Là où Missmath dérive et Weby intègre.


Présenté par Blogger.
Aucun message portant le libellé montée de lait. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé montée de lait. Afficher tous les messages

1+1 = 1


Il était une fois, dans une petite école de rang, une institutrice appelée Alice, qui était fort appréciée de ses élèves.

En effet, tous les lundis, elle donnait congé à ses élèves en avant-midi. Les mercredis midi, elle leur offrait un dessert. Les vendredis, l'école se terminait à midi. Rien à voir avec toutes ces institutrices des autres écoles qui, elles, se plaignaient de manquer de temps et d'imagination pour couvrir tout le programme du ministère de l'Instruction publique et qui pour compenser bourraient les enfants de travaux et de devoirs à faire à la maison.

Un jour, Alice tomba malade. On crut d'abord qu'il s'agissait d'un rhume, d'une grippe, mais la toux ne la lâchait pas. Elle annula ses cours pendant deux semaines. Puis, son état de santé se détériora tant qu'elle dut accepter de se faire remplacer : une place l'attendait au sanatorium.

Comme la remplaçante ne pouvait pas arriver avant deux jours, c'est Berthe, une ancienne institutrice qui avait dû arrêter d'enseigner lorsqu'elle s'est mariée, qui prit la place pour une journée.

Avant de partir, comme toute bonne institutrice, Alice avait préparé des séries d'exercices pour ses élèves.

- J'ai vu déjà toute la théorie, elle est bien comprise, voici des exercices qui devraient occuper les enfants le temps que je revienne.

Berthe qui avait longtemps enseigné aux enfants de première année trouva fort étonnant qu'en mathématique, Alice propose des exercices d'addition de fractions fort compliquées. Comment Alice, même en manquant plusieurs jours de classe, avait-elle réussi à enseigner à ses petits des notions si complexes ? Comme Alice était perçue par ses élèves comme une grande savante, Berthe se mit à douter d'elle-même.

- Comment se fait-il que mes élèves avaient tant de difficulté à apprendre à additionner des fractions ? Comment se fait-il que je devais passer tant de semaines sur ce concept, alors que Alice arrive à leur faire faire des exercices aussi difficiles que
2/5 + 3/7 + 1/2 ? Comment trouver le dénominateur commun de ces trois fractions sans savoir multiplier ?

Berthe se présenta en classe sans trop d'assurance ce mercredi matin-là.

- Bonjour Madame, quel dessert nous apportez-vous ?

- Est-ce qu'on pourra partir tôt ce soir, les grandes classes font un tournoi de billes et on aimerait pouvoir y assister ?

Berthe leur demanda s'ils avaient bien compris leur leçon de mathématique.

- Oui !

- J'aimerais tout de même réviser la chose avant de vous laisser faire des exercices, si vous le voulez bien.

- On préférerait faire tout de suite les exercices.

- Ah bon... mais quand même, je crois que vous avez vu cela très rapidement. Vous savez, d'habitude, les enfants de votre âge trouvent ces problèmes très difficiles.

(Silence.)

- Révisons quand même. Alors, pour additionner des fractions, il faut d'abord trouver un dénominateur commun. Par exemple, si vous faites 1/2 + 1 /8, eh bien 1/2, c'est équivalent à 4/8... Votre manque d'attention me laisse deviner que cela vous ennuie. Préférez-vous que je vous laisse faire des exercices ?

- OUI !!!

- Très bien : exercices !

- Madame, si c'est une période d'exercices, est-ce qu'on peut aller voir le tournoi de billes ?

- Faites-moi un seul exercice et vous pourrez y aller.

- Moi, Madame, je ne suis pas certaine de comprendre l'addition de fractions. Je ne comprends pas cet exercice 2/5 + 5/8 - 1/7.

Berthe se sentit désemparée. Comment expliquer comment trouver le dénominateur commun de ce problème à une enfant qui, théoriquement, ne sait pas encore multiplier ?

- Écoute, montre-moi tes notes de cours que je vois comment Alice a fait ces additions avec vous et je pourrai mieux t'expliquer.

C'est alors que Berthe lut dans le cahier de notes :

1/2 + 3/4 = 4/6
1/5 + 9/11 = 10/16
25/14 - 21/2 = 4/16


Diable... que faire ?


Berthe ne put évidement pas endosser cette procédure. Elle commença à expliquer à l'enfant qu'il faut trouver un dénominateur commun, que par exemple, 1/2 + 1/4, eh bien 1/2, c'est l'équivalent de 2/4. Elle était sur le bord d'exploser.

- Lorsque l'on mange la moitié d'une tarte, c'est équivalent à manger les deux morceaux d'une tarte que l'on a partagée en 4 parts. Si on ajoute une autre part, donc un quart de plus à cette moitié de tarte, eh bien, on a mangé les 3/4 de la tarte, pas 1/6 ! De toute façon, 1/6, c'est plus petit que 1/2. Donc si, à 1/2, on ajoute 1/4, il est impossible que l'on se retrouve avec moins d'une demi !

Voilà que certains y virent le sens de l'opération.
D'autres furent sous le choc de constater à quel point Berthe s'indignait en expliquant les failles de la méthode de Alice.

