Là où Missmath dérive et Weby intègre.


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Prêts, pas prêts, partez !

Les vieux profs vous le diront, les examens à livre ouvert ne sont pas les mieux réussis.  Pourquoi ?

D'abord à cause de la nature de la tâche :
  • On donnera droit aux ressources lorsque les connaissances préalables sont trop vastes pour être mémorisées.  Par exemple, les étudiants en droit répondent à leur examen en pouvant consulter leur code.
  • Quand le niveau taxonomique de la tâche dépasse celui des manuels ou des notes de cours.  Par exemple, la résolution d'une situation complexe.
  • Par mesquinerie déguisée.  Vous savez, ces examens où vous avez droit à tout, mais pour lesquels vous n'avez même pas le temps de lever le crayon.  (Rare, mais ça existe.)

Ensuite, parce que, pour plusieurs étudiants, "pas besoin d'étudier, c'est à livre ouvert" !

Après plus d'un an d'école à la maison, donc d'examens à la maison, avec l'organisation de canaux parallèles de collaboration, particulièrement lors des examens, les épreuves certificatives finales cette session ressemblent à la performance de l'équipe de bobsleigh de la Jamaïque aux olympiques de Calgary.

 


 Cette session, pour attester de la réussite du cours, les étudiants sont convoqués cette semaine à un examen oral dont ils possèdent 3 questions sur 5.  Comprenons nous bien.  Cet examen est comme l'examen pratique de la SAAQ pour l'obtention du permis de conduire.  Pour réussir, l'étudiant doit réussir son oral ou démontrer qu'il a atteint les objectifs minimaux du cours.  Et quand je dis qu'ils possèdent 3 questions sur 5, je veux dire que, depuis deux semaines, les étudiants ont le fichier de l'examen avec les 3 questions et qu'ils peuvent y répondre pour se pratiquer ; lors de l'examen, ils devront répondre à ces 3 questions devant moi, me dire ce qu'ils font, comment ils y arrivent.

Selon vous, quelle proportion des élèves arrivent à cet examen préparés ? 

Le quart... en majorité les étudiants qui maîtrisent le cours.

 L'équipe olympique ne sera pas grosse cette session...

 

 

Grands crus classés

Quand je lis les recommandations que fait Anthony au ministère, je titube.

Savoir que l'examen de mathématique était particulièrement difficile est une chose, mais j'aimerais bien connaître la suite.

Fera-t-on échouer tous les élèves qui n'auront pas réussi ?
Dans ce cas, j'ai déjà hâte de recevoir les élèves si forts qui auront réussi à vaincre cette terrible épreuve.  Quel millésime ce sera ! Des grands crus classés !



Mais peut-être que devant les résultats catastrophiques, les notes seront normalisées ? Peut-être changera-t-on les pondérations ? Peut-être annulera-t-on certaines questions mal réussies ? Peut-être que la correction deviendra lâche... Et alors, on se retrouvera devant une horrible piquette. Que la montagne de correction sera belle !

Il serait tout de même étonnant que les fonctionnaires du ministère de l'Éducation aient des facultés docimologiques si affaiblies.

M'enfin, on dit que la vérité est au fond du verre.

À suivre...




Take me out to a ball game

Un premier lancer d'exercices de pratique : le frappeur ne bouge pas.
Balle.

Un examen sur la matière : "Madame, c'est quoi le z dans la formule ?"
Une prise.

Évaluation certificative finale : "Madame, c'est quoi déjà le z dans la formule ?"
Deuxième prise.

Évaluation de validation : "Je ne sais pas c'est quoi z."
Troisième prise.

Retiré.


Qui a volé le but de l'entrainement avant match ?

Je note

Si on exclut toutes les autres tâches connexes qui sont de plus en plus nombreuses et dont certains arrivent à se passer (excusez ma rancœur), l'enseignant au collégial porte devant ses étudiants deux chapeaux, soit celui de formateur et celui de certificateur.

Je note.

La responsabilité de la diplomation de mes étudiants repose donc sur mes épaules.  Le Ministère m'envoie le devis d'un programme, j'y extrais les compétences propres à ma discipline, je décode les objectifs et standards que je traduis en cibles de formation et j'évalue le développement de la compétence chez chacun de mes étudiants en retournant à la fin de la session au Ministère la note de chaque étudiant pour mon cours.

Pourquoi une note ? Pour plein de mauvaises raisons, mais parlons d'autre chose.

Pendant la course contre la montre de la fin de la session, il s'est passé un scandale qui a fait la une des journaux : le ministère de l'Éducation arrondit les notes, les notes sont gonflées.  Le Ministère ne le savait pas.  On a à peine souffler dans le ballon de la modération, qui a pourtant bien meilleur goût.  On parle maintenant de commission parlementaire pour faire la lumière sur ce sujet.  Le cabinet aurait même tenté de banaliser l'affaire en affirmant que "le Québec a des normes plus élevées que l’Ontario à cet égard.  La note de passage est de 50 % dans cette province".  On ne rit plus.  

