des solutions plutôt que d'essayer de les comprendre.


Pallions à tout cela, a décidé le grand décideur dans sa réforme.

Pallions, pallions, pallions.
Chercheurs, palliez.



Oyez, oyez, dorénavant il y aura en mathématique trois grandes compétences :

C1 - Résoudre une situation de problème.
C2 - Déployer un raisonnement mathématique.
C3 - Communiquer à l'aide du langage mathématique.

On ajoutera quelques heures d'algèbre au début du deuxième cycle et on gardera le même contenu qu'avant, mais on le répartira autrement.


Glou glou glou, font tous les dindons
Et la jolie cloche ding din don.


Pour apprendre à résoudre des situations de problème et à communiquer à l'aide du langage mathématique, l'enseignement magistral n'est d'aucune utilité. On favorisera plutôt les situations d'apprentissage et d'évaluation.

Le vent dans les bois fait hou hou
La biche aux abois fait meh meh.


Ce n'est pas parce qu'ils faisaient la sieste l'après-midi que les petiots d'avant la réforme avaient tant de mal en algèbre et en trigo, qu'ils apprenaient les solutions par coeur, qu'ils ne savaient pas résoudre des situations de problème. Le dernier cycle du secondaire n'a jamais eu en mathématique la réputation d'être une option de tout repos pour les enseignants.

La vaisselle cassée fait fric fric frac
Et les pieds mouillés font flic flic flac


Trop de contenu, pas assez de temps.
Alors, vous pensez qu'ajouter des compétences et laisser le temps aux élèves de construire leurs apprentissages à l'aide de situations de problème vont améliorer les choses ?

Mais Bloom
Quand notre coeur fait Bloom
Tout avec lui dit Bloom
L'oiseau dit Bloom, c'est l'orage
Bloom
L'éclair qui lui fait Bloom
Et le bon Dieu dit Bloom
Dans son fauteuil de nuages.





La taxonomie de Bloom a été dépoussiérée au changement du millénaire. Diable, en même temps que la réforme !

Les six paliers de la cognition.
Et qui dit palier, dit ici interdiction de sauter des marches !

1 - La connaissance, fondamentale au développement de n'importe quelle connaissance. Être capable de répéter, de définir, d'énumérer.

2 - La compréhension. Être capable d'expliquer, de reformuler, d'interpréter, de résumer.

Arrêt.
Marche arrière.
On reprend.

Les étudiants qui arrivent au collégial reproduise des solutions plutôt que d'essayer de les comprendre.

On a donc un problème sur la deuxième marche.
Les spécialistes (enseignants) se plaignent du manque de temps pour passer tout le contenu.
Les étudiants, par instinct de survie, apprennent les solutions par coeur.


Glou glou glou, font tous les dindons
Et la jolie cloche ding din don.


Pour stimuler la motivation des élèves, rien de tel selon les chercheurs que de proposer des activités signifiantes pour les étudiants. Ça tombe bien, car non seulement le taux de décrochage inquiète, mais il serait bien que les élèves sachent résoudre des situations de problème.

3 - L'application. Être capable de calculer, de représenter, de démontrer, de résoudre.

Difficile à réussir quand on ne comprend pas.


[...] l'élaboration des outils d'évaluation ne peut plus se limiter à prélever un échantillon de contenus et/ou d'objectifs spécifiques et opérationnels représentatif de l'univers de référence en termes de contenus ou d'objectifs, mais propose une ou des situations complexes, appartenant à la famille de situations définie par la compétence, qui nécessitera (ont) de la part de l'élève une production elle-même complexe pour résoudre la situation. (DE KETELE, 2001 a ; ROEGIERS, 2004 ; REY, CARETTE, DEFRANCE & KAHN, 2003 ; SCALLON, 2004 ; DE KETELE & GERARD, 2004 ; GERARD, 2005).(1)


4- L'analyse. Être capable de décomposer, de relier, de comparer, de subdiviser.