- Expliquez-nous !, réclamèrent soudain quelques élèves.

- Oui, expliquez-nous avec un de nos exercices.

...

Berthe fit de son mieux.
Plusieurs élèves profitèrent de son inattention pour sortir de la classe et aller voir le tournoi de billes. Les autres restèrent assis pantois. Les propos de Berthe leur paraissaient logiques, mais la procédure était si complexe qu'ils n'en suivaient rien...

Puis, tous se dirent que c'est Alice qui rédigera l'examen. C'est Alice qui le corrigera. C'est Alice qui enverra la note d'évaluation qu'elle aura déterminée au Ministère. Alors, aussi bien choisir la méthode d'Alice qui est tellement plus simple ! Et puis, cette méthode ne pouvait pas être fausse, puisque lors du dernier examen, les élèves avaient tous eu 3/3 pour le numéro un, 4/4 pour le numéro deux et 3/3 pour le numéro trois.
Au total, tous avaient eu 3/3 + 4/4 + 3/3 = 10/10.

Et vous savez, Alice a eu pendant des années le plus haut taux de réussite de la province.
Le ministre de l'Instruction publique l'a même, cette année-là, désignée institutrice de l'année !


Vous vous demandez peut-être comment s'est débrouillé la remplaçante officielle, celle qui arrivait le deuxième jour ? En bien, les parents l'ont renvoyée. Ses méthodes étaient beaucoup trop difficiles, elle était beaucoup trop sévère et les enfants ne l'aimaient. Les enfants se sont alors retrouvées sans institutrice pendant un mois, puis Alice est revenue et elle a affirmé avoir réussi à rattraper le programme avant la fin de l'année, la preuve étant que tous ses élèves ont très bien réussi leur année, pour la plus grand joie des parents et du Ministère.

Tutorat en mathématique

La situation est tout à fait fascinante.

Présentons le parallèle :

Mon meilleur ami, un très riche ingénieur, s'est offert lorsqu'il était adolescent un cancer de la glande thyroïde. L'an dernier, lors d'une visite médicale de routine, son médecin découvre une masse étrange et lui demande d'aller faire des tests afin de connaître la nature de la chose. Il prend donc un rendez-vous d'urgence à l'hôpital, rendez-vous qu'il obtient trois mois plus tard. Entre temps, il capote et je capote encore plus. Trois mois, c'est long quand on a affaire à des fonctions exponentielles.

- Pourquoi tu n'irais pas au privé ? Sur leur site, la clinique qui n'est pas loin de chez toi dit que tu pourrais avoir ton rendez-vous cette semaine.

Être riche et malade, vous y penseriez, vous, aux cliniques privés ?


Revenons à nos moutons.

Connaissez-vous S.O.S. Études ? Il s'agit d'un service de soutien scolaire né en Outaouais et qui a désormais des succursales un peu partout au Québec, preuve de sa popularité. Des tuteurs, des enseignants, des orthopédagogues peuvent y aider les jeunes du primaire, secondaire collégial dans leurs études. Une espèce de clinique scolaire privée quand le système public de nos écoles ne fournit pas assez rapidement ou assez efficacement. Notre chère Marielle Potvin décrit bien dans une entrevue la frustration devant l'inefficacité qu'elle vivait dans la structure publique et pourquoi elle encourage les parents à consulter des spécialistes rapidement, jusqu'à consulter dans le secteur privé, pour régler le plus rapidement possible des problèmes d'apprentissage.

Encore faut-il en avoir les moyens...
Jessica Triser qui vient d'une famille modeste trainera donc plus longtemps que le riche Jean sa difficulté à distinguer les "b" des "d". À son école, l'orthopédagogeu est disponible pour 15 élèves les lundis seulement de 10 h 03 à 11 h 37.

Là où l'affaire devient encore plus inquiétante, c'est lorsque S.O.S. Études remplit pendant plusieurs fins de semaine de nombreuses classes pour, non pas faire de l'encadrement, mais préparer les jeunes du primaire à réussir les tests d'entrée des écoles privées ou des programmes contingentés (je pense entre autres au programme d'études internationales). On dit même que sans cette préparation les chances de réussir les tests d'entrée sont presque nulles. La formation générale de nos écoles ne seraient donc pas suffisantes pour donner accès aux programmes d'élites ?

Pauvre Jessica Triser qui ne vient pas d'une famille fortunée, elle n'a pas droit à cela...

En plus de S.O.S. Études, la demande de tuteurs, particulièrement en mathématique, dépasse largement la demande. Mes étudiants en éducation arrivent bien avant d'avoir obtenu leur diplôme et la permission d'enseigner à facilement remplir leurs agendas en tutorat (et en suppléance) et ils demandent et obtiennent facilement un tarif horaire qui dépasse celui que mon employeur m'offre malgré mes qualifications de plafonnée de l'échelle salariale lorsque je remplace un collègue. Et je peux affirmer qu'il existe des professeurs qui préfèrent accueillir des élèves, parfois 4 élèves à la fois, plusieurs soirs par semaine pour les encadrer plutôt que de faire des heures de bénévolat pour aider leurs propres classes. Les parents paient, parce que c'est de l'avenir de leurs enfants dont il est question, parce qu'ils voient bien que leurs enfants ne reçoivent pas l'encadrement ni le suivi nécessaire en classe et qu'il constate que l'enseignant ne chôme pas et arrive même à faire des miracles dans les 32,5 heures pour lesquelles il reçoit salaire.

