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Évaluation bidon

Je suis une spécialiste de ma matière. Je n'ai étudié que dans ma spécialité. Quand j'ai obtenu mon diplôme, il n'y avait pas d'emploi dans mon domaine dans ma région. Comme les études de deuxième cycle et la recherche ne m'intéressaient pas, j'ai décidé d'enseigner au Cégep. Le niveau collégial, c'est le b-a-ba de ma spécialité, les cours sont évidents. En toute confidence, je peux même avouer que je n'ai jamais préparé un cours. Nous avons des manuels de référence, les maisons d'édition nous fournissent du matériel didactique, nous avons un plan de cours, alors j'improvise en classe, souvent en faisant les exercices proposés dans le livre. Je fais rarement des exposés magistraux. Je laisse les étudiants travailler en classe. Plusieurs préfèrent travailler à la maison. Cela ne me dérange pas du tout. Ça me permet même de finir plus tôt !

Les discussions concernant l'évaluation, la présence en classe, les plans-cadres et les plans de cours ne m'intéressent pas. Je prends le plan de cours de mes prédécesseurs, j'y change le nom. Quand un examen est raté, je normalise les notes, j'annule les numéros manqués. Quand un étudiant manque un examen pour une raison ou une autre, je répartis la pondération de l'examen manqué sur les autres examens de la session. Mes examens sont composés d'une sélection d'exercices du livre. Les étudiants n'ont donc pas de surprises, puisque souvent j'aurai présenté un exercice similaire en classe.

Les étudiants sont très faibles. Ils ont vraiment beaucoup de mal à comprendre cette matière pourtant si simple, alors je donne beaucoup de points dès qu'un étudiant tente une réponse dans un examen.

Lors de la rédaction de l'examen final en équipe de cours, je suis vraiment agacée par mes collègues qui sont si pointilleux et si rigides sur toutes les règles. Alors, je ne prépare rien. De toute façon, on me dira que ça ne convient pas pour ceci ou cela. En ne préparant rien ou si peu, par manque de temps, on refait à ma place et cela satisfait l'équipe de profs. Je dois avouer qu'il m'est parfois arrivé de devoir présenter comme évaluation finale à mes étudiants des sujets que je n'avais pas touchés en classe. J'ai averti alors les étudiants en classe ou par courriel que ces numéros du final ne compteraient pas pour eux. Personne ne vérifie ma correction et comme je suis très généreuse, je n'ai jamais de révision de notes. De toute façon, tout ce que les étudiants veulent, c'est passer le cours. L'administration veut que nous ayons de bons taux de réussite. Avec moi, tout le monde y trouve son compte ! Je serais même curieuse de vérifier si, après les vacances, les élèves de mes collègues qui s'arrachent les cheveux pour passer tout le contenu de leur cours et qui luttent pour uniformiser nos pratiques se souviennent des portions de matière que je n'ai pas vues en cours. Je suis certaine qu'ils ne s'en souviennent pas. Ou alors, ils n'en ont rien compris. C'est donc à reprendre de toute façon dans le cours suivant, alors pourquoi s'en faire parce que tel ou tel morceau n'a pas été couvert dans mon cours ?

Je ne regrette pas mon choix de carrière. Bien sûr, si j'avais travaillé dans ma spécialité, j'aurais touché près du double de mon salaire. Mais, il m'aurait fallu me tenir à jour et être performante. Comme prof au Cégep, j'enseigne 15 heures par semaine, je corrige quelques fois par session, j'ai plusieurs semaines de vacances par année. Aucun contrôle, aucune obligation de perfectionnement, aucune évaluation. De plus, mes collègues, mes supérieurs, mon employeur peuvent bien me reprocher tous les maux de la terre, ils n'ont aucun pouvoir, puisque j'ai ma permanence. Voilà une qualité de vie que je n'aurais jamais eue ailleurs.




Commentaires

Je m'en doutais! Tout ce que tu nous racontais sur ton blogue, c'était de la frime.... :)

Ben moi aussi!
Missmath a dit…
Pffffff, j'ai tellement deviné tout de suite que tu travaillais pour le JdM !
Gabriel a dit…
Et moi qui fait des efforts pour changer mes cours chaque années, pour peaufiner mes explications, mes exemples... Qu'est-ce que j'ai fait? Quelle perte de temps?!
Anonyme a dit…
Vous montrez bien par votre ironie ce que pensent beaucoup de personnes. Pour beaucoup, les enseignants sont tous des paresseux et des sclérosés...
Missmath a dit…
J'espère au moins, Gabriel, que tu refiles toutes tes préparations à ceux et celles qui héritent de tes cours !

Anonyme, ils sont loin très loin de l'être tous, mais il en existe et ils partagent peut-être même le bureau de Gabriel. La question que je n'ose même pas poser : si Gabriel partage le même bureau que le sclérosé, lequel des deux aura le plus d'influence sur l'autre ?
Anonyme a dit…
Ah ça ! mais on m'espionne ! On surveille mes petites habitudes pour mieux me surprendre en plein délit de fainéantise !

C'est vrai qu'il est possible d'enseigner comme ça au cégep, en maths comme en français, ou en philo, ou en ce que vous voulez, mais pas dans les secteurs techniques où on construit sur les acquis d'un cours à l'autre. En théorie, la séquence des cours de français est conçue de façon à additionner les acquis aussi, mais ceux-ci sont tellement variés et tellement sujet à interprétation que la véritable partie se joue entre le prof et sa propre conscience. Ajoutez à tout ce scénario qu'une fois le cours rôdé, on peut rouler dessus jusqu'à la retraite sans rien y changer. On appelle ces profs-là des fonctionnaires.

Malgré ces paresseux (et il y a parmi eux des profs usés qui n'ont tout simplement plus la foi : appelons-les des démissionnaires), il n'en reste pas moins que le cégep est une planque admirable. Les horaires sont plus souples qu'au secondaire, la charge moins lourde, les vacances plus longues, les étudiants plus matures (en théorie) et les programmes moins prescriptifs en ce qu'ils sont en partie définis par les départements. D'où le privilège d'avoir du temps pour renouveler ses cours, repenser la matière, se mettre à jour (la nouvelle grammaire, quel bonheur !), refondre sa pédagogie, préparer des nouveaux cours, tenir un blogue et relire Balzac.
Plotin a dit…
C'est de l'ironie? Je sais qu'il y a des profs qui pensent comme cela. Mais comme je ne vous connais pas personnellement, je ne suis pas sûr du degré de sincérité de ce témoignage.
MissMath est très sincère dans son ironie.
Gabriel a dit…
J'offre mon travail à qui le veut bien. C'est fait pour être partager. Je le fais autant pour mes étudiants que pour les étudiants de mes collègues... que les étudiants du monde.

J'espère ne pas être seul, parce que, comme l'a dit MissMath dans un commentaire, l'influence paresseuse des sclérosés est insidieuse.

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