Il est tout de même fascinant de constater à quel point on peut provoquer des scandales avec des pratiques vieilles comme la lune.  Il y a 1000 ans, lorsque j'étais au secondaire, on parlait de normalisation des notes.  Pendant quelques années, au Cégep, toutes les notes inférieures à 30% que nous accordions étaient inscrites comme étant de 30%.  C'est bon pour les moyennes, mais tellement mauvais pour la cote R.  Pendant plusieurs années, la direction nous a recommandé d'éviter les notes entre 55% et 60%.  (On remarquera ici l'emploi des verbes "recommander" et "éviter".  C'est l'enseignant qui évalue, pas la direction.)  Heureusement, ces temps sont chez nous révolus.  Nous évaluons de façon certificative.  Enfin, pas tout à fait, mais presque.  C'est compliqué.

Je note.

Avez-vous déjà entendu parler du monde oxydental ? Savez-vous que la réforme de l'orthographe a éliminé toutes les règles de conjugaison et d'accord et qu'il y a eu uniformisation de l'orthographe des homonymes ? Sa, ces vrai ! Savez-vous qu'il y a environ 10 mois dans une année et qu'il est tout à fait vraisemblable de rencontrer 512 personnes dans un groupe de 350 personnes ? Savez-vous que la calculatrice est nécessaire pour déterminer combien font 3 x 8 ? Qu'il est tout à fait normal que la durée moyenne des ampoules électriques soit de 32 heures ? Que s'il y a 45 femmes dans un groupe de 90 personnes, cela signifie que 40,5 % du groupe sont des femmes ? Qu'entre 0/5 et 5/0, il y a une opération qui ne se fait pas et qu'il n'est pas évident de savoir laquelle ?

Je note.

Comment se fait-il que nous recevions aux études dites supérieures de plus en plus d'étudiants qui ne devraient pas avoir réussi leur classe de 5e ? (Je parle du primaire !)

Manipulations administratives ?
Quotas d'échecs ?
Subjectivité des évaluations ? (Non, mais il est tellement gentil !)
Effet Pygmalion ?

Et si le problème était tout simplement la note ?
Et si l'évaluateur avait une liste de critères précis et descriptifs qui lui permettaient de déterminer si un élève réussit ou échoue ? Et s'il y avait des conditions essentielles de réussite pour attester de la réussite à tous les niveaux ? Et pourquoi pas pour toutes les cibles de formation ?

Une fois le seuil minimal de réussite franchi, l'évaluateur pourrait établir le niveau de maîtrise de l'élève tout simplement en lui donnant une cote.  Passable.  Assuré. Maîtrisé.  En ajoutant bien sûr des descripteurs significatifs pour ajouter un minimum de formatif ou d'information.  Le Prof Masqué m'apprend d'ailleurs que la Fédération des comité de parents plaide pour des commentaires avant des notes.

C'est bien beau tout cela, mais c'est oublier qu'outre la surcharge de travail que ce mode d'évaluation entraîne s'il est bien fait, on l'a essayé il y a quelques années en inscrivant des lettres (ou des binettes) et des commentaires et que ça n'a pas fonctionné.  On a cédé car les parents qui exigeaient des moyennes pour pouvoir situer leur enfant.  Alors on convertit les cotes en notes.  C'est de la frime, la moyenne n'est pas une mesure de position et les notes restent qualitatives, mais au moins, les logiciels acceptent de calculer leurs moyennes et les parents sont contents.  Tant mieux si désormais on préfère les commentaires aux notes, mais si j'en juge par mes étudiants qui me supplient de publier les moyennes de mes évaluations "pour pouvoir se situer par rapport au groupe" et "savoir s'ils doivent faire plus d'efforts dans le cours", ce serait étonnant que ça fonctionne.

En imaginant que ce mode d'évaluation soit prescrit, on se retrouverait face à un autre problème : les taux d'échec.  Que faire devant un haut taux d'échecs ? À qui la faute ?

  • Au prof, bien sûr ! Bien des parents vous le diront.  Enfin, pas les parents qui ne s'occupent pas de leurs enfants, mais les autres, ceux qui se préoccupent de leur futur médecin-astrophysicien-ingénieur-en-devenir.  D'ailleurs, il suffit d'avoir reçu un diplôme, même s'il s'agit d'un diplôme d'études secondaires, et d'être parent ambitieux d'un élève en difficulté pour s'imposer autorité pédagogique.  Il suffit d'être à la direction des études pour s'inquiéter des hauts taux d'échecs de certains enseignants et exiger des explications aux profs.  On ne veut tout de même pas arrêter la chaîne de production.  Des taux d'échec trop élevés, cela signifie plus de groupes d'un niveau et moins d'un autre.  Le système n'attend pas.  L'évaluation des enseignants (et des parents !) étant un sujet tabou, n'en parlons pas.
 
  • Aux directions scolaires qui ne priorisent pas les moyens favorisant l'apprentissage ? Elles vous répondront que c'est le ministère qui ne donne pas les ressources.
 