Pauvre Jessica Triser qui ne vient pas d'une famille fortunée, elle n'a pas droit à cela...

Il n'en demeure pas moins que cette forte demande n'est pas normale. L'école devrait pouvoir avoir assez de ressource pour offrir tous les services efficacement, l'école devrait être gratuite et permettre à tous, Jessica Triser comprise, d'avoir les mêmes avantages. La réussite ne doit pas être que l'affaire des riches ou de ceux qui ont de parents prêts à faire de grands sacrifices pour payer des services privés à leurs enfants, mais l'affaire de tous. C'est une question d'équité et de justice sociale.

Et il devrait en être de même pour l'accès à un ordinateur et à Internet, pour l'accès aux musées et aux salles de spectacle...

Mais on n'en aura jamais les moyens !

Cela dépend. Et si on donnait à Jessica qui en profitera ce que Jean Nérien-Assiré et tous ses champions gaspillent ?

Après tout, contrairement aux urgences en santé, l'éducation n'est pas une question de vie ou de mort. C'est simplement une question d'avenir. Et dans notre société myope, l'avenir nous préoccupe que lorsqu'il est passé.

Pessimiste




Il m'arrive souvent de faire des montées de lait. C'est sain.
Mais de grosses colères, cela m'arrive très rarement. Très très rarement.

La première fois, c'est quand on m'a consultée pour le devoir de mathématique d'une fillette de 5e année du primaire (10 ans). Ses parents et elle n'arrivaient pas à résoudre un problème. "Ah... la Réforme !" Je me souviens de ce problème :

Nicolas veut acheter des stylos rouges, noirs et bleus. S'il achète 5 rouges, 9 noirs et 8 bleus, ça lui coûtera 39,50 $. S'il en prend plutôt 7 rouges, 5 noirs et 3 bleus, ça lui coûtera 25,75 $ et s'il préfère acheter 4 rouges, 3 noirs et 5 bleus, ça lui coûtera 20,75 $. Quel est le prix à l'unité de chaque sorte de stylos ?

Mais quel beau système d'équations linéaires ! Trois équations, trois inconnus, on ne sait plus quelle méthode choisir pour résoudre cela dans la joie et l'allégresse !

Le hic, c'est qu'à 9 ans, une personne qui pose x comme étant le nombre de stylos rouges perd toute crédibilité. À 9 ans, x n'est pas un nombre, c'est une lettre. Une lettre forme les mots, pas les nombres.

Que faire ?

C'est bien beau de lancer un enfant dans une rivière pour qu'il apprenne à nager par lui-même, mais de le lancer dans la rivière à partir d'un pont, au-dessus des rapides en lui disant d'attraper la ligne de haute tension qui pendouille s'il a un problème, c'est peut-être pas la meilleure façon d'y arriver.

Que faire ?

En bonne poire, je me suis dit qu'il devait y avoir un truc, une façon toute bête que je ne voyais pas, comme mes étudiants de calcul avancé qui trouve l'aire d'un triangle à l'aide d'une intégrale double (ben quoi, ils seront tous ingénieurs après, alors il faut bien que je me moque d'eux un peu avant !) Pas trouvé le truc. Honte.

Le lendemain, j'apprends la solution.

Citation de l'enseignante : "Oh, il n'y a pas de façon particulière, l'enfant essaie des valeurs jusqu'à ce qu'il trouve la réponse."

Expliquer ici que des nombres comme 25,75 $ complexifient le problème, qu'un système de deux équations à deux variables aurait suffi ou même qu'un système avec des solutions plus faciles à déduire auraient été plus profitables est impensable. Gifler est illégal.


Le pessimiste :
- Décidément, ça ne peut aller plus mal !


La deuxième fois est arrivée il y a trois semaines. Weby m'appelle :

JE NE COMPRENDS RIEN EN MATHS GRRRRRRRRRRRR...

Weby, troisième secondaire, parle l'ado, un langage primitif particulier caractérisé par des grognements et des cris.

Le sujet : Les règles de correspondance.

- À quoi ça sert de trouver la règle de correspondance si on a déjà le graphique ou le tableau de points ?

Jolie question. Une brève réponse l'éclaire, elle continue son travail.

- C'est quoi un taux ?

Euh... j'appréhende la suite.

- Un taux de quoi ?

- Un TAUX Grrrrrrrrr.

- Un taux d'intérêt, un taux de change, un taux d'inflation, un taux de chômage ?

(Je suis de mauvaise foi, je le sais, mais c'est pour gagner du temps avant de m'évanouir quand elle me dira un taux de variation !)

- Je le sais-tu moi ? Un taux. Ils demandent le taux de la fonction.

- Montre-moi tes notes de cours, on devrait trouver ça dedans.

