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J'ai la chienne

Tout cela, c'est la faute de Monsieur A.

L'an dernier, j'étais pas mal découragée par le manque d'audace des finissants en sciences de l'éducation auxquels j'avais demandé de préparer une leçon. Il me semblait que, dans le contexte protégé de l'université, ils auraient osé expérimenter. N'est-ce pas l'apanage des jeunes que de se démarquer des vieux et de tenter de refaire le monde en proposant des méthodes révolutionnaires différentes ? Il me semblait que 3 ans d'université et de stage auraient pu les inspirer, leur donner le goût d'innover. Nenni. Toutes les leçons étaient pareilles : présentation powerpoint comme introduction, exemples à l'écriture mathématique douteuse au tableau, exercice traditionnel, correction de l'exercice, résumé de la notion enseignée.

Quand tout le monde a tort autour de nous, il est parfois bon de se demander si on n'est pas à côté de la plaque... C'est alors que j'ai eu la mauvaise idée de demander au dit Monsieur A de venir assister à quelques leçons. Heureusement, nous n'avons pas pu discuter longtemps après le cours, mais malheureusement, le coquin a eu le temps de dire la phrase qui tue :

"Comment veux-tu qu'ils innovent, ils n'ont aucun modèle d'innovation."

Car en éducation, les hurluberlus extra-terrestres, les André Girard, les Paul Ruest, les ... sont des espèces trop rares et on peut facilement traverser toutes ses années de scolarité sans jamais en croiser.

Bien sûr, si j'étais normale, j'aurais vite oublié ce commentaire et je me serais simplement dit qu'à leur place, j'aurais fait pareil et que dans le fond, ils commencent, il faut leur donner une chance et blablabla... Mais je prends les hurluberlus comme modèles et que je crois en l'éducation 2.0, je ne peux pas fermer les yeux sur cette plaie béante qu'a pointé le vlimeux de Monsieur A.

Je vais donc proposer demain à mes étudiants une approche collaborative du cours, puisque 70 % de leur évaluation reposera sur la construction et la participation à un blogue. Cela se fait au secondaire (je soupçonne qu'il y ait du François Guité (que je crois hurluberlu) là-dessous), pourquoi les futurs profs du secondaire ne goûteraient pas à cela aussi ?

Le hic, c'est qu'il s'agit tout de même d'un cours de mathématique. Or qui dit mathématique dit langage, écriture, graphiques. Pas évident. Arriverai-je demain à insuffler le souffle de vie à ce blogue, à convaincre les étudiants d'y participer régulièrement (et non uniquement pour se débarasser leurs évaluations) ? À leur montrer qu'il est possible d'inscrire des maths sans nécessairement devoir apprendre la syntaxe de LateX. J'ai bien peur. Car la dernière cohorte fonctionnait au moindre effort et si la prochaine lui ressemble, ce n'est pas gagné. Le danger ici est grand : si ça plante, non seulement sera-t-il difficile de revenir en arrière, mais je viendrai ajouter des soldats à l'armée de dinosaures qui s'opposent aux TIC dans les écoles...

C'est pour cela que j'ai la chienne.


Bof, si ça plante, je dirai que c'est la faute de Monsieur A.

Commentaires

Gilles G. Jobin a dit…
"Je vais donc proposer demain à mes étudiants une approche collaborative du cours, puisque 70 % de leur évaluation reposera sur la construction et la participation à un blogue. Cela se fait au secondaire (je soupçonne qu'il y ait du François Guité (que je crois hurluberlu) là-dessous), pourquoi les futurs profs du secondaire ne goûteraient pas à cela aussi ?"

Pourquoi exiger quoi que ce soit des élèves? L'idée, je pense, est d'enseigner en étant soi-même CE MODÈLE. Par exemple, si le prof utilise un blogue, un wiki, ou des outils web2.0, en tout temps dans son cours, ses étudiants auraient devant lui une preuve vivante que l'intégration des TIC est possible. Il suffit de LE VIVRE. Et à ce moment-là, l'évaluation, on s'en fiche. Car l'étudiant, pour arriver à suivre son cours, doit s'immerger dans les TIC.

Une condition nécessaire pour que ça marche : que le prof, et les élèves aient tous un portable.

Autre condition : que le prof puisse gérer lui-même un espace web de manière à permettre aux élèves qui désirent "essayer" de le faire rapidement, sans attendre la bénédiction des SI.

Mais être soi-même un modèle, voilà la première étape. Et, ma foi, pour ce que j'en ai vu des professeurs, y'a un boutte à faire... Les TIC, c'est une manière de "penser", pas une manière de "faire"...
Jacques a dit…
En math au secondaire? Oui, c'est possible! Voir : http://zecool.blogspot.com/2007/10/mariage-math-et-arts-oui-je-le-veux.html

Et c'est un "vieux d'la vieille" qui enseigne (pardon, Robert:-)...
Missmath a dit…
Monsieur Jobin demande :

"Pourquoi exiger quoi que ce soit des élèves? L'idée, je pense, est d'enseigner en étant soi-même CE MODÈLE."

J'aurai difficilement collaboration si dès le départ j'impose une structure de pression. Mais... vous savez comment on est, nous, les filles, avec nos propositions...

Monsieur Jobin ajoute : "ses étudiants auraient devant lui une preuve vivante que l'intégration des TIC est possible. Il suffit de LE VIVRE."

Voilà exactement le point de Monsieur A et vous avez parfaitement raison.

Monsieur Jobin : "Et à ce moment-là, l'évaluation, on s'en fiche."

Mais l'évaluation, je m'en fiche ! Hélàs, pour la majorité de ces étudiants, c'est tout ce qui importe. (Oui, ça me scandalise.)

Monsieur Jobin souligne très justement :
"Autre condition : que le prof puisse gérer lui-même un espace web de manière à permettre aux élèves qui désirent "essayer" de le faire rapidement, sans attendre la bénédiction des SI."

Ça, c'est terrible et ça fait peur, car ça exige des compétences que nous n'avons pas forcément ou qu'il nous faut acquérir par nous-même et le temps nous manque. Tant et aussi longtemps qu'il en sera ainsi, les profs ne suivront pas.

@Monsieur Cool

Merci pour le lien. La communauté acadienne bloguant en éducation me donne le goût d'aller manger du homard cuit dans l'eau de la mer. S'il pleut autant chez vous que chez nous, j'ai l'impression que la soupe y est plus chaude... ou la neige plus blanche !
Hortensia a dit…
Je ne connais rien à la matière que vous enseignez, mais je trouve l'initiative très intéressante. Je trouve motivant de lire des profs comme vous, qui se lancent courageusement dans de nouvelles expériences. Pour ma part, ça s'en vient aussi. Ça fait un an que je pense à faire un blogue de création dans le cadre d'un de mes cours de littérature. Je vais finir par le faire...

En passant, un peu hors sujet: qu'est-ce que la syntaxe de latex? Celle que l'on enseigne au fouet? (oui, je sais, elle est facile!);-)
Missmath a dit…
Le lateX, c'est pour les p'tites vites ! Les propositions mathématiques à la symbolique étrange qu'on veut écrire directement sans devoir les transformer en images.

;-)
Hortensia a dit…
Ah! Merci de me m'instruire.

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