  • Quant au ministère,  il répondra... bof selon le goût du jour.  Cela n'a de toute façon aucune importance.  L'important, c'est que le système fonctionne.  C'est-à-dire qu'un enfant entre à la maternelle, passe son primaire et son secondaire dans un temps raisonnable, voire optimal, donc garder un taux de diplomation convenable, voire maximal, au secondaire.  Pourquoi ? Parce que la plupart des employeurs recherchent des employés ayant au moins un diplôme d'études secondaires.  Alors on donne des petits ajustements, un examen fafa par-ci, des arrondissements par là, oups, le peuple s'inquiète, on serre la vis, oups pas trop, et on note. 


Source : Fabien Doulut

On note.  Mais évalue-t-on ?

Le plus simple : laisser courir.
Compétents, pas compétents, à vos marques, prêts, passez !


Mais où est l'élève dans tout ça ?
Où en est-il vraiment dans ses apprentissages ?
Où est l'évaluation des compétences ? 

Probablement, perdu kek part en Oxydent.

Perles de correction

Bien sûr, il y a le stress de l'examen.
Bien sûr, les apprentissages se font pendant 15 semaines et nous ne sommes qu'à la neuvième.
Bien sûr, je commence à comprendre que les erreurs des étudiants ne sont pas toujours étrangères aux maladresses des enseignants.  D'ailleurs, je pourrais bien faire un billet là-dessus.  Une thèse aussi !

Mais il n'en demeure pas moins que parfois ce qu'on lit dans un examen mériterait un prix.

 

Première épreuve : On pense que les dés achetés d'un nouveau fournisseur ne seraient pas réguliers.  On les lance plusieurs fois pour vérifier.  Avec un seuil de signification de 5%, peut-on affirmer que les dés sont réguliers.

  • Dans la catégorie Origine des espèces :
    - Il n'y a pas de lien entre les faces des dés qui reviennent plus souvent et le nouveau fournisseur.
  • Dans la catégorie Le Tricheur :
    - La valeur obtenue sur les dés est influencée par le fournisseur.
  • Dans la catégorie J'veux pas de visite :
    - Puisque la valeur P = 0 > 0,05, on peut croire qu'il n'y a aucun lien entre les dés qui sont irréguliers et ceux qui reviennent plus souvent.
  • Dans la catégorie Magie-Magie : Ex aequo
    - Il n'y a aucun lien entre le dé utilisé et la valeur du dé.
    - Il n'y a pas de lien entre les nouveaux dés achetés d'un fournisseur et les faces de dés qui reviennent plus souvent.
  • Dans la catégorie All Bran :
    - Il n'y a aucun lien entre le fournisseur et la régularité.
  • Dans la catégorie Jean-Baptiste Lully :
    - Si la cadence se maintient, on peut on peut affirmer qu'on peut croire que les nouveaux dés ne sont pas réguliers.  Cependant, les résultats avec des dés sont aléatoires avec des dés réguliers donc on peut obtenir les mêmes résultats.
  • Dans la catégorie Pouvez-vous répéter la question :
    - Les dé semble avoir +/- la même effectif.  Donc on peut affirmer que les dés sont réguliers surtout qu'un dé a toujour 6 côtés. [sic]

Deuxième épreuve : On veut savoir avec un seuil de signification de 5%, s'il existe un lien entre le corps d'emploi dans une entreprise et le niveau de satisfaction au travail.

  • Dans la catégorie Cochez oui, cochez non :
    - Décision : Il n'y a pas de lien.  Conclusion : Il y a un lien.
  • Dans la catégorie Avec et malgré tout :
    - Avec la valeur P, on accepte qu'il y a un lien entre le corps d'emploi et le degré de satisfaction dans l'entreprise malgré la valeur P.
  • Dans la catégorie Coït interrompu :
    - Avec un risque d'erreur de 5%, on peut affirmer qu'il y a un lien entre le niveau de satisfaction chez les employés.
  • Dans la catégorie Jeter le bébé avec l'eau du bain :
    - Pour conclure avec un seuil de risque de 5%, j'établis qu'entre les types de corps d'emploi, il y a une légère ressemblance mais aucunement significative alors je rejette l'échantillon.

Épreuve ultime : On interroge 350 personnes dont 100 Aylmerois.  De ces 350 personnes, 63 sont insatisfaites du service de déneigement de la ville.  S'il n'y a aucun lien entre le secteur de résidence et la satisfaction par rapport au déneigement, combien d'Aylmerois devraient s'être dit insatisfaits du déneigement.

  • Le grand gagnant ou la grande gagnante pour l'étudiante ou l'étudiant de Comptabilité qui s'est le plus démarqué est...   François Pignon pour sa réponse :

    532 résidents d'Aylmer sur 100 sont insatisfaits du déneigement parmi les 350 répondants interrogés.


Études extrêmes


Ils baignent dans cela.