Pensez-vous ! Notes de cours de Weby sur le sujet. Une feuille de cartable sur laquelle on peut lire :

- x est la variable indépendante, y la variable dépendante.
- une fonction, test de la droite.
- Domaine
- Représentation graphique. Le plan cartésien.
- Des fonctions particulières :
- Directement proportionnelle : y = ax (avec un graphique).
- Fonction ... (j'ai oublié le nouveau nom de notre bonne vieille fonction affine... ce n'est pas à variation constante, fonction partielle ???), enfin y = ax + b (avec un graphique).
- Fonction inversement proportionnelle : y = a/x ou xy = a avec un graphique.

Impressionnant ! Tout ça, sur quelques lignes.

Le devoir de Weby est un mélange exotique de toutes ces notions. De la description de la course d'une athlète de biathlon aux problèmes de proportionnalité directe et inverse (Maurice et Roland peignent un mur en 45 minutes, combien de temps leur faudra-t-il si Jean venait les aider ?) en passant par les proportionnalités mixtes (un ballon de foot de 5,5 litres à gonfler jusqu'à une pression de 0,8 bar avec une pompe ayant un volume de 250 ml et un pression de 100 kPa). Qu'il se lève celui qui croit qu'on ne fait rien au secondaire ! Puis les grognements reviennent.

- Grrrrrr, rrrrrrraaaaa, j'comprends rien !

- Qu'est-ce qu'il y a.

- Lors de son achat, une voiture valait 22000 $. Après un an, elle ne vaut plus que 16 500 $. Après deux ans, 12 700 $. Après 3 ans, 10000 $. Le graphique ci-contre donne la valeur de la voiture les 10 premières années. Trouver la valeur de la voiture après 12 ans.

...

- Ça ne peut pas être directement proportionnelle, parce que ça ne ressemble pas au graphique, j'ai essayé l'autre, ça me donne dans le moins même quand je change les points et quand je fais inversement proportionnel, j'arrive à 22000*0 = 0. Bouhouhouhouhouhou, ça ne marche pas, je ne comprends rien. Le graphique qui lui ressemble le plus, c'est inversement proportionnel, mais grrrrrr je ne comprends pas.

Que voulez-vous répondre à cela ? Viens, je vais te parler de la fonction rationnelle et de la fonction exponentielle en passant par la modélisation ?
On a prévu une hécatombe en troisième secondaire ? On va l'avoir !

La solution : rager comme une ado. GGGGGRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR.


Le pessimiste :
- Décidément, ça ne peut aller plus mal !



Jamais deux sans trois.

Sandra, deuxième année du premier cycle du secondaire. Elle connaît un peu de géométrie, le théorème de Pythagore, les triangles semblables, quelques notions d'algèbre. Si peu.

Son devoir : Dans la figure ci-dessous, la longueur de la corde unissant les deux poteaux est minimale lorsque l'angle représenté est de 90°. Cela se produit à deux endroits. Montrer que la longueur est minimale lorsque l'angle droit est le plus rapproché du petit côté.




La preuve analytique est assez jolie, pour une matheuse, mais elle est hors de portée d'une jeune de 12 ans. Racines carrés, quadratique, construction d'une démonstration à partir d'une inéquation. Pour être honnête, je n'ai pas trouvé encore la manière de démontrer la chose avec les triangles semblables. Mon collègue Louis essaie de son côté en y insérant un cercle ayant les portions de corde comme normales, une idée d'ingénieur ça ! Mais on n'arrive pas à trouver le chaînon manquant. Et on est loin du chaînon qui serait de niveau secondaire 2 c'est-à-dire ayant peu d'algèbre et aucun rapport trigonométrique autre que ceux établis dans des triangles semblables.

Alors, je lance un appel à tous, car, même si nous ne nous sommes pas encore avoué vaincus, on a peu d'espoir de réussir.


Le pessimiste :
- Décidément, ça ne peut aller plus mal !



Comme on n'a tout de même pas juste ça à faire en cette fin de session, on a demandé à Sandra de demander à son prof comment résoudre le problème. Son prof lui a dit le plus simplement du monde :

"Bof, si tu n'arrives pas à le faire, laisse-le faire."

C'est parce que tu l'as donné en devoir !



En tout cas, contrairement à nous, les jeunes de la réforme ne seront pas déstabilisés par la recherche de solutions par essais erreurs, chose qui était considérée comme de l'imbécillité dans mon jeune temps. Ils n'auront pas peur des problèmes qui les dépassent... On essaie un peu, puis on laisse faire, de toute façon, ces problèmes, il y a personne qui trouve la solution. Même pas les parents. Même pas les profs.



Le pessimiste :
- Décidément, ça ne peut aller plus mal !

L'optimiste :
- Mais si ! Mais si !








Image : Caliméro est un personnage de Tony Pagot.

Citation de Michel Chrestien



__________________________________________

La solution (légèrement corrigée) au problème de Sandra soumise ici par Mac Gyver en commentaire.
Merci encore !



Ce qui est terrible avec les mathématiques, c'est qu'une fois que l'on voit la solution, le problème devient tellement simple et évident !

