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Transversalité exagérée

Le manque de nourriture et la réduction de leur habitat naturel sont probablement les facteurs qui nuisent le plus à la survie des espèces animales. Les animaux blessés ou tués, que ce soit par des prédateurs ou par l'activité humaine, laissent des orphelins qui ne peuvent survivre seuls. Comment peux-tu améliorer la situation de ces animaux menacés ?

Partie 1 : Recherche sur 5 espèces animales (nom, milieu, habitudes alimentaires).
Partie 2 : Plan du refuge
Partie 3 : Construction de la maquette de l'abri d'une espèce.


Quel beau projet de biologie, n'est-ce pas ?

Eh bien non ! Il s'agit de l'évaluation de Weby en mathématique.

Évaluation.
En mathématique.

Weby, je ne crois pas que la marmotte soit un animal menacé et dans son milieu naturel, tu as oublié de mentionner les autoroutes.

Elle ne me trouve pas drôle. Des recherches sur les animaux menacés, elle en fait depuis qu'elle va à l'école. Ça lui sort par les oreilles autant que les textes de français sur Jane Goodall ou Helen Keller.

La première partie est donc purement écologique.
Le troisième partie est purement bricolage et pour s'assurer que la compétence bricolage est bien développée par l'apprenant, il sera obligatoire de faire la maquette en classe. (Ce qui est une bonne chose, puisqu'autrement, j'aurais demandé à Weby de m'apporter ses trucs et je lui aurais fait sa maquette avec les restes des trucs que j'avais achetés pour faire sa maquette de français l'an dernier (maquette à laquelle ont d'ailleurs participé les techniciens de génie électrique qui l'ont équipée d'une magnifique soleil lumineux)... Non, mais comme si la dextérité manuelle était une compétence de français !)

Où sont les maths là-dedans ?

Voyons voir les critères observés :
- Manifestation de la compréhension de la situation-problème.
(Pour manifester, elle manifeste, la Weby !)
- Mobilisation des savoirs mathématiques appropriés à la situation-problème.
(Euh... de késsé, il y a des directives pour la recherche des espèces menacées, mais aucune directive, aucune contrainte concernant le refuge...)
- Élaboration d'une solution appropriée à la situation-problème. (Euh, j'imagine que c'est la maquette.)<


- Qu'est-ce que je peux faire pour t'aider, Weby ?

- Ben je ne sais pas, je ne comprends pas trop ce qu'il faut faire.

- Ben un refuge, non ?

- Ouin, mais là, c'est comme trop facile, j'ai juste à séparer une pièce en 5 enclos.

- Euh... mais il n'y a pas d'autres instructions ?

- Non.

- Ouin, ben, je ne sais pas. Ça m'a plus l'air d'une recherche d'écologie ou d'un travail en art.

- Ben c'est mon évaluation de mathématique.

- Ah... ben avec ce que tu as là, je n'en sais pas plus que toi. Tu peux pour ainsi dire faire n'importe quoi... De toute façon, faire une maquette, ça demande du temps et tu ne dois pas avoir 5 périodes pour faire cette évaluation, alors je suppose que ce sera la maquette qui importera. Sur quoi porte la matière sur laquelle tu es évaluée ?

- Les polygones.

- Ah...


Et après ça, on se demande pourquoi les élèves ne savent plus faire d'algèbre quand ils arrivent au cégep : c'est parce qu'ils savent faire des maquettes !

Commentaires

Sylvain a dit…
Ça me rappelle une CP en français qui nous donnait en exemple, pour l'utilisation des TIC, oups, pour l'aplication de la compétence TIC, d'écrire son texte dans Word !!!!!! (Non, mais...)
Monsieur A a dit…
J'ai lu des situation d'apprentissage et d'évaluation toute la journée, c'est tellement drôle que tu parles de cela!

Avec la réforme, la manière d'évaluer a tellement changée que les contenus sont souvent mis de côté, c'est ce qui est le plus triste.

Après avoir suivi les formations, on dirait que les enseignants se disent : "Je dois faire quelque chose d'amusant".