 

Vendredi 8 h.
Rencontre de deux heures.
La dernière heure est consacrée à une évaluation.
La première, pour réviser, pour les questions de dernière minute ou... pour simplement bien prendre le temps d'arriver, sans se presser, s'installer.
Deux jours plus tôt, ils ont vécu une évaluation formative.
Enfin, certains ont ouvert le logiciel, puis ce sont mis à discuter, ou à étirer le temps.

Je suis rentrée dans la classe à 8h.  Plus de la moitié de la classe était là.
Je suis rentrée dans la classe à 8h.  Des mains se sont immédiatement levés.
"Madame, comment ça marche GeoGebra ? "
"Je ne comprends pas le formatif.  Qu'est-ce qu'il faut faire ?"

Ils étaient pourtant tous là, deux jours plus tôt, lorsqu'on l'a fait en classe.
Ils étaient pourtant tous là aux rencontres où tout était expliqué en détail.
Ils étaient pourtant tous là de corps.

Mais visiblement, certains, les vrais sportifs s'empêchaient de s'investir.
Ne pas se concentrer, ne pas se poser de questions, ne pas regarder les documents distribués, ne pas faire ses exercices d'appropriation, ne pas regarder les tutoriels, faire le vide, jusqu'à une heure avant l'examen et se dire que cette heure sera suffisante pour réussir l'examen.

Le meilleur de l'évaluation extrême.

Yolo !
You only live once !

Ctrl + C


C'est un sport vieux comme la lune.
Il en existe des utilisateurs professionnels.
Ils m'amusent.

Il y a les classiques antisèches écrites sur les pupitres, sur les cuisses des filles, à l'intérieur de la palette des casquettes, à l'intérieur des trousses, sur les bouteilles d'eau.

Il y a étonnamment l'insoupçonnée calculatrice programmable dans laquelle il est si simple d'insérer du texte.

Il y a également les antisèches astucieuses, celles dont on ne se doute pas dont plusieurs demandent tellement de temps de préparation qu'il est raisonnable de se demander si l'étude n'aurait pas été moins exigeante.

Le fossé étant parfois grand entre l'utilisation des TIC par les étudiants et celui de leurs enseignants, on rencontre maintenant une autre forme de triche : la triche informatique.

Je vous épargne le plagiat.
Trop banal.

Je pourrais vous raconter de magnifiques histoires apprises sous le couvert de la confidence de certains élèves, mais il serait facile de retracer les collègues dupés (Missmath est loin d'être anonyme), alors je vais plutôt vous raconter ce qui m'est arrivé l'automne dernier.

L'affaire se passe lors d'une évaluation en laboratoire informatique.  Une évaluation qui ne compte que pour 4 % de la note finale, un détail, pas de quoi sortir l'artillerie lourde pour piéger les copieurs.  Le laboratoire est une grande classe.  Quatre rangées d'une dizaine de postes informatiques.  Facile de voir l'écran du voisin.  Facile de ne pas entendre les chuchotements entre étudiants.

Mon évaluation porte sur l'analyse d'une série chronologique.  Les séries sont générées aléatoirement sur Moodle.  Par conséquent, les voisins ne peuvent pas comparer leurs réponses.

Évidemment, il y a en laboratoire toujours quelque chose qui plante.  Le logiciel permettant l'analyse ne s'ouvre pas, l'affichage est réduit, le transfert des données ne se passent pas bien.  Les joies de l'informatique ! Ce qui fait qu'il me faut faire du dépannage en début d'évaluation.  Ce qui fait que certains en profitent pour solliciter leurs collègues.

C'est le cas de Nicolas.  Il me surveille du coin de l'oeil, pas très subtilement.  Je le regarde et souris.
Puis, je le surprends à parler à Olivier.  Je souris.  Ils deviennent plus confiants.  Je m'approche : "Les gars, essayez de faire l'évaluation tout seuls."  Ils me trouvent sympathique.


L'examen se termine.  Nicolas est l'un des derniers à sortir.  Tout sourire, il me dit :

- Hey Madame, voulez-vous voir quelque chose ?

- Bien sûr ! 

Il ose.  Il me montre son iPhone.  Avec iMessage, il a pris une photo de son écran et l'a transmise à Guillaume (peut-être à d'autres, je n'ai pas osé demander) avec la note "Comment fait-on pour avoir cette valeur-là ?"  Sous la bulle, Guillaume répondait : sommes des médianes.

J'ai surveillé Guillaume comme les autres.  J'ai bien regardé Nicolas pendant tout l'examen.  Je l'ai vu parler, zyeuter l'écran de son voisin, me regarder.  Pourtant, jamais je n'ai vu ni l'un ni l'autre avec un iPhone et encore moins à prendre une photo de leur écran.

Qui d'autres a osé ainsi tricher ?

Et quand on a nos évaluations finales dans les grands gymnases où souvent un enseignant surveille une centaine d'étudiants, combien de photos se prennent ? Combien de réponses s'écrivent dans l'isoloir des toilettes ?

Que faire pour empêcher cela ?

Hum...