Apprentissage fractal



Est-il normal qu'une matheuse soit cartésienne ? Je ne le sais pas.

J'avoue qu'avec l'expérience, je le suis de moins en moins dans la préparation de mes cours. Je ne crache pas sur cette idée d'éducation fractale que résume bien Gaël Plantin, mais franchement, entre fractal et chaos, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir !

Weby s'arrache les cheveux dans son cours de mathématique. La calvitie n'étant pas trop à la mode chez nos ados, elle met son orgueil de côté et vient me parler maths.

"Je ne comprends rien."

Je regarde ses notes de cours. Deux pages manuscrites seulement. Les photocopies sont rationnées au secondaire. Elle a recopié des graphiques minuscules, quelques noms, quelques équations.

Brièvement, elle savait déjà placer des points sur un graphique cartésien, maintenant, on lui donne un tableau de valeurs et elle doit déduire l'équation de la fonction. Évidemment, on lui dit ce qu'est une fonction, une fonction c'est un graphique pour lequel une droite verticale ne coupe pas plus qu'un point. Ouf... vive la rigueur ! Sans doute pour l'aider à comprendre le concept, on lui a présenté les fonctions y = ax, y = ax + b et y = 1/x, visiblement sans lui parler de leurs caractéristiques.

Ses questions sont pertinentes et démontrent bien qu'elle n'a eu qu'un survol de cette matière.

- À quoi ça sert de trouver l'équation de la fonction quand on a son graphique qui indique ce que l'on cherche ?

- À quoi ça sert de trouver l'équation de la fonction quand on a un tableau de valeurs ?

- À quoi ça sert de trouver l'équation de la fonction quand ce que l'on cherche peut être trouvé avec la règle de trois ?

Je me dis que les fonctions présentées devaient simplement être des exemples pour illustrer l'usage des fonctions que Weby a manqué et je la laisse finir son devoir.

- Comment on fait pour calculer un taux ?

- Le taux de quoi ?

- Ben le taux.

- Euh... tu le veux en % ou en unité ?

- Arrrrggg, laisse-faire, je pense qu'on soustrait les x puis on divise par les y.

- HOUHOUHOUHOUHOU... ok, ce que tu cherches, c'est le taux de variation. Laisse-moi t'expliquer ce qu'il signifie pour que tu te souviennes de la procédure pour le trouver ce taux.

Dans ma petite tête, je commence à perdre mes repères, la suite diverge, la fractale se dessine. Comment peut-on avoir vu si rapidement les notions de fonctions, les fonctions du premier degré, la notion de taux de variation et espérer que cela soit compris si rapidement et sans exercices progressifs ? La fractale. On touche à tout, en même temps. Faut que je m'y fasse, je suis trop cartésienne.

Je la laisse continuer. La mâchoire un peu plus crispée, mais la voix reste normale.

Dernier exercice.

Il s'agit de divers contextes, on donne des tableaux de valeurs et on demande des taux, des équations, des images... Weby se débrouille plutôt bien, jusqu'au dernier.

- Grrrrrrr, c'est impossible. Grrrrrrrr, ça ne marche pas non plus.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- J'ai essayé de trouver la valeur avec le taux, mais j'ai un moins, alors ça ne se peut pas. Si je le fais avec un produit croisé, ça ne se peut pas non plus. Si je regarde la forme du graphique, ça ressemble à inversement proportionnel, mais la calculatrice dit "erreur". Je ne comprends rien.

Je lis le problème :

Paul a acheté une voiture 22000 $, après un an, sa voiture vaut 17 500 $, après deux ans, elle ne vaut plus que 14 000 $, après trois ans 11 000 $ et ainsi de suite, on donne les valeurs de la voiture pendant les 10 premières années. La question : quelle est la valeur de la voiture après 12 ans.

J'ai hurlé. Très fort. L'éducation fractale, je veux bien, mais il ne faudrait pas exagérer. À force de tourner autour du pot, on s'étourdit sans jamais toucher à la chose. Quel est le but du MELS avec cet exercice ? Faire réaliser aux jeunes qu'il existe d'autres types de fonctions que celles énumérées ? Hello ! De cet exercice, le jeune ne comprend qu'une chose, c'est qu'il ne comprend rien et qu'il est incapable de réussir.

Au début de l'année scolaire, l'enseignante de Weby a averti tous ses élèves que les mathématiques de la troisième année du secondaire étaient très difficiles et que s'ils échouent, ils se fermeront bien des portes... Un problème de dépréciation laissé en devoir après avoir initié en quelques jours les jeunes aux concepts et notion de fonction, de fonctions à variation directe et inverse, de fonction à variation constante, de taux de variation, c'est la preuve ultime que l'intention cachée est de fabriquer des mathophobes et de créer des traumatismes importants par rapport aux mathématiques.

- La réponse est 1400 $, je vais te faire la solution moi-même. Je suis certaine que même ton prof n'arriverait pas à le faire. Pffffff, et si elle n'est pas contente, tu lui donneras mon numéro de téléphone, qu'elle m'appelle ! Tu lui diras que j'aimerais ça discuter avec elle de mathématique et de pédagogie.