5- La synthèse. Être capable de généraliser, de concevoir.

6- L'évaluation. Être capable de prédire, de déduire, de défendre.

6b) - La création.


Mais Bloom
Quand notre coeur fait Bloom
Tout avec lui dit Bloom
L'oiseau dit Bloom, c'est l'orage
Bloom
L'éclair qui lui fait Bloom
Et le bon Dieu dit Bloom
Dans son fauteuil de nuages.




Dans mon temps, à l'autre millénaire, voici ce que dans les facultés d'éducation nous apprenions.



Regardez les niveaux scolaires associés aux paliers.

Bien sûr, les jeunes de l'autre millénaire n'avaient pas tous les outils dont nous disposons (théoriquement) aujourd'hui. Bien sûr, se limiter aux deux premiers paliers brime la créativité et est fort démotivant. Bien sûr.

Mais vouloir monter trop vite les paliers crée certainement aussi des haut-le-coeur et des évanouissements.

Et comme si ce n'était pas suffisant, on ajoute une pendule.

La pendule fait tic tac tic tic
Les oiseaux du lac flic flac flic flic.


Évaluation ministérielle : en deux heures, analyser près d'une dizaine de situations de problèmes complexes, déployer un raisonnement mathématique pour les résoudre, communiquer les résultats et émettre des conjectures.

Ça, ça motive et ça stimule la créativité !

Go mon jeune ! Tu connais les mouvements de la brasse, tu comprends que dans l'eau, si tu ne les fais pas, tu te noies, tu as réussi à en faire quelques mètres à la piscine, eh bien pour mesurer le développement de ta compétence (et pour te motiver), tu dois pagayer en canot jusqu'au milieu de la rivière (compétence transversale), là, tu devras faire chavirer le canot (on te laisse trouver comment faire, sois créatif) et tu as 10 minutes pour regagner la rive malgré le courant. Si tu n'y arrives pas, ben c'est simple, tu coules. Go, go, go !


Pffffffffffff...

Ket ar wezenn kaout bleuñv hag avaloù.
(Aucun pommier n'a à la fois des fleurs et des pommes.)










Source de l'image : Formation et e-learning

(1) François-Marie Gérard, L'évaluation des compétences à travers des situations complexes, 2005

8 commentaires:

levieuxkinepensekaçalesmathématiques a dit...

Mais votre amour (d'enseigner) est plus vif que l'éclair
Plus léger qu'un oiseau, qu'une abeille
Et s'il fait Boum, s'il se met en colère
Il entraîne avec lui des merveilles .

Le professeur masqué a dit...

J'ai surveillé un examen de maths de première secondaire. Il faut savoir lire! Quatre documents, un quinzaine de pages! Et une activité problème complexe... Avoir été un élève, j'aurais décroché!

Anonyme a dit...

Pas grave! L'élève au canot sera compétent! Car quand la grille de correction arrive, l'évaluateur voit que si l'élève a pris sa rame dans ses mains, il a C et s'il a fait une toute petite éclaboussure, il n'a pas A. Tout le monde est heureux avec un joli B!

L'élève a B, ça le motive.
La moyenne est de B, l'évaluateur est content.
L'écart type est petit, l'évaluateur est content.
Le taux de réussite est de 100% la direction est contente!

Mais au fond, tout le monde est malheureux, tam di de li de lam, tout le monde est malheureux tam di de li de lam!

Anthony

Missmath a dit...

Hydro-Québec cherche des techniciens qui aiment jouer avec le courant. C'est fou, ils ne trouvent personne et nos classes sont vide.

Je me demande bien pourquoi...

The Dude a dit...

Bon billet !

Gaël PLANTIN a dit...

Trop de contenu, pas assez de temps...

... mais j'ai pris beaucoup de plaisir à ré-écouter Charles TRENET.

Comme quoi, les mauvais élèves trouvent toujours une heuristique pour passer le temps...