Interdire les appareils ?
Bof... On ne procédera jamais (j'espère !) à des fouilles d'étudiants et peut-on vraiment empêcher un étudiant de sortir d'un examen ? Même en envoyant un accompagnateur au toilette avec lui, il finira bien par se retrouver tout seul.

Je ne vois qu'une seule solution : les évaluations exigeant des tâches complexes qui peuvent être résolues en utilisant diverses ressources.  Ça tombe bien, c'est ce genre de tâche qui mesure le développement des compétences.

Autre condition pour toutes les formes d'évaluation faite à l'école : le surveillant surveille.

Mais la véritable question ne devrait-elle pas être : Pourquoi les étudiants trichent-ils ?

Ils trichent pour la note.  La note de passage.  La note de l'excellence ou du moins une meilleure note que celle qu'ils croient mériter.  La note est comme un salaire ou gage de diplôme, par conséquent d'emploi, de salaire.  Des Lance Armstrong.

Qui triche lors de l'examen pratique pour l'obtention d'un permis de conduire ?

Il devrait en être ainsi lors de nos évaluations.

On n'évalue pas pour donner une note à l'étudiant.  On évalue pour mesurer le développement de sa compétence, pour certifier, parfois, pour remédier souvent.  Si l'étudiant est responsable de ses apprentissages et conscient qu'il est évalué sur des notions essentielles et pertinentes à sa formation et que son programme d'étude est construit sur ces savoirs évalués, la triche devient un affaiblissement qui forcément le pénalisera.  Et si ce n'est pas le cas, c'est à se demander à quoi servait cette évaluation qu'on lui a fait subir et si, finalement, ce n'est pas démontrer une certaine intelligence, de l'audace et de la débrouillardise que d'oser y tricher.

Quant à la culture générale, aux connaissances globales, comment pourrait-on leur redonner toute la valeur qu'elles ont, la soif d'en acquérir toujours davantage sans qu'il soit nécessaire de construire des postes de contrôle ? Il me semble que la richesse des savoirs vaut tellement plus qu'une note.




Sommatif vs Certificatif

Si certains réclament un prof - un ordinateur portable, moi je dis un prof - une Paule.

Paule est une perturbatrice évaluationniste.
Vous savez, la conseillère pédagogique qui connaît tous les termes de docimologie de plus de huit syllabes, qui peut les mettre dans une conversation banale, mais qui peut également les expliquer en utilisant les mots de votre vocabulaire restreint. J'aime Paule. Je ne la fréquente pas beaucoup. Pas assez. Par exprès : chaque fois que je discute avec elle, il me faut des mois pour m'en remettre. En fait non. Je ne m'en remets jamais. Paule montre la lumière au bout du tunnel. Le hic, c'est que soit il n'y a pas de paralume, soit il y a un problème avec le béton, mais on ne voit rien une fois qu'on est dans le tunnel !

M'enfin, vaut mieux en rire...

Le Cégep a été le premier à connaître la "réforme" ! Cela se passait au début des années 90. La fin des objectifs, le début des compétences.

Que s'est-il passé ?

Honnêtement, jusqu'à tout récemment, rien.
Enfin, pas grand-chose.

On nous a laissés décider des contenus pour atteindre les compétences prescrites. On a pris nos bons vieux manuels et on a tenté de les accrocher aux éléments de compétence. En mathématique, la chose n'a pas été très difficile. Puis, dans nos plans de cours et nos feuilles de route, on a utilisé l'éditeur de texte et remplacé les mots "objectifs" par "compétences". En classe, rien n'a changé. Le cours de calcul différentiel de 1977 qui s'appelait Math 103 est à peu de choses le même que celui de 2012 qui s'appelle maintenant NYA. (Et les Lucien Francoeur des mathématiques crient qu'il faut ajouter des heures à ce cours, car les étudiants de la réforme ne connaissent pas leurs mathématiques (leurs étant le possessif des Lucien et non celui des étudiants).)

C'est peut-être aussi à cette époque que sont arrivés les deux types d'évaluation : l'évaluation formative et l'évaluation sommative. Au commencement, c'était simple : quand ça comptait, c'était sommatif et quand ça ne comptait pas, c'était formatif.

Plus de 15 ans plus tard, on commence certains commencent à comprendre ce qu'est un plan cadre et comment l'évaluation sommative peut être formative. C'est long 15 ans, mais le paquebot est gros et les enseignants (dits aussi professeurs) n'ont pas, pour plusieurs, le pied marin.

Or voilà qu'avec la nouvelle politique d'évaluation des apprentissages, on nous arrive maintenant avec un nouveau terme : l'évaluation certificative.

Ha ! On connait la chanson !

Dans tous nos plans de cours et nos feuilles de route, on a remplacé les mots "sommatif" par "certificatif". Et voilà, l'administration est bien contente et nous aussi. On change la couleur des murs et on a l'impression de rénover ! Ha !



Et pourtant...