- Je préfère ne pas le faire. Je vais le laisser blanc, de toute façon, elle ne ramasse jamais les devoirs. Parfois, on les corrige en classe, mais en général, on ne fait rien avec.

GGGGGGGGGGGGRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR



Le lendemain, aux informations, on s'étonnait que le taux de réussite aux examens du MELS en mathématique dans la région était aussi bas que 15,6%... le taux de réussite provincial étant de 68 %.

Personnellement, je m'étonne qu'on s'étonne.

Parents hélicoptères

On en voit de plus en plus dans les journaux.



Y a-t-il quelqu'un qui pourrait leur dire que même les plus caves finissent par aller au secondaire ?

Par la même occasion, peut-on dire aux garderies et aux maternelles que pour qu'il y ait graduation, il doit y avoir grade ?




Source : Le Bulletin, mercredi 18 juin 2008
, p.8

Tomber dans les pommes

Vous vous souvenez que la chanson qui me fait sourire depuis quelques semaines ?



Lundi, les Macbook pro sont arrivés.
Jean-François a le sien. Il l'aime, le chérit, nous taquine.
Les iMacs ne sont pas arrivés.
Nous sommes trois à les attendre impatiemment. André, Raymond et moi. Depuis que nous avons commandé, quand on se croise, on se dit que peut-être qu'ils arriveront demain. On se parle de Fusion, de baladodiffusion, on a hâte.

Lundi, Raymond est arrivé à l'école furieux : Apple vient de lancer un nouveau iMac. On n'a pas encore reçu le nôtre, que déjà il est dépassé et que pour le prix que nous avons payé, nous pouvons avoir le nouveau modèle.

- Qu'est-ce que vous en pensez ?
- On se tient ! Pas question d'avoir un rabais, ni cet ordinateur, on veut le nouveau !
- Peut-être que les iMacs ne sont pas arrivés car on nous enverra les nouveaux modèles ?"

(Ce qu'on peut être naïfs quand on est amoureux !)

Mercredi, l'acheteuse nous appelle : les iMacs sont arrivés. Ce sont les vieux modèles. Évidemment.

On tente de rejoindre Apple, pas de retour d'appel.

Quand on se croise, André, Raymond et moi, on rage.

Pour rajouter de l'huile sur le feu, Nicolas nous raconte ses déboires avec le service à la clientèle de Apple qui refuse de reprendre son Macbook pro qui a un pixel rebelle.

Cette semaine, nous avons une formation offerte par Apple. On discute de notre problème avec les représentants de la compagnie qui évidemment n'y peuvent rien. Et voici ce qu'ils nous disent :

"Depuis le retour de Steve Jobs, même nous, les employés de Apple, n'apprenons la sortie des nouveaux produits d'Apple qu'une heure avant leur sortie officielle."

Enfin, j'ai bien hâte de voir comment cette histoire va se terminer... mais en attendant, mon iMac reste dans sa boîte et Yael Naim ne me fait plus le même effet.

À suivre.


Arrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrgggggg

Si vous croyez que ce billet portera sur la neige, vous me connaissez mal. J'adore la neige et cette année, je ne crains rien pour mes plantes qui sont bien au chaud enterrées sous plus d'un mètre de neige. Non, je n'ai pas de souffleuse, j'ai la chance d'avoir plus écologique !



Non, ce n'est pas la neige qui me fait descendre tous les saints du ciel, c'est le ... de changement d'heure qu'on nous impose encore cette année juste après la semaine de relâche, quand le naturel est revenu au galop, c'est-à-dire quand il est tout à fait possible de vivre décalée de quelques fuseaux horaires, les pieds dans la neige, mais au rythme de Bora Bora.

Première question : Pourquoi l'heure d'été ?
Pour économiser de l'énergie.
Euh... Il me semble que demain, quand je devrai allumer pour ne pas trébucher dans mon bordel, quand le soleil encore couché le chanceux n'aura pas commencé son quart de chauffage, me semble que nous consommerons plus d'énergie, non ?
C'est demain soir que nous y gagnerons ?
Ah... euh... comment ça ?
On allumera une heure de moins.
Ah... mais à quoi ça sert si le matin on allume une heure de plus ?

C'est de la mauvaise foi...

Pfffff...

Des études récentes de OMS démontrent une augmentation significative des cas de cancers chez les travailleurs nocturnes par rapport aux travailleurs de jour. Pourquoi alors faire en sorte que nous allions au lit encore plus tard en nous enlevant une heure ?

Pfffff... tu n'as qu'à te coucher tôt.
Ben oui ! Les couche-tard vous empêchent-ils d'aller au lit quand la beauté de la nuit commence ? Non. Alors laissez-nous dormir tranquilles le matin comme on sait le faire quand vous dormez le soir.



En 1928, on changeait l'heure la première fin de semaine de mai. Voilà qui était acceptable. Avant 2007, le changement d'heure se faisait plus tard, première fin de semaine d'avril, si ma mémoire m'est fidèle. (On sait que le cerveau fait des efforts pour chasser les mauvais souvenirs !) Mais maintenant, franchement ! Qui osera dire enfin haut et fort que l'heure d'été en mars, en plein hiver, c'est aussi ridicule que le Noël du campeur en juillet ? Allumez, il ne fera pas plus chaud plus vite et si vous êtes tannés de l'hiver, allez dans le sud et arrêtez de nous embêter, nous qui aimons nos arpents de neige et l'heure normale !