;o)

Stéphanie Demers a dit...

Missmath, si tu permets...

La taxonomie de Bloom s'inscrit dans une approche cognitiviste et hiéararchise la complexité des opérations cognitives liées aux connaissances. À ma connaissance [sic], ce n'est pas une prescription d'étapes à suivre, car plusieurs de ces opérations peuvent avoir lieu parallèlement. Cette taxonomie ne peut non plus s'appliquer à l'approche socioconstructiviste, sinon dans la mesure où l'on regarde la seule ressource que constitue la connaissance dans l'ensemble des ressources qui composent une compétence.

Le plus gros du problème, c'est plutôt qu'il s'agit d'une évaluation normative qui ne tient pas compte de la logique d'apprentissage que les élèves ont vécue dans le cadre des 10 derniers mois - c'est en fait comme si on leur demandait de changer de planète pour ce seul examen. Plus on cloisonne l'évaluation comme une fin en soi (réussir un examen de fin d'année standardisé), moins on est en mesure de se prononcer sur les compétences ET les connaissances réellement développées par les élèves.

Missmath a dit...

Stéphanie, nous sommes vraiment dues pour un café !

Les situations de problème proposées par le MELS (je n'ai vu que celles du 4e secondaire) sont magnifiques. De très beaux problèmes que j'aurais aimé imaginer moi-même. En cours d'année, l'élève est aussi appelé à résoudre ce type de problèmes, mais il doit également développer les paliers du dessous (les techniques de résolution, la compréhension, la connaissance).

Le hic, tu le dis bien, c'est l'évaluation normative standardisée qui envoie l'élève sur une nouvelle planète, seul et avec un temps limite pour en revenir avec des résultats. Ils avaient du mal avant uniquement avec la technique de pilotage de l'appareil !

Envoie une équipe en canot, laisse-leur tout le temps qu'il faut pour rentrer et voilà une évaluation formatrice, motivante, créative.

Mais on veut connaître la contribution individuelle, on veut pouvoir noter (de façon chiffrée) le niveau de développement de la compétence de X.

Ça ne tient pas la route.

Et je crains que les conséquences soient graves :

- Comme Anthony le disait, tout le monde sera pelleté en avant, seuls les vraiment incompétents auront la chance de pallier à leurs lacunes en recommençant leur année.

- Les élèves pelletés décrocheront devant les nouveaux défis insurmontables de la suite de leurs apprentissage ou ils se diront qu'en ne faisant pas grand chose, ils réussiront quand même (et alors on se retrouvera avec des élèves qui s'attendent à ne fournir aucun effort et à réussir à la moindre production infime).

- Les enseignants se décourageront en constatant toutes les lacunes à combler pour réussir à développer les compétences particulières de leur cours (ou ils travailleront à s'épuiser pour mettre à niveau les élèves) ou ils s'achèteront une pelle et rentreront dans le système en ne faisant échouer que les plus lamentables.

Le hic arrivera chez nous, au bout de la chaîne de formation où l'on prendra des élèves presque analphabètes et qu'on les enverra sur le marché du travail. Et là encore, dans certains programmes, le moindre échec peut décider de la fermeture des programmes. Alors, on pellettera jusqu'à leur sortie. Mais la compétence ne se chiffre pas en statistique sur le marché du travail, mais en $$. Quand les employeurs constateront que nos étudiants sont incompétents, ils auront leurs propres programmes de formation et feront fi des diplômes de nos écoles.

Et ça, ce sera très grave. Pas parce que les entreprises ne peuvent pas donner une formation adéquate, au contraire. Parce que l'entreprise ne vise que le profit et sa formation ne sera qu'utilitaire (ce qui fera bien l'affaire des apprentis). L'avantage de l'école, ce n'est pas tant la formation spécifique, source principale de motivation des étudiants, mais la formation générale (cours de français, de philosophie, de langue seconde, d'éducation physique) qu'elle impose.