L'évaluation formative forme. Qu'elle compte ou pas, l'apprenant ou l'enseignant se servira cette évaluation comme d'un régulateur pour valider les compétences développées et pour identifier et remédier aux lacunes.

L'évaluation sommative est une sommation d'objectifs pondérés atteints. Lorsqu'un étudiant a atteint 70 % du poids des objectifs d'une session, il se mérite la note de 70 % !

Imaginons Gilles, un enseignant de mathématique qui bâtirait ses évaluations ainsi :
30 % : Questions triviales
50 % : Questions dans le style des exercices faits et proposés
20 % : Questions plus complexes exigeant un transfert.

On peut alors imaginer qu'un étudiant assidu dans son travail et qui a une bonne mémoire ou une bonne capacité à répéter, mais qui ne peut rien faire de ce qui diffère de ses exercices saura recevoir une note de 80 %. Mais est-il compétent ?

Non ?
Pourquoi ?
Parce qu'il répète ?
Parce qu'il reprend ?
Parce qu'il ne peut pas rebondir de ce tremplin qu'on lui a inculqué ?

S'attend-on vraiment à ce qu'il rebondisse ?
Exiger que les étudiants rebondissent, n'est-ce pas faire exploser le taux d'échec d'un cours ?

Oui ?
Alors, si on n'exige pas le transfert des savoirs dans des situations plus complexes ou tout simplement différentes de celles traitées en classe, pourquoi pénaliser un étudiant qui n'arrive pas à le faire ?

Vous me direz que c'est ce qui distinguera un étudiant qui aura 80 % d'un autre qui aura 100 %.

Très bien.

Mais si je crois que les questions triviales n'ont pas leur place et que j'accorde 50 % à la répétition et 50 % aux situations complexes et que ma collègue Julie, elle, trouve que les questions complexes sont trop difficiles et qu'elle préfère que toutes les questions de ses évaluations soient des répétitions des exercices, on comprendra qu'un étudiant qui a 80 % dans ma classe, un autre qui a 80 % dans la classe de Julie et un autre qui a 80 % dans la classe de Gilles risqueraient d'avoir des notes drôlement différentes s'ils étaient dans la même classe.

(Souriez, pour le calcul de la cote R, ces étudiants seront considérés dans le même groupe... ce qui fait que les étudiants de la classe de Julie seront avantagés et les miens pleureront de ne pas pouvoir entrer en médecine.)

Dans la même veine : un étudiant qui réussit les questions triviales, qui arrive à commencer les autres questions sans les résoudre complètement (on lui donnera des points pour ses départs même s'il ne finit pas la course) pourrait-il réussir à accumuler suffisamment de points pour atteindre la note de passage ?

Voilà toute la comptabilité de l'évaluation sommative et ce grand flou qui existe et qui fait en sorte que la plupart du temps nos évaluations ne sont pas équivalentes... et que les notes ne veulent pas dire grand-chose.

Finalement, la nouvelle venue : l'évaluation certificative, celle qui certifie !

Cette évaluation est basée sur le jugement professionnel de l'enseignant. Elle repose sur la plaidoirie de l'étudiant en évaluation, sur les preuves accumulées et répond à la question : l'étudiant a-t-il, oui ou non, développé la compétence.

Parce qu'entendons-nous : on est compétent ou on ne l'est pas. On ne peut pas être compétent à 70 %.

Or, la ligne entre la compétence et l'incompétence est le seuil minimal de réussite. Une liste descriptive précise de ce qu'un étudiant doit pouvoir accomplir pour être considéré compétent.

Pour illustrer la chose de façon simpliste, imaginons que pour un cours donné le seuil minimal de réussite soit :

- Être capable de courir 100 m en moins de 2 minutes et
- Être capable de nager sur une distance de 500 m sans arrêt.

Imaginons qu'un étudiant n'arrive pas à nager 500 m. Après 450 m, il n'en peut plus. Cependant, il court le 100 m en 10 secondes. On lui donne la certification ou pas ?

En évaluation sommative, il passerait sans doute le cours (Il irait chercher 50 % en course et au moins 10 % en natation, donc il passerait.)
En évaluation certificative, s'il n'a jamais réussi à nager le 500 m, il ne franchit pas le seuil minimal de compétence, donc il échoue.

Simple, n'est-ce pas ?
Eh oui, c'est la lumière au bout du tunnel, la direction à suivre.

Mais n'oubliez pas : pas de paralume et le béton s'effrite.

Si au primaire et au secondaire, les parents veulent voir les notes et les moyennes, au Cégep, ce sont les universités qui veulent pouvoir paresseusement positionner les étudiants pour choisir les meilleurs. Elles veulent donc des mesures de positions : du quantitatif, des moyennes, des écarts types, des indices de force du groupe, bref des chiffffffres.

Le message qui est donc envoyé aux enseignants du cégep est donc simple : construire des évaluations des compétences certificatives-sommatives.

Devant un tel kōan, on reste zen.

