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Oh Philomène, que t'attendras longtemps

Cela mérite réflexion...

Le programme en question a comme préalable d'entrée la réussite des cours de mathématique TS4 ou SN4 ou leurs équivalents.  

Pour l'élève qui a son diplôme d'études secondaires sans ces cours, le Cégep offre un cours dit de mise à niveau.  Essentiellement, on offre aux élèves ayant choisi un profil mathématique plus culturel et social (dans les faits les élèves plus faibles en mathématique) l'équivalent des mathématiques offertes au profil scientifique.  Mais plutôt que les apprentissages s'échelonnent sur toute une année, on règle ça en 15 semaines.  Beaucoup d'algèbre, de la factorisation, de l'analyse de fonctions polynomiales, racine carrée, exponentielles, logarithmiques, définies par parties, de la géométrie analytique (distance point-droite, coordonnées d'un point de partage, position relative de deux droites).

En réussissant ce cours de mise à niveau, plein de portes s'ouvrent à l'élève, dont celle du programme en question.

Or dans ce programme en question, il y a très très peu d'algèbre, absolument pas de factorisation, aucune analyse de fonctions qu'elles soient polynomiales, racine carrée, exponentielles, logarithmiques et encore moins définies par parties, peu voire pas de géométrie analytique, la géométrie euclidienne lui étant préférée.

En fait, dans ce programme en question, ce sont les bases de mathématique vues au primaire et au premier cycle du secondaire qui sont sollicitées.

Alors... pourquoi exiger un TS4 ou un SN4 ?

Philomène a décidé de réorienter sa carrière et de s'inscrire dans le programme en question.

Philomène n'a pas 17 ans, comme nos jeunes étudiants.

Non, Philomène a près de 30 ans, elle a une maison, une petite fille, elle a un diplôme universitaire, elle travaille comme comptable dans une entreprise.  Mais Philomène est malheureuse.  Avec son conjoint, elle a analysé sa situation financière (après tout, elle est diplômée pour faire ça) et le couple a décidé qu'en se serrant la ceinture, la petite famille arriverait à s'organiser si elle retournait aux études.

Le hic, c'est que Philomène n'a pas le préalable TS4 ni le SN4.

On lui propose de s'inscrire dans le cours de mise à niveau pour lui permettre d'obtenir le préalable.  Cela repoussera son entrée dans le programme de ses rêves d'un an.

Par légitime défense, Philomène ressort les plans de cours de ses derniers cours de mathématique.  Des cours universitaires de statistiques, de gestion.  Rien à voir avec l'algèbre, la factorisation, l'analyse de fonctions, la géométrie analytique.  Rien à voir avec TS4 ni SN4.  La demande d'équivalence doit être refusée.

Il faut avoir une volonté de fer pour factoriser 4x² + 8x + 3 et résoudre ln(x+2)+ ln(5-x) = 3 pendant toute une session alors que l'on rêve de calculer des m² et des longueurs, d'autant que la vie nous a appris que cette algèbre est bien plus une épreuve de sélection qu'une nécessité.

Alors... est-ce donc pour faire du clivage qu'on exige TS4 ou SN4 ? 


Et si, lorsque l'on dicte ces préalables, on ne pensait qu'aux élèves du secondaire ?

Si c'était une façon de s'assurer que les élèves qui entreront dans ces programmes aient une intelligence logico-mathématique bien développée ?

Le programme dont il est question repose rapidement sur des raisonnements logico-mathématiques.

Voilà.  Tout s'explique.

Ou pas... car se pourrait-il que du moins dans certains programmes, le préalable mathématique soit comme la cote R ? Un instrument de mesure facilitant, mais qui ne mesure pas vraiment ce qu'il devrait mesurer ?


 

Commentaires

Anonyme a dit…
Cette histoire me fait un peu penser à la mienne. Je voulais avoir un BAC en comptabilité. Malheureusement, les universités exigent de réussir un cours de calcul intégral au cégep. Et je ne l'ai jamais eu facile avec l'algèbre; j'aurais pu avoir des cours d'été en secondaire 2 et même en secondaire 5, si je n'avais pas eu de tutorat adapté.

Sachant que 15 semaines de calcul intégral, c'était trop rapide pour moi et que la prof que j'avais refusait systématiquement de nous donner des solutionnaires détaillés (celui du livre ne donnait que la réponse finale, sans explications. Et pour la bonne blague, dans les numéros de démonstration, au lieu de donner un exemple de solution, ça disait, je ne plaisante pas: La démonstration vous est laissée.)

Ce qui fait que même avec du tutorat, j'ai fini avec une note abyssale.

C'est un peu dommage de m'arrêter au DEC pour cette raison (ainsi que pour d'autres raisons personnelles), mais au moins, je préfère ça plutôt que de ne pas avoir réussi mes maths TS de secondaire 5.

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