L'an dernier, j'ai osé un article dans une revue importante qui hélas n'existe plus pour des raisons toutes aussi évidentes que ridicules. Je vous en copie un extrait :


Si le rythme circadien dure environ 24,2 heures chez les adultes (rassurez-vous, la lumière nous permet de négliger le 12 minutes en trop), des recherches ont démontré que ce cycle s’étire sur 26 ou même 30 heures chez les personnes de 12 et 19 ans. Le jeune doit donc combattre son manque de synchronisme avec les horaires imposés. Difficile de l’envoyer au lit ? C’est normal ! Difficile de le réveiller le matin ? C’est normal ! Il a au moins 2 heures de décalage horaire sur nous !

Tout cela, c’est la faute à la mélatonine. Cette hormone qui fait que « l’endormitoire » nous prend quand le jour se couche, s’élèverait plus lentement chez les adolescents, décalant ainsi leur besoin de dormir. Et, quand vient le soir, tant à regarder le plafond, aussi bien naviguer sur Internet ! Leur problème, c’est que le matin arrive trop vite ! Les jeunes âgés entre 17 et 19 ans dorment en moyenne 7 heures par nuit (25 % dormirait 6,5 heures ou moins4) alors qu’ils ont besoin de plus de 9 heures de sommeil. Résultat : Les étudiants n’arrivent plus à performer et somnolent pendant le jour. Bien sûr, certains jeunes compensent la fin de semaine en dormant jusqu’à midi. Or, non seulement ça ne suffit pas, mais en plus, ça les replace dans leur rythme naturel (c’est comme passer d’un fuseau horaire à un autre tous les 4 jours).

Odile Lapierre, psychiatre et chercheure à l’Université de Montréal note que les jeunes adultes et les personnes âgées constituent les deux groupes d’âge se plaignant le plus de somnolence pendant la journée. Habituellement, la période de somnolence maximale arrive au beau milieu de la nuit (quand on dort), puis il y a une baisse de vigilance un demi cycle plus tard (à l’heure de la sieste de l’après-midi ou du besoin de chocolat). Mais lorsque le rythme circadien est perturbé, la somnolence maximale peut arriver en plein jour et, à moins d’être stimulé, on ne peut tout simplement pas résister à la tentation de s’endormir. C’est d’ailleurs ce qui se produira lorsque la personne assistera à des activités considérées soporifiques (lire, regarder la télévision, assister à une conférence…à un cours magistral ???). Un sondage démontre que chez 60 à 70 % des adolescents le niveau de somnolence est maximal entre 8 h et 10 h le matin.

Pour aider les jeunes, de plus en plus de chercheurs dont Mary Carskadon (Brown Universtity) et Luc Laberge (UdM) soutiennent qu’au secondaire et au collégial, les cours ne devraient pas commencer avant 10 heures.


Je crains que ce billet ne change pas les choses, alors soyez prudents sur les routes cette semaine, puisque, à cause du changement d'heure, il y aura une augmentation de 7 % des risques d'accidents et ce, sans compter l'augmentation provoquée par les conditions de route et la neige.

Transversalité exagérée

Le manque de nourriture et la réduction de leur habitat naturel sont probablement les facteurs qui nuisent le plus à la survie des espèces animales. Les animaux blessés ou tués, que ce soit par des prédateurs ou par l'activité humaine, laissent des orphelins qui ne peuvent survivre seuls. Comment peux-tu améliorer la situation de ces animaux menacés ?

Partie 1 : Recherche sur 5 espèces animales (nom, milieu, habitudes alimentaires).
Partie 2 : Plan du refuge
Partie 3 : Construction de la maquette de l'abri d'une espèce.


Quel beau projet de biologie, n'est-ce pas ?

Eh bien non ! Il s'agit de l'évaluation de Weby en mathématique.

Évaluation.
En mathématique.

Weby, je ne crois pas que la marmotte soit un animal menacé et dans son milieu naturel, tu as oublié de mentionner les autoroutes.

Elle ne me trouve pas drôle. Des recherches sur les animaux menacés, elle en fait depuis qu'elle va à l'école. Ça lui sort par les oreilles autant que les textes de français sur Jane Goodall ou Helen Keller.

La première partie est donc purement écologique.
Le troisième partie est purement bricolage et pour s'assurer que la compétence bricolage est bien développée par l'apprenant, il sera obligatoire de faire la maquette en classe. (Ce qui est une bonne chose, puisqu'autrement, j'aurais demandé à Weby de m'apporter ses trucs et je lui aurais fait sa maquette avec les restes des trucs que j'avais achetés pour faire sa maquette de français l'an dernier (maquette à laquelle ont d'ailleurs participé les techniciens de génie électrique qui l'ont équipée d'une magnifique soleil lumineux)... Non, mais comme si la dextérité manuelle était une compétence de français !)

Où sont les maths là-dedans ?