Tout le monde change le mot sommatif pour certificatif et garde l'évaluation sommative comme celle qui compte. Parce que avec plus de 100 étudiants, la correction demande beaucoup de temps et comme la session avance rapidement, il est rare que les évaluations sommatives soient formatives. Donc finalement, dans les faits, une évaluation certificative = une évaluation sommative, c'est quand ça compte et une évaluation formative, c'est quand ça ne compte pas. Bref, plus ça change, plus c'est pareil.

J'exagère ?
Pfffffff : demandez donc à un prof de cégep quel est le seuil minimal de réussite de son cours. Il est fort probable qu'il vous réponde... 60 % !

Ce n'est pas de l'incompétence. Nous sommes spécialistes dans nos domaines respectifs et peu ou pas du tout formés en éducation. C'est pour cela que chaque prof devrait avoir une Paule.

Évaluation mesurée

(La dernière de cette série.)

Je travaille à partir d'un plan-cadre qui m'impose des énoncés de compétence, des critères de performance et des éléments de contenu.

Chacune de mes étapes de cours m'amène à l'élément de compétence du cours qui sera évaluée à l'examen final.

Avant même de construire l'examen, je bâtis sa grille d'évaluation, grille qui sera remise aux étudiants en début d'étape.

Chaque ligne de la grille contient un indicateur dont le stade de développement est décrit sur plusieurs colonnes (jusqu'à 5). La troisième colonne est le seuil minimal de réussite. Comme, hélas, une note chiffrée doit être attribuée, cette colonne correspond à la note de passage. C'est donc dire que les deux premières colonnes ne comptent pas. Ou si peu, qu'elles ne peuvent permettre à un étudiant de cumuler des points dans ces colonnes pour lui permettre de passer de façon arithmétique. La cinquième colonne décrit l'atteinte complète de la compétence pour l'indicateur donné.

Par exemple.

Équation exponentielle

Colonne 1 : Reconnaître une équation exponentielle. Utiliser un logarithme pour isoler un exposant. Etc. C'est bien beau, mais ce n’est pas assez.

Colonne 2 : Résoudre une équation exponentielle de la forme bx = K

Colonne 3 : Seuil minimal de réussite
Résoudre avec des erreurs de calcul mineures une équation exponentielle de la forme
A(bx + C) = K



Colonne 4 : Résoudre sans erreur de calcul une équation exponentielle de la forme
A(bx + C) = K.

Colonne 5 : Appliquer le modèle exponentiel à un circuit RC ou RL en mode transitoire.

Je conclus chaque cours en montrant notre progression sur la grille d'évaluation. Toutes mes activités formatives sont évaluées à partir de cette grille. L'étudiant n'a donc pas de surprise à l'examen.

- Est-ce qu'on va avoir un circuit à l'examen ?

- Regarde la dernière colonne. Oui, tu en auras un.

- Moi, j'ai bien compris comment transformer une équation exponentielle en équation logarithmique, je devrais passer.

- Regarde, tu te situes dans la première colonne, ça ne passe pas.

- Je ne comprends pas les problèmes avec les intérêts composés. Est-ce qu'il va y en avoir à l'examen ?

- Regarde, les seules applications qu'on voit à la grille sont les circuits RC et RL.



Mes évaluations sont indépendantes de la force du groupe. Elles ne comportent aucune "question de participation" (colonnes 1 et 2). La pondération (hélas obligatoire) n'est pas proportionnelle à la difficulté du problème posé, mais elle dépend de l'importance du concept évalué dans le développement de la compétence. Elles n'offrent pas non plus de question permettant de séparer les adultes des enfants.

Dans mes groupes faibles, on travaille plus fort. On le voit le seuil, il faut l'atteindre. Les étudiants forts dans ces groupes ne perdent pas leur temps. Ils peuvent aider les faibles (leur langage commun est souvent plus efficace que celui du prof et en expliquant, souvent, ils valident leur compréhension, soulèvent des questions pertinentes, ce qui leur permet d'aller plus loin) ou alors, je leur propose de dépasser la cinquième colonne. Pour leur plaisir.

Dans mes groupes forts, on s'offre des activités d'enrichissement. On dépasse la 5e colonne, le pauvre étudiant faible qui se retrouve dans ce groupe n'a pas à trembler parce que les forts viendront influencer l'écriture de l'examen. Le seuil de réussite est là, la grille d'évaluation ne changera pas. Pour les forts, les examens sont de simples formalités. C'est en classe qu'il pourra y avoir une saine compétition en eux.

- J'ai réussi l'activité 4. Et toi ? Regarde, c'est facile, il suffit de... Oups... tu as raison, on ne peut pas faire ça comme ça. C'était quoi ton idée ?



Inutile de préciser que la moyenne du groupe n'a aucun sens dans cette vision de l'évaluation. N'en déplaise aux amateurs de cote R.

Évaluation formative

Weby : Est-ce que je peux t'emprunter une clé USB ?

Missmath qui n'utilise plus de clé USB depuis des années :
Une clé USB? Pour quoi faire?