Dernièrement, j'ai été à Montréal suivre une formation portant sur l'application du renouveau pédagogique et il a quelque chose d'éloquent : en discutant avec des collègues de différentes commissions scolaires, (conseillés pédagogiques, enseignants, directeurs et autres) je me suis rendu compte que tous étaient déconnectés de la réalité... Déconnecté de la discipline, du domaine d'apprentissage. Et ça, ce n'est pas de la faute à la réforme... (elle est déjà la faute de pas mal d'affaires) c'est de la faute aux mythes de la réforme.

Avec le renouveau pédagogique, nous devons évaluer des compétences, oui. Celles-ci, selon le programme de formation de l'école québécoise, doivent être évalués dans des situations complexes de manière formelle pendant l'apprentissage et de manière informelle à la fin de l'apprentissage. La faille est là. Évaluer pendant l'apprentissage ne veut pas dire "Ne pas enseigner". Plusieurs manitous nous suggèrent de tout noter pendant l'apprentissage. Mais à force de noter comment Jean-Hugues Laliberté-Gagné et Joseph Parent-Roy ont compris le numéro 3 de la page 156, on devient fou.

Je crois qu'en tant qu'enseignant qui désire faire preuve de professionnalisme, une piste de solution est de toujours continuer à évaluer les élèves grâce à des activités de structuration; de courtes résolutions de problème, et ce, malgré ce que le ministère en pense...

Et s'il vous plaît, chers collègues, cessez de penser que la réforme = activité amusante transversale.

*** Fait intéressant, en stage, j'avais demandé à un élève de m'expliquer comment il avait appris à additionner des fractions. L'élève me répond : "on avait mangé des muffins!"

(Entre vous et moi, un muffin, on peut faire des demies, des tiers à la limite... mais pas plus!) :)
Missmath a dit…
@ Sylvain : Effectivement, pour plusieurs, TIC est la finale d'informatique qui est le synonyme d'ordinateur.

@ Monsieur A : Il est vrai que le côté amusant d'un projet peut susciter de l'intérêt, mais comme le sucre d'orge qui enrobe une pomme. Ça attire, on lèche d'abord le sucre avec bonheur, puis on se casse les dents et finalement, on se tanne avant d'avoir bouffer le tiers de la pomme. L'école n'est pas un centre d'amusement. Je pense qu'un projet signifiant sera beaucoup plus motivant qu'un projet amusant. Il peut en être autrement pour des activités, mais une activité, ça ne dure pas longtemps, c'est juste le temps de se sucrer le bec.

On se donne dans le transversal, dans l'enrobage d'activités et finalement, le contenant est plus important que le contenu... (ce qui n'est pas sans rappeler les enfants de 1 ou 2 ans à Noël...) L'intention est laissée loin derrière. Je t'invite à lire à ce sujet l'excellent billet que tu as écrit aujourd'hui concernant les chaises de Pinocchio. Tu mets le doigt sur le bobo, un sapristi de gros bobo.

Bien sûr que les projets complexes permettent les apprentissages durables, mais les cours magistraux sont aussi dans plusieurs cas, le moyen le plus efficace d'atteindre la cible.

Tu dis que selon le programme de formation de l'école québécoise, les compétences doivent être évaluées dans des situations complexes de manière formelle pendant l'apprentissage et de manière informelle à la fin de l'apprentissage et que cela a de quoi rendre fou un enseignant. Tu as encore parfaitement raison. Pourquoi ça nous rend fou ? Parce que la taille des groupes est trop grande, parce qu'on n'a pas le temps de se bâtir des outils d'évaluation continue.
Nick a dit…
ok... l'an passé c'était une maquette de Narnia pour français, cette année c'est une maquette sur les animaux en danger d'extinction pour mathématique. Ça va être quoi l'an prochain? Une maquette prouvant la relation de pythagore pour éducation physique?

M'essemble que ça n'a pas de sens leurs travaux...
Missmath a dit…
Nick, il y a aussi eu une maquette sur la diminution de la couche d'ozone...
Nick a dit…
Ah oui, je l'avais oublié celle là! C'était pour quel cours encore ? :p

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