Voyons voir les critères observés :
- Manifestation de la compréhension de la situation-problème.
(Pour manifester, elle manifeste, la Weby !)
- Mobilisation des savoirs mathématiques appropriés à la situation-problème.
(Euh... de késsé, il y a des directives pour la recherche des espèces menacées, mais aucune directive, aucune contrainte concernant le refuge...)
- Élaboration d'une solution appropriée à la situation-problème. (Euh, j'imagine que c'est la maquette.)<


- Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider, Weby ?

- Ben je ne sais pas, je ne comprends pas trop ce qu'il faut faire.

- Ben un refuge, non ?

- Ouin, mais là, c'est comme trop facile, j'ai juste à séparer une pièce en 5 enclos.

- Euh... mais il n'y a pas d'autres instructions ?

- Non.

- Ouin, ben, je ne sais pas. Ça m'a plus l'air d'une recherche d'écologie ou d'un travail en art.

- Ben c'est mon évaluation de mathématique.

- Ah... ben avec ce que tu as là, je n'en sais pas plus que toi. Tu peux pour ainsi dire faire n'importe quoi... De toute façon, faire une maquette, ça demande du temps et tu ne dois pas avoir 5 périodes pour faire cette évaluation, alors je suppose que ce sera la maquette qui importera. Sur quoi porte la matière sur laquelle tu es évaluée ?

- Les polygones.

- Ah...


Et après ça, on se demande pourquoi les élèves ne savent plus faire d'algèbre quand ils arrivent au cégep : c'est parce qu'ils savent faire des maquettes !

Chasse aux planchistes

C'est le cas de le dire, ce sport a fait boule de neige :



De nos jours, les autobus jaunes qui envahissent les centres de ski regorgent de jeunes enfin lâchés "loose", la fourche de pantalon aux genoux, les pieds liés à leur planche, comme pour se souvenir du milieu carcéral qui leur permet cette sortie autorisée.

Il a été démontré depuis belle lurette (pas la fille de Saint-Élie-de-Caxton, mais l'autre) que le cerveau des ados ne fonctionne pas normalement. Ce n'est pas de leur faute, ils n'ont pas encore le nez sorti du nombril et ils ont le bouton "plaisir" collé dans le tapis.

Plusieurs cultures ont compris que pour couper court aux délires de l'adolescence, rien de tel que des rites bien établis. Un séjour plus ou moins long dans un lieu réservé éloigné de la société, l'enfant quitte son monde de l'enfance sous les cris perçant de sa mère et de sa famille à qui on l'arrache, va souffrir pour son bien quelques temps, puis revient au village, adulte, accueilli par toute la société dans une grande fête marquant son initiation.

Tout ça, hélas, c'est de l'histoire ancienne. Finis les rituels organisés dans cette société ! Aujourd'hui, c'est l'ado qui détermine l'endroit qu'il envahit et l'adolescence commence de plus en plus tôt et se termine de plus en plus tard... Par chez nous, l'hiver, ce sont les centres de ski que plusieurs "dudes" choisissent d'envahir pour faire de la planche !

Comme la planche demande une certaine préparation avant chaque descente (ne serait-ce que pour attacher le pied libéré), ils s'installent dès leur sortie du remonte-pente, bloguant ainsi le passage aux skieurs qui eux veulent avoir accès à la piste dès que leurs fesses quittent le siège. Ils s'en vont ensuite soit sur des pistes qui ne conviennent pas à ce sport et là, ils dérangent ou alors, en gang, ils vont sur les pistes moins abruptes ou moins boisées gratter tels des chasse-neige toute la belle neige pour laisser une belle croûte de fond glacé. Mais le pire, c'est quand ils décident de s'attendre après la butte du tournant... car pour s'attendre, les planchistes adolescents transforment leur planche en tangente à la courbe de niveau et s'assoient en troupeau de phoques au beau milieu du passage. Le skieur non averti arrive, passe la bosse et, s'apercevant qu'il lui sera difficile de ne pas atterrir sur le troupeau leur lance un appel : Phoooooooooques !

Sinon, comme ils reçoivent des subventions parentales importantes pour débarrasser la maison quelques heures pour faire du sport (et faire le plein de malbouffe), les planchistes adolescents hyper-consommateurs rapportent beaucoup aux centres de ski. Ce qui fait qu'on les attire en réservant sur les pistes des sections de plus en plus larges pour qu'ils puissent s'amuser davantage (sauts, barres métalliques, rampes). Voilà qui est parfait. Mais pourquoi ne leur réservons-nous pas toute la piste ? Une section complète de la montagne voire des centres de ski entiers aménagés uniquement pour nos hyperhormonés : des buttes pour se cacher, des structures pour se faire valoir, de la musique abrutissante, des distributions d'échantillon de crème hydratante, de Clearasil et de condoms dans les fils d'attente de leurs remonte-pente dans lesquels ils pourront ensuite se crier après d'une cabine à l'autre, taguer leurs sièges.

Bref, qu'ils se cassent la gueule entre eux et qu'ils nous laissent les autres pistes !


P.S. : Je suis vraiment mûre pour aller enseigner au secondaire. HA!HA!HA!