Weby : La prof veut voir notre projet intégrateur pour une évaluation formative.

Missmath : Pourquoi ne le déposes-tu pas dans Dropbox ?

Weby : Parce que le seul ordi de la classe, c'est le portable du prof et il n'y a pas de WiFi dans l'école.

Missmath : Je dois bien avoir une vieille clé USB qui traine quelque part.


-+-+-+-+-+-+-+-+-

Quelques jours plus tard :

Weby : Tiens, voilà ta clé.

Missmath : Et puis, ton évaluation formative ?

Weby : Quoi ?

Missmath : Bien, qu'est-ce que le prof a dit de votre projet, êtes-vous sur la bonne voie, avez-vous des choses à changer, je ne sais pas moi, qu'est-ce qu'elle a dit ?

Weby : Rien.

Missmath : Rien ?!!

Weby : Ben non, elle voulait juste voir si on avait fait quelque chose. Elle nous a fait aucun commentaire.

Missmath : T'as pas dit qu'elle faisait une évaluation formative ?

Weby : Ben oui, elle voulait voir si on avait bel et bien commencé.

Missmath : Ah ben oui ! C'est... comment dire... une évaluation très formative, ça.

Évaluation bidon

Je suis une spécialiste de ma matière. Je n'ai étudié que dans ma spécialité. Quand j'ai obtenu mon diplôme, il n'y avait pas d'emploi dans mon domaine dans ma région. Comme les études de deuxième cycle et la recherche ne m'intéressaient pas, j'ai décidé d'enseigner au Cégep. Le niveau collégial, c'est le b-a-ba de ma spécialité, les cours sont évidents. En toute confidence, je peux même avouer que je n'ai jamais préparé un cours. Nous avons des manuels de référence, les maisons d'édition nous fournissent du matériel didactique, nous avons un plan de cours, alors j'improvise en classe, souvent en faisant les exercices proposés dans le livre. Je fais rarement des exposés magistraux. Je laisse les étudiants travailler en classe. Plusieurs préfèrent travailler à la maison. Cela ne me dérange pas du tout. Ça me permet même de finir plus tôt !

Les discussions concernant l'évaluation, la présence en classe, les plans-cadres et les plans de cours ne m'intéressent pas. Je prends le plan de cours de mes prédécesseurs, j'y change le nom. Quand un examen est raté, je normalise les notes, j'annule les numéros manqués. Quand un étudiant manque un examen pour une raison ou une autre, je répartis la pondération de l'examen manqué sur les autres examens de la session. Mes examens sont composés d'une sélection d'exercices du livre. Les étudiants n'ont donc pas de surprises, puisque souvent j'aurai présenté un exercice similaire en classe.

Les étudiants sont très faibles. Ils ont vraiment beaucoup de mal à comprendre cette matière pourtant si simple, alors je donne beaucoup de points dès qu'un étudiant tente une réponse dans un examen.

Lors de la rédaction de l'examen final en équipe de cours, je suis vraiment agacée par mes collègues qui sont si pointilleux et si rigides sur toutes les règles. Alors, je ne prépare rien. De toute façon, on me dira que ça ne convient pas pour ceci ou cela. En ne préparant rien ou si peu, par manque de temps, on refait à ma place et cela satisfait l'équipe de profs. Je dois avouer qu'il m'est parfois arrivé de devoir présenter comme évaluation finale à mes étudiants des sujets que je n'avais pas touchés en classe. J'ai averti alors les étudiants en classe ou par courriel que ces numéros du final ne compteraient pas pour eux. Personne ne vérifie ma correction et comme je suis très généreuse, je n'ai jamais de révision de notes. De toute façon, tout ce que les étudiants veulent, c'est passer le cours. L'administration veut que nous ayons de bons taux de réussite. Avec moi, tout le monde y trouve son compte ! Je serais même curieuse de vérifier si, après les vacances, les élèves de mes collègues qui s'arrachent les cheveux pour passer tout le contenu de leur cours et qui luttent pour uniformiser nos pratiques se souviennent des portions de matière que je n'ai pas vues en cours. Je suis certaine qu'ils ne s'en souviennent pas. Ou alors, ils n'en ont rien compris. C'est donc à reprendre de toute façon dans le cours suivant, alors pourquoi s'en faire parce que tel ou tel morceau n'a pas été couvert dans mon cours ?

Je ne regrette pas mon choix de carrière. Bien sûr, si j'avais travaillé dans ma spécialité, j'aurais touché près du double de mon salaire. Mais, il m'aurait fallu me tenir à jour et être performante. Comme prof au Cégep, j'enseigne 15 heures par semaine, je corrige quelques fois par session, j'ai plusieurs semaines de vacances par année. Aucun contrôle, aucune obligation de perfectionnement, aucune évaluation. De plus, mes collègues, mes supérieurs, mon employeur peuvent bien me reprocher tous les maux de la terre, ils n'ont aucun pouvoir, puisque j'ai ma permanence. Voilà une qualité de vie que je n'aurais jamais eue ailleurs.